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09/05/2015 08:52 EDT | Actualisé 09/05/2016 05:12 EDT

«Le sculpteur»: Scott McCloud et l'inaccessible étoile

Ne vous privez pas du plaisir de plonger dans cette fascinante bande dessinée et de vivre les émotions de cette belle histoire d'amour, qui écorche au passage l'insoutenable légèreté du milieu des arts et de la faune, aussi puérile qu'inutile, qui le compose.

«La condition de l'homme consiste à désirer douloureusement tout ce qui lui fait défaut. Quand on obtient ce qu'on désire, le manque est apaisé et la satisfaction dure 3 minutes, le temps de s'en rendre compte. Mais une fois que la douleur du manque est calmée... un vide nous étreint... on s'ennuie. La vie humaine consiste à aller sans cesse du désir qui est manque à l'ennui de la satiété», écrivait Schopenhauer.

Dans cette perpétuelle course du rat à la recherche d'un hypothétique bonheur, l'homme et sa fiancée finissent toujours par oublier le moment présent. Et cette quête de l'inaccessible étoile alimente non seulement le célèbre philosophe mais aussi les auteurs de deux fascinantes bandes dessinées qui viennent d'arriver dans nos librairies.

Mes années d'école

Quand Zeus a voulu savoir si Hercule méritait de devenir un dieu, il lui a concocté une série d'épreuves presque impossibles à réussir. Pourtant dans tout ce parcours de défis, le maître de l'Olympe n'avait pas imaginé la pire des épreuves, celle que même Astérix et Obélix n'auraient pu réussir... les études doctorales!

Oubliez les écuries d'Augias, les pommes d'or du jardin des Hespérides ou la ceinture d'Hippolyte, rien n'égale une thèse, Et c'est ce défi insurmontable que raconte avec humour Tiphaine Rivière dans son réjouissant Carnets de thèse.

Bon, je l'avoue, dès la première page je suis tombé sous son charme. Peut-être parce que Tiphaine Rivière a un sens de l'observation exceptionnel ou peut-être parce que ayant moi-même tenté tant bien que mal de me frotter à cet Everest universitaire, me suis-je identifié à cette demoiselle toute excitée de se retrouver dans les pinacles mythiques de la connaissance universitaire.

Avec son humour irrésistible et son excellent sens de la dérision, Tiphaine Rivière décrit les états d'âme du doctorant, fragile petit cocker sur deux pattes en manque d'affection, de caresses et d'encouragements de la part de son maître... oups!, pardonnez moi... de son inatteignable directeur. La bédéiste décrit avec justesse et mordant un système d'une parfaite vacuité où professeurs égocentriques, prétentieux et suffisants se servent des futurs docteurs pour alimenter l'illusion de l'importance de leurs travaux et de leur personne.

Carnets de thèse est une des descriptions les plus amusantes et les plus véridiques de l'angoissant parcours d'un doctorant, aussi éprouvant pour lui que pour sa propre famille et ses amis. Remplie de petites et judicieuses observations, cette bédé qui ne paie pas de mine est réjouissante aussi bien pour ceux qui connaissent le coté obscur des études doctorales que pour ceux qui n'en n'ont qu'un vague idée.

Un livre obligatoire pour tous ceux qui ont envie d'entreprendre des études supérieures.

Tiphaine Rivière, Carnets de thèse, Seuil.

Pour qui sonne le glas

Si Tiphaine Rivière a su décrire avec humour les angoisses et les incertitudes des doctorants qui veulent atteindre l'immortalité universitaire, Scott McCloud, lui, s'attaque au difficile exercice de la création et à l'impossible cohabitation entre le banal quotidien et l'obsession de la réussite artistique dans ce magnifique Sculpteur , que les éditions Rue de sèvres viennent tout juste de lancer.

En mal d'inspiration, David Smith, jeune sculpteur torturé, se voit proposer par la mort - lors d'une partie d'échecs, référence au mémorable Septième Sceau de Bergman - un pacte qui lui permettra de réaliser son rêve et enfin de s'inscrire dans le panthéon de ceux qui marquent l'histoire. Malheureusement pour le jeune créateur, on ne négocie pas avec la mort sans y laisser sa vie. 200 jours, c'est tout ce que Smith aura pour créer cette œuvre qui va marquer l'humanité. 200 jours, ça peut sembler suffisant, surtout quand rien ne nous rattache à l'existence, mais quand l'amour s'en mêle, l'accord peut rapidement devenir un marché de dupes.

Un théâtre parfait pour Scott McCloud qui peut y démontrer toute la richesse de son savoir-faire narratif. Véritable maître en la matière, McCloud capte notre attention de la première à la dernière page de cet imposant roman graphique de 496 pages, un défi qui n'est pas si évident que cela. Le bédéiste nous entraîne avec nuance, doigté et passion dans la descente aux enfers d'un jeune sculpteur et sa renaissance aussi soudaine qu'imprévue, alors que l'échéance imposée par la mort, qui ressemble beaucoup à Stan Lee (mais çà c'est une autre histoire...), se rapproche de plus en plus.

Bien sûr, certains, à la suite du quotidien Libération, dénonceront cette bédé - tout en reconnaissant ses grandes qualités - la trouveront suspecte, trop hollywoodienne, trop léchée, trop grand public, pas assez confidentielle. Mais ne vous privez pas du plaisir de plonger dans cette fascinante bande dessinée et de vivre vous aussi les émotions de cette belle histoire d'amour qui écorche au passage l'insoutenable légèreté du milieu des arts et de la faune, aussi puérile qu'inutile, qui le compose.

Scott McCloud, Le Sculpteur, Rue de Sèvres.

Les Printemps meurtriers de Knowlton

Bonne nouvelle pour les amateurs de roman policier! Les incontournables Printemps meurtriers de Knowlton pointent le bout de leur nez. Du 14 au 17 mai, non seulement nos meilleurs auteurs seront disponibles pour vous parler polar mais en plus vous pourrez rencontrer Ian Manook, auteur des enquêtes de Yeruldelgger, ce policier des steppes mongoles qui nous fait découvrir la réalité des enfants de Genghis Khan. Un rendez-vous.

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