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11/02/2017 09:37 EST | Actualisé 11/02/2017 09:37 EST

Gai-Luron: le grand retour de l'antihéros canin

Gai-Luron est entre bonnes mains et cet album laisse entrevoir des années et des années de réflexions absurdes et de rires pour les lecteurs.

Un difficile exercice, celui de reprendre un personnage de bandes dessinées qui a marqué l'imaginaire des bédéphiles. Un pari dangereux, presque un « catch 22 », l'opération peut s'avérer très casse-gueule pour les repreneurs, parlez-en à Nic Broca et à Cauvin qui se sont cassé les dents sur Spirou. Pourtant depuis quelques années plusieurs reprises intéressantes ont fait leur apparition dont certaines ont même donné une nouvelle vitalité à de légendaires héros de papier qui en avaient bien besoin.

Le grand rebond de Ric Hochet.

Je n'avais pas lu Ric Hochet depuis mes premières années du secondaire alors qu'un certain Meunier me fournissait en Chick Bill et en Ric Hochet. À l'époque, je restais insensible à ses intrigues que je trouvais trop proprettes, trop francofranchouillardes, pas assez tonitruantes, pas assez sombres.

N'eût été l'avis convaincant de mon libraire, je serais resté sur cette impression et je serais passé à coté de cette sympathique reprise signée Van Liemt et Zidrou. Je ne sais pas si c'est à cause de la nostalgie ou de l'enthousiasme de François, mais j'ai succombé aux charmes surannés de cette chère vieille-France-du-général-de-Gaulle, décor de ces amusantes nouvelles aventures de Ric Hochet.

Si Zidrou s'aventure avec un enthousiasme, un plaisir communicatif et une bonne humeur contagieuse sur les sentiers arpentés pendant si longtemps par Duchâteau et Tibet, il le fait toutefois à sa façon en développant les personnages - dont la psychologie était plutôt sommaire - et en les confrontant aux réalités politiques, économiques et sociales d'un Hexagone secoué par les revendications d'une jeunesse française en quête d'un Nouveau Monde.

Appuyé par l'élégant dessin de Van Liemt qui se moule parfaitement au trait classique de Tibet, Zidrou fait revivre affectueusement, sans pourtant ne jamais tomber dans la parodie facile, la grande époque de Ric Hochet, celle de ses premiers albums lorsque l'avenir semblait rose, le plein emploi une réalité et que la France vibrait au rythme des chansons des idoles du rock, du Golf Drouot et de Salut les copains.

Un beau retour dans les insouciantes « sixties. »

Il est gai le luron.

Marcel Gotlib a été pour plus d'une génération une des figures emblématiques de la bande dessinée mondiale. Lors de son décès, nombreux furent les « médiatiques » qui nous ont rappelé l'influence que le bédéiste a eue sur eux. Pour les uns c'étaient les Rubriques-à-brac ou les Dingodossiers, pour les autres c'était Hamster Jovial ou Rhâa Lovely et pour certains dont moi, c'était Gai-Luron, une des premières bédés que j'ai lu alors que gamin je dévorais ses nombreux gags dans les Pif que je consommais avec avidité

Alors, imaginez mon étonnement et ma méfiance à la découverte d'un nouvel album de ce mythique roi de la flemme. Par chance, je savais qu'il était entre les mains de Fabcaro, un des scénaristes les plus drôles et les plus imaginatifs de la décennie, et de l'excellent dessinateur Pixel Vengeur. Le résultat ne pouvait donc pas être catastrophique.

À la conclusion de ce nouvel album de Gai-Luron, il faut se rendre à l'évidence, notre clébard est en grande forme. Fabcaro se glisse à merveille dans la peau de Gotlib et propose des gags que ce dernier n'aurait pas reniés. Tout au long des pages on y retrouve son humour, son esprit, son autodérision, son sens implacable de la caricature et ses irrésistibles clins d'œil, dont un fabuleux au loup vedette du mythique dessin animé de Tex Avery: Red Ridding Hood.

Très à l'aise dans l'humour décalé, Fabcaro, tout comme Pixel-Vengeur d'une efficacité remarquable, s'approprie l'univers « gai-luronesque » comme s'il l'avait créé, présentant même un nouveau personnage, l'horrible frimeur John Michaël, rival de notre antihéros canin dans ses efforts pour conquérir le cœur de la belle Belle-Lurette, qui s'intègre parfaitement dans ce petit monde.

Gai-Luron est entre bonnes mains et cet album laisse entrevoir des années et des années de réflexions absurdes et de rires pour les lecteurs.

Les chemins obscurs de Thorgal.

Soyons honnête je n'apprécie que timidement Thorgal, même si je reconnais que sa présence a changé la face d'un marché francophone de la fantaisie qui jusqu'à sa naissance était dominé par les productions anglo-saxonnes. Pourtant malgré ce rôle fondamental et le magnifique trait de Rosinski ni le Thorgal de Van Hamme, ni celui de Sente n'ont réussi à m'intéresser et n'eût été la présence de Dorison j'aurais sans doute laissé ce nouvel épisode de coté. Mais voilà, comme j'ai toujours apprécié ses grandes qualités scénaristiques, j'ai décidé de me plonger dans la lecture de ce nouvel opus.

Scénariste de talent et grand connaisseur de cet univers - il a quand même signé un tome de la série parallèle Kriss de Valnor - Dorison aime transgresser les règles, disséquer les côtés obscurs de ses personnages et les amener sur des voies qu'ils n'ont l'habitude de fréquenter. Son Thorgal ne fait pas exception. S'inscrivant parfaitement dans la déconstruction entamée par Sente, le scénariste de Long John Silver propose un homme du nord très loin de la vision plus classique de Van Hamme. Sous sa plume il devient moins volontaire, plus égoïste et son univers sombre et violent.

S'agit-il d'un bon Thorgal? Je suis bien incapable de le dire, ne le fréquentant pas assez pour me prononcer. Mais j'ai eu du plaisir à le lire et à explorer avec lui les sentiers troubles de son âme déchirée entre son sens du devoir, son passé et son besoin de rédemption.

Bref un album qui m'a plu, mais qui n'aura peut-être pas le même effet sur tous, du moins si on se fie aux critiques virulentes sur les forums de discussion.

Van Liemt, Zidrou, les nouvelles aventures de Ric Hochet 2 tomes. Le Lombard;

Pixel Vengeur, Fabcaro, Les nouvelles aventures de Gai-Luron, tome 1 Gai-Luron sent que tout lui échappe..., Fluide Glacial.

G Rosinski, X Dorison, Thorgal, le feu écarlate. Le Lombard.