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11/08/2018 06:00 EDT | Actualisé 11/08/2018 06:00 EDT

«Boni»: Euh… quoi de neuf, docteur?

Ian Fortin et son lapin déjanté Boni sont en train de faire chavirer le cœur des lecteurs.

On célèbre beaucoup, et avec raison, l'exploit de Delaf et de Dubuc, qui ont su imposer leursNombrils sur le marché francophone de la bande dessinée et en faire les stars du beau Journal de Spirou et des éditions Dupuis.

Mais les sympathiques créateurs de nos adolescentes préférées ne sont plus les seuls Québécois à faire leur niche dans les pages du mythique imprimé de Marcinelle, Ian Fortin et son lapin déjanté Boni, désormais en page 3 de la revue, est, lui aussi, en train de faire chavirer le cœur de ses lecteurs.

Ian Fortin

«Je ne sais pas si c'est à cause de ma popularité que je me retrouve en page 3, mais ce qui est certain c'est que j'ai pris la place d'Animal lecteur, une série très appréciée des amateurs. Alors on va voir ce que ça va donner» explique modestement le Montréalais rencontré lors du dernier festival BD de Montréal.

Alors que la bande dessinée adulte semble offrir aux auteurs, du moins selon les critiques, une source intarissable de sujets séduisants, Fortin a misé sur la BD jeunesse. En plus du fait que ce genre soit souvent ignoré par les médias, l'auteur a décidé en plus de se consacrer à la bédé animalière, souvent associée au parfum suranné d'un passé désuet.

Deux choix qui se sont imposés à lui par le plus grand des hasards, le jour de son 34e anniversaire. «C'était une journée où je me posais beaucoup de questions sur mon avenir comme dessinateur. Je me demandais si j'étais capable de créer quelque chose qui allait à la fois me ressembler et me démarquer des autres illustrateurs. Quand je regardais la bande dessinée pour les plus jeunes je trouvais que c'était toujours la même chose: des chats, des chiens, des souris, des gamins, etc. Il n'y avait pas beaucoup de lapins et surtout pas des lapins avec des gros nez», ajoute le bédéiste qui adorait l'idée de faire vivre un lapin caricaturé avec un gros nez.

«J'adore les gros nez. Ça attire l'œil, un gros nez.»

Dupuis

Si Fortin se démarque en réinventant physiquement son oryctolagus cuniculus, il le fait aussi en faisant littéralement voler en éclat les cases, sacro-sainte caractéristique du 9e art. «Je ne suis pas le seul, plusieurs dessinateurs le font. Quand j'ai créé Boni, je le répète, je trouvais important de me distinguer, l'absence de cases me permettait de le faire. Bon il faut aussi l'avouer, ça me dérange les cases, rigole-t-il. À l'époque du premier album chez Premières Lignes, les cases étaient en fait des queues de lapin et Boni vivait ses gags à l'intérieur de ces queues. Avec le temps je me suis aperçu que l'absence de cases était tout aussi efficace que mes petites queues, que ça ne nuisait pas à la compréhension du gag et qu'en plus ça épurait le dessin.» Bref d'une pierre trois coups.

Si le bédéiste stakhanoviste s'impose - il réalise près de 365 gags annuellement - c'est aussi grâce à son monde peuplé de personnages secondaires autonomes loin des faire-valoir sans aucune personnalité qu'on retrouve dans plusieurs autres séries de BD. «Effectivement, tous mes personnages ont leur personnalité. J'en ai même quelques-uns qui pourraient avoir leurs propres séries. Ironiquement, Boni est peut-être le personnage le plus passe-partout de mon univers. Il est sympathique, naïf, joyeux, etc., alors que son entourage est contrasté, plein de personnalités plus définies. J'avais besoin de cet univers pour réaliser mes gags.»

Si le Montréalais, qui publie son lapin chez Les Explorateurs et chez Teletoon en animation, marche sur les pas de Delaf et Dubuc, on doit aussi reconnaitre qui reprend le flambeau de Tristan Demers et de son Gargouille.

Comme ce dernier, il fait preuve d'un sens du marketing assez remarquable en développant une kyrielle de produit dérivés à l'effigie de son sympathique héros. Le dernier en date, une gomme a mâcher sous forme de nez de lapins, qui permet de gagner des albums ou de voir des capsules animées inédites, un peu comme les gommes Bazooka de ma jeunesse.

«Avec des gags plus drôles et des prix beaucoup plus intéressants», s'empresse-t-il de rajouter soulignant au passage que les fameuses gommes ne diffusent plus les horribles gags de Bazooka Joe. «Ce sont maintenant des jeux, des casse-têtes, des jeux de logique et tout le monde sait que les enfants font des jeux de logique quand ils mâchent de la gomme s'esclaffe-t-il. Blague à part, je trouvais le concept intéressant et Boni s'y prêtait merveilleusement bien», renchérit le créateur, qui négocie présentement la possibilité de rendre disponible ses nez de lapins dans les dépanneurs et les librairies.

Dupuis

Il ne vous reste qu'à faire comme moi et embarquer, «sauter», rétorque-t-il, dans le train de Boni.

Les albums de Boni sont disponibles aux éditions Dupuis, vous pouvez aussi le lire dans le Journal de Spirou, Les Explorateurs et le voir animé chez Télétoon.

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