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27/06/2015 07:20 EDT | Actualisé 27/06/2016 05:12 EDT

«Germania»: enquête au cœur des ténèbres nazies

Roman historique, roman policier, roman d'espionnage, roman sociologique où on découvre le quotidien des Berlinois, Germania valse avec succès sur différents styles.

La Deuxième Guerre mondiale n'en finit plus de ramener son souvenir. Il ne se passe pas un mois sans qu'une production culturelle revisite une nouvelle fois ce conflit. On la prête à toutes les sauces, cette Seconde Guerre mondiale: la science-fiction, le fantastique, l'aventure, l'eau de rose, l'érotisme, l'historique, etc. Toutes les déclinaisons de la littérature s'abreuvent allègrement aux eaux de ce conflit, et pas toujours avec succès. Mais ce n'est pas le cas ici.

Un polar hitlérien

Berlin, été 1944. Les bombardiers alliés pilonnent sans arrêt la capitale du 3e Reich. Ils viennent aussi de débarquer sur les plages de Normandie et l'impitoyable Armée rouge commence sa chevauchée fantastique vers l'ouest. Comme si ce n'était pas assez, la découverte de cadavres de plusieurs jeunes femmes atrocement mutilées laisse craindre la présence d'un tueur en série dans les rues de la future Germania.

Incapable de résoudre ces crimes mystérieux, le SS Hauptsturmführer Vogler doit recourir à l'ancien limier Richard Oppenheimer, policier mis à la retraite et au ban de la société à cause de ses origines juives. Pour Oppenheimer commence alors une enquête qui le mènera au cœur de la machine SS et de ses tumultueuses relations avec l'Abwher, le service de renseignements de l'état-major allemand dirigé par l'amiral Canaris.

Récipiendaire du prestigieux prix Friedrich Glauser qui récompense les meilleurs romans policiers allemands, Germania a tout pour plaire: une histoire pleine de rebondissements, un tueur en série insaisissable, une enquête qui mène au cœur de la bête, et Berlin. Berlin fatiguée, Berlin meurtrie, Berlin agonisante sous les bombes, Berlin où disparaissent jour après jour les juifs dans l'indifférence générale, Berlin territoire de chasse de jeunes intégristes nazis violents. Et en prime des nazis, des nazis et des nazis, les archétypes du mal.

Devant la perspective d'une telle randonnée dans les ténèbres de l'âme allemande, il est impossible de résister. Mais le menu a beau être appétissant, il faut quand même qu'il tienne la route et, avouons-le, le journaliste et metteur en scène Harald Gilbers tient ses promesses. Au volant de sa mécanique bien huilée, Gilbers file à tombeau ouvert dans ce Berlin à deux doigts du chaos.

Roman historique, roman policier, roman d'espionnage, roman sociologique où on découvre le quotidien des juifs berlinois mariés à des chrétiens, Germania valse avec succès sur ces différents styles et propose un roman riche en observations sur la capitale allemande, sur son peuple et son aveuglement complaisant. 419 pages qui vibrent au rythme des rebondissements, du suspense et de méchants plus ignobles les uns que les autres et, au centre, un ancien inspecteur juif qui se demande si la découverte du coupable ne risque pas d'être plus dangereuse pour lui que pour le meurtrier lui-même.

Une belle surprise qui tient ses promesses.

Les mômes de la résistance

L'occupation française et la résistance ont été étudiées sous toutes leurs coutures. Au point que l'on peut se demander si tout n'a pas été dit sur le sujet. Pourtant elles continuent à nous livrer des secrets et des surprises. À ces surprises il faut rajouter Les enfants de la résistance, une sympathique bédé jeunesse de Benoît Ers et de Vincent Dugomier qui aborde la question des enfants, de la résistance et de l'occupation.

France, été 1940. Eusèbe et Francois, deux adolescents de 13 ans, habitent Pontain L'Écluse, un village situé quelque part entre Dijon et Langres. L'été sera marqué par la capitulation française et l'occupation allemande d'une partie importante de la France. À la suite de la mort du jeune éclusier Martin lors de la débâcle de Dunkerque, Francois convainc son ami Eusèbe de s'impliquer dans la lutte contre l'occupant.

Mais les deux jeunes adolescents n'ont ni de moyens efficaces pour lutter contre l'armée allemande - à part une petite presse empruntée à l'école avec laquelle ils impriment des tracts antinazis qu'ils distribuent dans les boîtes aux lettres des villageois -, ni l'appui des ces derniers qui gardent encore confiance envers le maréchal Pétain. Pourtant, une série de maladresses des soldats allemands qui, malgré les recommandations de leur état-major, agissent de plus en plus en rois et maîtres, et les positions collaboratrices controversées du vainqueur de Verdun et de son gouvernement commencent à semer le doute dans la tête des villageois.

Bande dessinée sur une amitié à La guerre des boutons, au parfum réconfortant d'une autre époque et au dessin dynamique et rond - qui n'est pas sans rappeler quelques fois Bob et Bobette de Willy Vendersteen, Les enfants de la résistance explique aux écoliers la résistance ordinaire et un brin anarchique des premiers mois de l'occupation, avant qu'elle ne devienne un mouvement officiel et organisé.

Mais plus que cette résistance anonyme, c'est surtout la confiance aveugle des villageois envers leur gouvernement et leur indifférence volontaire face à la présence allemande qui surprend. Comme si en les ignorant, ils allaient les faire disparaître d'un coup de baguette magique, comme un vampire chassé par les premiers rayons de soleil. Une attitude désespérée, ultime rempart pour garder un semblant de routine alors que le monde s'écroule autour d'eux et que les derniers héros officiels s'écrasent lamentablement.

Une surprenante bédé.

• Harald Gilbers, Germania, Kero

• Benoît Ers, Vincent Dugomier, Les enfants de la résistance - Tome 1 - Premières actions, Le Lombard

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