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02/06/2018 08:00 EDT | Actualisé 02/06/2018 08:00 EDT

«L'asile de St-Iscariote»: la folie en quatre

Une belle réussite macabre.

Un endroit glauque, inquiétant, isolé et truffé de passages dérobés, humides, crasseux; peuplé de dangers et d'une indicible peur qui noue les entrailles; des personnages aux lourds secrets enfouis dans les sombres profondeurs de leurs âmes. Bienvenue dans l'univers de la folie à huis clos.

La maison des fous

L'asile de St-Iscariote accueille dans ses rangs des psychiatrisés parmi les plus violents de la société. Et si on doit se méfier des patients, on doit le faire tout autant les médecins souvent plus dangereux que la clientèle de la tristement célèbre institution. De quoi faire passer l'asile d'Arkham et celui de Briarcliff (American Horror Story saison II) pour des clubs Med.

Lounak

C'est dans cette antichambre de l'enfer, où trois patients tentent d'échapper à la folie destructrice d'une directrice qui ferait passer Josef Mengele pour un enfant de chœur, que nous convient Sylvain De Carufel, François de Grandpré et Jeik Dion avec Jardin Mécanique, l'asile de St-Iscariote, une bande dessinée d'horreur particulièrement réjouissante qui espérons-le aura une longue vie.

Page après page, le trio construit un suspense implacable grâce à une utilisation judicieuse de l'ellipse et des retours en arrière. Admirablement servi par le style nerveux de Jeik Dion, dont la plume trempée dans un quadruple expresso bien serré sied à merveille à cette histoire claustrophobique, Jardin Mécanique est une horrible descente au cœur de nos peurs les plus inavouables. Avec son trait « destroyo-baroque » Dion met en place un institut psychiatrique baigné par un mal millénaire et innommable, tourmenté par ses vices et ses spectres, peuplé de pensionnaires et d'employés rongés par une angoisse qui suinte de chaque mur.

Et si, à l'occasion, le scénario avait pu être un peu resserré, le dessin de Dion, qui ici triomphe littéralement, nous fait rapidement oublier ce petit défaut, tant il est efficace, expressif et grand-guignolesque.

Une belle réussite macabre.

Le phare de l'angoisse

Au large des côtes normandes, un bateau de plaisance essuie une tempête qui le jette sur les récifs d'un ilot solitaire et de son phare habité par deux individus inquiétants. Un phare, une île, une embarcation en mauvais état, deux mystérieux résidents et un groupe d'amis qui partagent un lourd secret, tout est en place pour un thriller angoissant, de ceux qui se lisent d'un trait. Mais, c'est bien d'avoir les ingrédients, encore faut-il que la pâte lève.

Une chance pour nous Ni terre ni mer comporte non seulement tous les ingrédients d'un bon thriller, mais en plus les auteurs les dosent habilement pour nous garder en haleine du début à la fin. Pourtant j'étais perplexe, la présence du scénariste Olivier Megaton - réalisateur proche de Luc Besson, le transporteur 3, Taken 2 et Taken 3 c'est lui, - m'inquiétait. On ne compte plus le nombre de bédés scénarisées par un professionnel du 7e art qui se sont avérées décevantes. Manifestement, il ne s'agit pas du même exercice d'écriture et ce qui peut sembler génial sur pellicule peut devenir catastrophique sur papier.

Dupuis

Mais ce n'est pas le cas ici. Megaton maitrise son univers, dissémine adroitement ses révélations et ses coups de théâtre - même si quelques fois ils paraissent un peu trop arrangés avec le gars des vues - et titillent subtilement notre attention. Appuyé par le dessin classique de Genzianella Megaton et son coscénariste Sylvain Ricard tissent une toile inextricable autour du lecteur qui n'a d'autres choix que de se laisser guider au bout de cette histoire au parfum de mystères et des lourds secrets destructeurs.

Sans être une œuvre géniale, Ni terre ni mer reste un thriller honnête qui fait « la job », avec lequel on passe un bon moment et qui aurait fait un bon petit film à visionner un dimanche soir à la télé.

Dupuis

C'est déjà beaucoup.

Mon vampire d'amour

Certains personnages romanesques sont devenus au fil du temps des parties de notre mémoire collective, que tous se sont appropriés à leur manière, pour leur insuffler le rythme nécessaire à la vie en dehors des pages. C'est le cas entre autres de Sherlock Holmes, d'Arsène Lupin et de... Dracula.

Marvel

Fasciné par le Prince des vampires que je fréquente depuis ma 13e année, alors que je découvrais le roman de Stoker, je ne cesse depuis de lire et de voir ses différentes moutures et généralement je suis plutôt bon public envers les adaptations tant j'aime mon vampire.

Malheureusement ce n'est pas le cas pour ce Dracula signé Punter et Forlini. Même si cette bande dessinée est une adaptation assez fidèle du roman de Stoker, il faut avouer qu'elle n'a aucune âme – j'en conviens une chose courante chez un vampire – scénariste et graphique.

Le scénario vide et bâclé donne l'impression que Punter s'est senti coincé par le nombre de pages, tant il précipite ou gomme des éléments importants, R.M Renfield est même absent des pages de la bédé. Avec le résultat que le dernier tiers du livre est un ramassis d'événements souvent mal ficelés entre eux.

Quant au dessin statique, froid, sans la folie meurtrière et l'odeur de mal à l'état pur qui imprégnaient chaque page du roman de Stoker - et je ne parle pas de la couverture risible, digne des plus mauvaises adaptations de romans en bédé que j'ai pu lire dans ma jeunesse – il s'apparente plus à un travail de commande fait par un dessinateur sans enthousiasme qu'à une véritable relecture du mythe.

Comics Usborne

Alors que le Dracula de Marvel est un «must, » que celui d'Hermann était une œuvre de grande qualité, ce Dracula fait partie de ceux qu'on doit oublier au plus vite.

De Carufel, De Grandpré, Dion, Jardin mécanique, l'asile de St-Iscariote, Lounak.

Olivier Megaton, Sylvain Ricard, Nicola Genzianella, Ni terre, ni mer ( 2 tomes ), Dupuis.

Russell Punter, Valentino Forlini, Dracula, Comics Usborne