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03/10/2015 08:59 EDT | Actualisé 03/10/2016 05:12 EDT

Frédéric Niffle: passion bédé

Frédéric Niffle vit un rêve depuis 2008, année où il est devenu le rédacteur en chef du journal Spirou. Rencontre avec le fan le plus chanceux du monde de la bande dessinée.

Je ne connais pas un amateur de bandes dessinées qui n'a pas rêvé un jour de travailler dans la rédaction d'un magazine bédé. Certains avec Goscinny, Pradal et Charlier et son sempiternel sandwich chez Polite, oups! Pilote, à tempêter contre les planches en retard et les interminables discours d'Achille Talon; d'autres chez Spirou, avec Lebrac, Prunelle et Gaston à tenter de conclure le dossier Demesmaeker ou à servir de souffre-douleur au Boss de Bercovici et Zidrou.

Frédéric Niffle, lui, vit ce rêve depuis 2008, année où il est devenu le rédacteur en chef du beau journal Spirou. Sept ans après cette prestigieuse nomination, Frédéric Niffle, fondateur de l'excellente maison d'éditions Niffle, continue d'avoir autant de plaisir et de passion à exercer son métier. Rencontre avec le fan le plus chanceux du monde de la bande dessinée.

«C'est un métier assez chouette. Je côtoie des gens de talent, on rigole et c'est créatif. Franchement je ne peux pas me plaindre», lance tout de go le rédacteur en chef de la vénérable institution qui, malgré la crise du magazine et la mort de plusieurs de ses concurrents, continue d'avoir du succès. «C'est vrai que le cas de Spirou est assez unique. Ça doit même être une des seules revues de cette époque (1938) qui existe encore.»

Un succès qui ne se dément pas et qui serait dû, selon lui, à son lectorat. «Spirou rejoint tous les publics et toutes les générations. On peut le lire à 8 ans, mais on peut aussi le lire à 88 ans. Tous les lecteurs y trouvent leur compte. Il n'y a pas de rupture dans la chaîne de lecture, ce qui n'est pas le cas de tout ses concurrents», rajoute-t-il citant au passage le cas de Métal Hurlant et d'(À suivre). «Ces revues, comme beaucoup d'autres qui sont mortes maintenant, incarnaient des époques très précises. Une fois l'époque révolue, la génération passée, le magazine perd de sa justification.»

Mais une recette gagnante comme celle de Spirou, métissant habilement les nouveaux styles aux plus classiques, peut aussi devenir une contrainte pour plusieurs. Surtout quand on doit assumer le lourd héritage de rédacteurs légendaires comme Yvan Delporte. «Ces rédacteurs ont déblayé le terrain et j'ai profité de ce qu'ils ont fait. J'ai beaucoup regardé le travail de mes prédécesseurs pour voir ce qui pouvait encore correspondre à notre époque, et j'ai apporté ma touche. Mais effectivement, chez Spirou, il faut tenir compte du passé et faire un mélange entre l'ancien et le moderne.»

Une préoccupation qui a toujours été la marque du journal de la famille Dupuis, et qui ne lui met pas de pression outre mesure. «Il est important qu'il y ait aussi des ruptures. Spirou doit être de son époque, il doit être d'aujourd'hui. Il ne faut pas que ce soit le même journal depuis 1938.»

Des ruptures, certes, mais tout en gardant la fidélité des aficionados du magazine qui le suivent depuis toujours, qui adorent les vieilles séries, et qui sont moins sensibles aux nouvelles expériences qui les sortent de leur zone de confort. «C'est la traditionnelle guerre entre les anciens et les modernes», souligne t-il d'un ton vaguement résigné. «C'est une situation qui est normale. Comme nous rejoignons une large assiette de lecteurs et que notre lectorat est très hétérogène, il est dans l'ordre des choses que quelques lecteurs détestent certaines séries qui seront appréciées par d'autres. Mais comme nous avons l'avantage d'être un hebdomadaire, les lecteurs ont le temps de s'habituer aux séries. Et puis, vous savez, les anciens ont déjà été des modernes qui ont dérangé les habitudes des lecteurs», rajoute celui qui a publié d'excellentes séries comme l'hilarante Zombiellénium d'Arthur de Pins, L'atelier Mastodonte ou encore les Texas Cowboys de l'infatigable Trondheim. «Je suis content de toutes les séries, parce que je ne publie que ce que j'aime. Un éditeur ne publierait pas ce qu'il n'aime pas.»

Après plus de 75 ans, les défis continuent d'être nombreux pour le magazine. La migration vers les nouveaux médias fait partie de ceux-ci. «C'est étrange, mais les lecteurs restent encore très attachés à leur copie papier. Ils ne migrent pas automatiquement vers la tablette, et ceux de la tablette ne vont pas vers la copie papier. Il y a deux publics distincts. Le véritable défi, c'est de continuer à faire le meilleur magazine possible. Nous sommes en bonne santé financière, mais nous ne pouvons pas nous reposer. On a vu un magazine très populaire comme Tchô !, le magazine de Titeuf, disparaître en deux ou trois ans. Il faut rester attentif», conclut le captivant rédacteur en chef.

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On connaît enfin les trois finalistes pour le prix de la critique Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD) de la bande dessinée québécoise 2015. Ont été retenus pour cette première édition: 23H72 de Blonk, chez Pow Pow; La guerre des arts de Francis Desharnais chez le même éditeur; et Les aventures de Jimmy Beaulieu aux Impressions nouvelles. Il s'agit de la première reconnaissance internationale francophone annuelle pour la bande dessinée québécoise. Le prix sera remis lors du Salon du livre de Montréal, en novembre.

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