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06/08/2016 08:21 EDT | Actualisé 06/08/2016 08:21 EDT

«Furie Divine»: le Coran mal-aimé

Nous avons le professeur et écrivain José Rodriguez dos Santos. Discussion autour de l'Histoire, des thrillers et des intégristes radicaux.

Pour la majorité des ours moyens, l'historien n'est pas le synonyme d'un héros d'aventures. On imagine difficilement un historien universitaire prêt à se jeter dans une quête aux mille dangers. Pourtant, depuis 2005, Tomàs Noronha, professeur d'histoire à l'université portugaise de Coimbra et spécialiste de la cryptologie, parcourt le monde à la recherche de l'Histoire occultée. À l'occasion de la sortie de Furie Divine, sa toute nouvelle aventure, nous avons rejoint son créateur, le professeur, journaliste, présentateur vedette de la télévision publique portugaise et écrivain José Rodriguez dos Santos à Rome. Discussion autour de l'Histoire, des thrillers et des intégristes radicaux.

Utiliser un historien comme héros peut surprendre. Pourtant, quand on y pense bien, il n'y a rien d'étonnant, surtout dans un thriller historico-religieux écrit sous la forme de jeu de pistes. «L'historien est un personnage parfait, parce qu'il a la connaissance académique de l'Histoire, qu'elle soit politique, scientifique, théologique, et la facilité de la vulgariser.»

Et comme dans ses romans les mystères historiques jouent un rôle clé, il devient incontournable.

Mais à la différence des autres Robert Langdon de ce monde - bon, je sais, le personnage de Dan Brown n'est pas historien mais professeur de symbologie et d'iconographie - les intrigues de dos Santos évitent de tomber dans les sentiers des rumeurs, des complots et des légendes urbaines.

«Je me fais un point d'honneur de tenir compte des connaissances historiques actuelles. Elles sont souvent connues des académiciens, mais pas toujours du grand public. Par exemple, dans L'ultime secret de Jésus, je parle du Jésus historique, pas de celui du Vatican. Dans le Codex 632, le secret de Christophe Colomb, je traite de la véritable origine de Christophe Colomb, qui ne serait pas de Gènes comme on le croit généralement», précise l'auteur, qui refuse toutefois de me dire la véritable nationalité du mythique marin - dont le lieu de sépulture est aussi un autre mystère -, m'encourageant plutôt à lire son bouquin.

Furie Divine, en s'intéressant aux sources historiques de l'islam radical, s'inscrit donc parfaitement dans l'univers de Tomàs Noronha. «J'y traite de l'état de nos connaissances historiques sur Mahomet, le Coran, les ahadith [les chroniques de la vie du prophète] et les interprétations radicales. Les Occidentaux disent souvent que les radicaux ont kidnappé le message d'amour du Coran. Mais est-ce que c'est vrai? Et si le Coran contenait les bases de la violence utilisée par les radicaux? Et si notre vision d'un islam ouvert, tolérant, respectueux et pacifique était plutôt inspirée du soufisme, lui-même fortement influencé par les moines chrétiens? Ça changerait plusieurs choses», s'interroge-t-il.

«Il ne faut pas oublier que le soufisme est considéré par les intégristes comme une hérésie. Les radicaux qualifient souvent les soufis de mauvais musulmans», précise le romancier, qui s'est inspiré pour ce roman d'un séjour au Pakistan au lendemain de l'assassinat de la première ministre Benazir Bhutto. «J'ai vu dans la librairie de l'hôtel où je logeais un bouquin qui parlait de l'arme atomique pakistanaise et je me suis demandé ce qui arriverait si les talibans ou Al-Qaïda détenaient une arme atomique. Cette question est devenue le point de départ de Furie Divine

Tel un alchimiste talentueux, dos Santos maîtrise avec succès la difficile conciliation entre suspense aux nombreux rebondissements et Histoire. Autant nous prenons plaisir à suivre Noronha dans sa recherche de l'arme atomique, autant nous sommes fascinés par le parcours d'Ahmed, jeune adolescent égyptien qui, au contact d'un de ses professeurs proche des Frères musulmans, se radicalise tranquillement et devient un membre actif de l'organisation d'Oussama Ben Laden, une occasion parfaite pour nous présenter sans parti pris nos connaissances actuelles sur l'islam radical et ses différentes interprétations du Coran.

«Pour Furie Divine, j'ai rencontré des membres d'Al-Qaïda, dont Paulo Almeida Santos (Abdullah Yussuf), interlocuteur de Ben Laden et auteur du premier attentat européen de l'organisation, et des historiens spécialistes du Coran. J'ai aussi consulté plusieurs monographies dont la traduction française du Coran faite par le cheik Bureima Abdu Dauda, considérée comme une des plus littérales.»

Dos Santos s'est donc mis à l'écoute du discours radical pour bien le comprendre et l'expliquer, utilisant même certaines de ses revendications les plus surprenantes, comme la reconquête de la péninsule ibérique et des Balkans. «Ce n'est pas une invention, c''est aussi une des revendications de l'État islamique.»

Publié originellement en portugais en 2009, Furie Divine n'a pas pris une ride et reste d'une dangereuse actualité. «Parce qu'il s'agit avant tout d'un problème idéologique. Même si le roman date de 2009 et que je parle de Ben Laden, les radicaux sont toujours présents aujourd'hui. L'organisation a changé de nom, mais l'idéologie est la même et va demeurer vivante pendant plusieurs années encore. Il faut s'attaquer à cette idéologie, pas aux gens.»

«Il ne faut pas permettre l'enseignement de l'islam radical dans les écoles et dans les mosquées», conclut l'auteur, qui espère que son roman permettra de mieux comprendre le processus de détournement des enseignements du prophète.

Vous aimez Gotlib? Qui ne l'aime pas? En tout cas, la rédaction du magazine L'Express, elle, l'aime bien. L'Express l'aime tellement qu'il vient de lui consacrer un fascinant numéro hors-série. Au menu, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur cette icône que Geluck qualifie de super-héros de la BD.

• J.R. dos Santos, Furie Divine, HC Editions ;

L'Express, hors-série Gotlib, juillet-août 2016.

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