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25/12/2015 08:22 EST | Actualisé 25/12/2016 05:12 EST

«Hipgnosis»: l'histoire illustrée du rock

Le résultat est plus qu'une encyclopédie du rock, c'est un cri d'amour envers un art qui a fortement marqué l'évolution de la musique rock.

«Le rock c'est un ramassis de salopards», aurait dit un jour John Lennon, du moins selon la rumeur. Est-ce vrai ou non? Lui seul le sait. Toutefois il avait très bien compris la fascination que le cirque du rock'n'roll exerçait et exerce encore sur nous, que l'on soit un quidam anonyme, un gamin de Liverpool, un artiste contemporain ou un graphiste du Middlesex anglais.

Long Live Rock

Storm Thogerson est un de ces gamins séduit par le rock. Pendant près de deux décennies le graphiste, cinéaste et photographe et ses collègues Aubrey Powell et Peter Christopherson réaliseront sous le nom de Hipgnosis quelques-unes des plus emblématiques pochettes de l'histoire du rock. Led Zeppelin, Pink Floyd, The Rolling Stones, AC/DC, Allan Parson Project, 10CC, Genesis, Peter Gabriel, Paul Mc Cartney, The Who sont parmi la fine fleur de l'aristocratie rock des «seventies » et des « eighties » qui sont passés un jour dans leur studio du 6 Denmark Street, à quelques enjambées de Soho.

C'est justement cette odyssée que raconte le très beau Hipgnosis, les pochettes mythiques de célèbre studio. Écrit par Aubrey Powell et en partie par Storm Thogerson - qui depuis 2013 est allé rejoindre Peter Christopherson à l'annexe céleste du «Temple de la renommée du rock» - le magnifique Hipgnosis est le livre que doit avoir tout amateur de rock et de pochettes de 33 tours.

De A saucerfull of secrets à Coda, ceux que Robert Plant qualifiait de colporteurs super doués, d'illusionnistes à la langue de soie, de lords du cosmos et de maîtres en argumentaires de ventes cosmiques ont complètement révolutionné l'art de la pochette. Grâce à leur imagination débordante, ils ont fait passer la pochette d'un banal argument de vente à un art de haute voltige. Avec leur style, reconnaissable entre tous, ils ont brisé les codes traditionnels de la pochette et chambardé totalement la photographie rock. Mais par-dessus tout, le trio anglais a insufflé une modernité à l'objet disque. Avec le collectif le 33 tours devenait une partie intégrante de l'expérience rock. Combien d'amateurs ont observé, presque hypnotisés, les célèbres illustrations du Wish you were here de Pink Floyd pendant que le quatuor anglais égrenait tranquillement son envoûtante musique atmosphérique.

À partir de quelques-uns de leurs plus beaux travaux et de certains projets avortés - comme le Goats head soup où les Rolling Stones, torses nus et vêtus de collants de ballet blanc, personnifiaient des centaures modernes - Powell et Thogerson racontent l'histoire du rock à travers leurs pochettes. Chaque pochette est commentée, analysée, disséquée, le tout illustré de merveilleuses photos dont plusieurs n'ont jamais été utilisées pour les 33 tours.

Le résultat est plus qu'une encyclopédie du rock, c'est un cri d'amour envers un art qui a fortement marqué l'évolution de la musique rock. 289 pages de plaisir, Je sais le temps des fêtes a peut-être dégarni votre portefeuille, mais cet Hipgnosis vaut son investissement, croyez-moi!

Un livre qui séduit, qui informe et qui s'impose comme un incontournable.

Whatever Gets You Thru the Night

Depuis 1981 chaque 8 décembre ramène le spectre de John Lennon, abattu par Mark David Chapman devant sa résidence du Dakota Building à New York. Et même si les années soixante sont mortes depuis longtemps le souvenir du célèbre Beatle est plus présent que jamais.

Films, biographies, rééditions d'albums, clins d'œil, hommages, 35 ans après ce funeste événement, John Lennon est toujours aussi vivant dans la mémoire collective occidentale. Cette fois-ci c'est le scénariste stakhanoviste Corbeyran et le dessinateur Horne qui racontent leur John Lennon. Leur John Lennon? Pas tout à fait, plutôt celui de l'écrivain français David Foenkinos qui l'avait mis en scène en 2010 dans le roman éponyme publié chez Plon.

1975, alors que John Lennon amorce sa retraite il décide d'entreprendre une psychanalyse. Dix-huit séances de 1975 à 1980 où il s'ouvrira à son analyste, dix-huit séances où la légende disparaitra au profit du véritable Lennon, qui a souffert de l'abandon de parents qu'il recherchera toute sa vie, dix-huit séances où l'icône de la contre-culture tentera de devenir celui qu'il a toujours voulu être sans les artifices du star-system. Dix-huit séances à cœur ouvert où il se montrera sous son vrai jour, sans complaisance avec ses interrogations, ses certitudes, ses forces, ses faiblesses, sa violence, son génie et sa lâcheté.

Grâce à une habile utilisation des retours en arrière et une surprenante superposition de souvenirs, Corbeyran tisse une trame narrative fascinante. Le récit avait tout pour être statique. Lennon enfermé entre les 4 murs du bureau de la psychanalyste à évoquer des réminiscences mille fois connues n'est pas une matière très dynamique, pourtant jamais il ne l'est. Corbeyran y injecte un dynamisme insoupçonné. Avec intelligence il aborde de courts moments de sa vie, les imprégnant d'authenticité, d'émotions et de vraisemblance. Rapidement, Corbeyran disparaît pour laisser la place à un Lennon humain loin de la représentation désincarnée des biographies, des ouvrages savants et des documentaires

Appuyé par l'élégant et photographique dessin de Horne -mais hélas quelques fois paresseux et répétitif - ce Lennon donne l'impression d'un album de photos qu'on feuillète tranquillement au son de la voix et des mélodies du grand musicien.

Un voyage imaginaire dans la complexité de la personnalité d'un des monuments du XXe siècle. Un exercice intéressant qui donne envie de lire la fausse, mais vraisemblable biographie de Foenkinos.

Aubrey Powell, Hipgnosis, les pochettes mythiques de célèbre studio, Gründ

Foenkinos, Corbeyran, Horne, Lennon, Marabout.

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