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08/09/2018 06:00 EDT | Actualisé 08/09/2018 06:00 EDT

«L’esprit du camp», tome 2: la douce nostalgie des étés adolescents

Laissez-vous tenter par ces quelques idées de lectures parfaites pour accueillir le mois de septembre!

Septembre est déjà parmi nous avec ses odeurs d'automne, ses jours qui rétrécissent, ses douces couleurs chatoyantes et sa réconfortante mélancolie, vestiges d'un été de vacances, de farniente, de découvertes, de plaisirs et de nouvelles amitiés.

L'été de tous les dangers

Les éditions Lounak ont sûrement pensé à ce septembre empreint d'une nostalgie automnale quand ils ont programmé la sortie du deuxième et dernier tome de L'esprit du camp de Michel Falardeau. À moins que ce ne soit encore un tour de ce hasard qui sait si bien faire les choses.

Que l'association avec ce début timide de l'automne soit volontaire ou non, il faut reconnaitre que la maison d'édition ne pouvait espérer un meilleur moment pour nous présenter la conclusion de cette bande dessinée qui va faire marque dans l'histoire de notre 9e art.

Lounak

Rappelons brièvement l'intrigue. Élodie, une discrète jeune adulte en colère, devient monitrice dans un camp d'été pour préadolescents. Dirigé par un mystérieux directeur - sans doute le frère ainé de Ned Flanders - grand amateur de Black Sabbath et danseur hors pair, le camp est isolé au cœur d'une forêt angoissante qui cache un lourd secret, du type qui titille suffisamment l'imagination fébrile d'Élodie pour qu'elle veuille le découvrir.

Si dans le premier tome, Falardeau nous surprenait en transformant magistralement son irrésistible comédie d'adolescents en un suspense fantastique, il reprend dans ce second opus la même stratégie, tout aussi efficacement. Encore une fois, le magicien du récit nous amène sur des sentiers qu'on ne croyait pas emprunter. Alors qu'on s'attendait à la suite de son suspense fantastique et à son cortège de peurs et d'angoisses, le bédéiste bifurque sur une piste insoupçonnée, mais sans jamais trahir l'atmosphère mise en place tout au long du premier album.

Comme un Petit Poucet machiavélique, Falardeau, avec l'aide des couleurs fabuleuses de Cab qui traduisent à merveille son univers, sème au fil des cases les indices de son changement, comme autant de petits cailloux qui balisent les sentiers cachés qu'il nous fait emprunter imperceptiblement, sans que nous nous en apercevions.

Alors que des auteurs moins talentueux auraient privilégié des changements brusques, Falardeau, lui, tisse sans tambour ni trompette les multiples rebondissements de son récit. Il les entremêle subtilement et nous fait dériver discrètement vers cette conclusion, que nous n'avions pas perçue à l'origine. L'auteur l'avait pourtant aménagée dès les premières pages de son diptyque, qui renoue avec la bonne humeur et la franche camaraderie de la première moitié de L'Esprit du Camp.

Lounak

Seul un conteur de grand talent est capable de nous confondre avec autant de brio... et il faut bien l'avouer, Falardeau en est un.

Une bédé à lire absolument pour nous faire oublier que l'été est maintenant en vacances.

Les couleurs automnales de la conspiration

Septembre, c'est aussi la destruction des tours jumelles, l'attaque terroriste la plus importante à avoir eu lieu sur le territoire des États-Unis et qui marquera pendant encore et pour plusieurs décennies nos relations avec l'autre. Et ce sont justement les jours précédant ce funeste événement qui se retrouvent au cœur du deuxième cycle du Pouvoir des innocents, l'une de mes 10 séries de bandes dessinées préférées à vie, dont la conclusion vient tout juste d'arriver.

Six mois se sont écoulés depuis le terrible attentat qui a marqué tragiquement la fin de la campagne municipale new-yorkaise qui verra la gauchiste Jessica Ruppert prendre le pouvoir. Depuis, Joshua Logan, l'ancien marine qu'on accuse d'en être l'auteur, s'est rendu à la justice et la nouvelle mairesse à mis en place son programme qui dérange autant l'establishment que les factions «patriotiques» de la société américaine.

Commence alors le procès le plus important de l'Amérique, qui pourrait bien jouer en faveur de Logan. Hélas, pour l'ancien commando devenu pensionnaire d'un institut psychiatrique, le World Trade Center s'effondre pendant les délibérations des jurés. Et si Logan n'avait été que le bouc émissaire d'une vaste machination destinée à destituer Jessica Ruppert?

Futuropollis

Conclusion du deuxième cycle du Pouvoir des innocents, ce 5e tome est à l'image des autres albums de cette saga, un fabuleux suspense au parfum conspirationniste, mené de main de maître par un Brunschwig véritable orfèvre des coups de théâtre et des rebondissements.

Briscard de la bande dessinée, Brunschwig s'amuse avec la mécanique du complot, tant analysée par des auteurs comme Gerard Bronner ou Pierre André Taguieff. Il la décortique magistralement et la glisse subtilement tout au long des pages de cette série époustouflante, modèle incontestable, avec le XIII, le premier cycle du moins, de Van Hamme et Vance, d'une conspiration efficace et haletante.

Avec un rythme et un dynamisme cinématographiques, d'autant plus vrai dans ce cinquième album qui se déroule dans une salle du palais de justice, le scénariste nous emprisonne dans une toile inextricable truffée de plausibilités, de coïncidences et de cette logique unificatrice qui permet de lier entre eux des éléments apparemment disparates, qu'il a su tisser et renforcer au fil des pages.

Delcourt

En attendant avec impatience le troisième cycle qui devrait conclure cette machination diabolique, on peut espérer que la télévision et le cinéma s'empareront de ce Pouvoir des Innocents. Parce que même si le XIII télévisuel s'est avéré une déception, il y a dans la BD de Brunschwig et Hirn le potentiel pour en faire une grande série.


Falardeau, Cab, L'esprit du camp tome 2, Lounak

Hirn, Brunschwig, Le pouvoir des innocents, Car l'enfer est ici, Futuropolis. Le 1er cycle de 5 tomes est disponible chez Delcourt, le 2e cycle de 5 tomes lui est disponible chez Futuropolis.

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