LES BLOGUES
25/01/2014 09:29 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

Elle danse avec les loups...garous

Depuis quelques décennies les vampires s'humanisent. Sous l'impulsion d'auteurs comme Anne Rice, Stephanie Meyer ou encore Laurell K. Hamilton, Dracula et ses congénères sont devenus plus psychologiquement étoffés et beaucoup plus intéressants à voir évoluer. Après les suceurs de sang, c'est maintenant au tour des loups-garous de s'humaniser. Que ce soit dans la saga Twilight, dans des séries télévisées comme Being Human ou dans des films comme Underworld , le lycanthrope assume désormais pleinement et fièrement sa nature. Kelley Armstrong fait partie de ces auteurs qui redéfinissent le lycan. Avec son loup-garou femelle Elena Michaels - un phénomène très rare - héroïne de sa série Femmes de l'Autremonde, l'auteur canadienne-anglaise explore de nouvelles dimensions de la lycanthropie. Lors de son passage au dernier Salon du livre, nous l'avons rencontrée pour parler loup-garou. Rencontre avec la Diane Fossey de la lycanthropie.

«De tout le panthéon des monstres et des créatures surnaturelles, le loup-garou est mon préféré. Il combine trois de mes passions, le folklore, les créatures surnaturelles et les animaux », explique celle qui, plus jeune, rêvait de devenir vétérinaire. «J'ai travaillé quelques mois dans une clinique vétérinaire, mais je me suis aperçu que ce n'était pas un travail pour moi», ajoute-t-elle. C'est un épisode de la première saison des X-Files, Shapes, - où Mulder enquêtait sur un cas de lycanthropie - qui a donné le goût à la Canadienne d'écrire des histoires de loups-garous.

2014-01-21-CurseOfWerewolf_Bel.jpg


Le nouveau loup-garou

«Ce que j'aime chez eux, c'est cette possibilité de se transformer en animal. Mais je ne voulais pas qu'ils deviennent de grosses bêtes sauvages et sanguinaires comme ils sont trop souvent présentés. Je voulais plutôt en faire de véritables loups avec leurs caractères et leurs comportements.» L'auteur n'a donc pas hésité à faire des recherches et des observations sur les comportements sociaux du canis lupus. «Il y a quelque chose de fascinant dans le comportement et les relations entre les loups à l'intérieur et à l'extérieur de la meute, comme il y a quelque chose de fascinant dans le comportement et les relations entre les individus dans et en dehors d'une société. C'est un terreau intéressant à explorer.»

Loin d'être le loup-garou traditionnel et tragique, condamné à vivre en paria à cause d'une implacable malédiction - si bien personnifié par Oliver Reed dans le célèbre film de la Hammer The Curse ou the Werewolf --, le nouveau loup-garou est au contraire fier de sa condition, fier d'être à la fois loup et humain et peut-être même plus fier d'être loup qu'humain. « Pas tout à fait, ça reste quand même une malédiction, mais tant qu'il réussit à contrôler ses instincts, il ne rejette pas sa condition. C'est lorsqu'il ne contrôle plus ses instincts, qu'il oublie sa nature humaine, qu'il devient dangereux.» Armstrong présente des loups-garous intelligents, dotés de sentiments, qui ne perdent ni leur humanité ni leur sens moral. « Comme il sait ce qu'il fait, il doit porter la responsabilité de ses actes. Ce qui en fait une créature plus terrifiante, à la différence du zombie qui ne sait pas ce qu'il fait et qui ne peut pas être responsable de ses actes.»

Cette vision tranche radicalement avec la vision traditionnelle qui considère l'animal comme un être sans âme. « Quand on consulte les procès de lycanthropie qui ont eu lieu au moyen-âge, ce que j'ai fait, on s'aperçoit qu'on utilisait cette explication quand on était incapable de justifier un meurtre gratuit. À l'époque, la société ne pouvait pas concevoir qu'on pouvait tuer par plaisir. Alors on préférait mettre la responsabilité sur une créature sanguinaire et imaginaire : le lycan.»

Malédiction ou morsure?

L'auteur aborde aussi la hiérarchisation « lycanthropique ». Ainsi, dans ses romans, on retrouve des lycanthropes nés lycanthropes et d'autres nés humains, devenus loups-garous à la suite d'une morsure. Une distinction qui lui permet d'aborder des thèmes comme la discrimination, la différence, etc. Il n'est donc plus question d'enfant né du viol d'une jeune vierge un soir de pleine lune par un homme dont les sourcils se touchent. «J'ai décidé de combiner deux traditions, le folklore et la tradition hollywoodienne. Dans le folklore médiéval, la lycanthropie est une malédiction qui se transmet de génération en génération. Mais quand vous regardez les films d'Hollywood, c'est plutôt la morsure qui est choisie. Mais la morsure est plus problématique. Si la personne se transforme après une morsure, c'est qu'elle a été victime d'un virus. Or quel est ce virus? Comment agit-il? Dans mon cas, c'est un rétro virus » lance-t-elle avec un éclat de rire.

Mais même si le loup-garou s'humanise peu à peu, Kelley Armstrong doute qu'il devienne un jour une créature aussi populaire que le vampire. « Le loup-garou est un bon numéro deux, mais il n'atteindra jamais le statut du vampire. On le retrouve dans Vampire diaries, dans Buffy et dans Twilight, il a un rôle important mais c'est un personnage plus secondaire. C'est un excellent numéro deux, mais je doute qu'il prenne un jour la première place », conclut-elle.

2014-01-21-armstrong.jpg


Les romans de Kelley Armstrong sont disponibles en français en grande partie chez Bragelonne.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Quelques livres coups de coeur de la blogueuse Julie Niquette

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.



Comment connecter son compte HuffPost à Facebook pour pouvoir commenter?