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20/02/2016 09:07 EST | Actualisé 20/02/2017 05:12 EST

«Undertaker»: le roi est mort, vive le roi!

Une balade qui devient vite une poursuite impitoyable à travers de magnifiques paysages désertiques et montagneux admirablement dessinés.

La nouvelle mouture du Docteur Mœbius et Mister Gir, mythiques entretiens de Numa Sadoul avec le maître Jean Giraud, nous a rappelé l'immense vide que son départ et celui de son Blueberry, qui depuis chevauche les prairies célestes, ont laissé dans le monde de la bande dessinée. Qui pourra reprendre le colt de la plus célèbre des têtes brûlées ? Toute une question, mais pour l'instant deux challengers pourraient s'affronter pour le titre laissé vacant par la retraite éternelle de Giraud. Et ça tombe bien : ces deux challengers viennent justement de lancer chacun une nouvelle aventure.

Dans le coin droit : le jeune Blueberry !

Du 1er au 3 juillet 1863, la Pennsylvanie a été le théâtre d'une des plus sanglantes batailles de la Guerre de Sécession. Les champs de Gettysburg étaient encore gorgés du sang des 7 863 morts et des 17 224 blessés lorsque le lieutenant Mike S. Blueberry fut placé dans un train de prisonnier en direction du pénitencier de Coal Quarry.

Pendant son transfert, le convoi est attaqué par des pillards déguisés en sudistes. Profitant de la confusion, le lieutenant et ses compagnons jouent la fille de l'air. En fuite, ils se réfugient dans un village dirigé par une secte de fondamentalistes qui vit en marge de la guerre qui fait rage. Malheureusement, personne n'est à l'abri du choc des armes, et ces chrétiens fondamentalistes vont l'apprendre à leurs dépens.

Vingt-et-unième aventure de La jeunesse de Blueberry et douzième collaboration entre Corteggiani et Blanc-Dumont, Le convoi des bannis quitte l'implacable réalité des combats pour nous proposer une autre vision de la guerre, celle d'un havre de paix rempli d'hommes et de femmes pacifistes, refusant de s'impliquer dans la violence infernale qui embrase le pays. Une idée que William Wyler avait déjà exploitée, par l'entremise d'une famille de Quakers qui voyait ses terres envahies par des troupes sudistes, dans Friendly Persuasion. Et quand cette guerre apparaît sous les traits de Blueberry et d'une bande de malfrats dirigés par un ancien membre de la secte assoiffé de vengeance, tout est là pour une grande bande dessinée.

Hélas, Corteggianni n'a pas accouché de cette grande œuvre. Alors qu'il aurait pu exploiter de profonds drames intérieurs et de troublantes remises en question, le scénariste présente un Blueberry impassible devant cette violence qui bouleverse profondément la vie de ces villageois. Au lieu de nous proposer une confrontation porteuse entre deux univers différents l'un de l'autre, entre un passé réconfortant et un présent violent, comme l'avait si bien fait Peter Weir dans son Witness - rappelez-vous ce policier qui devait protéger un jeune Amish témoin d'un meurtre - le père de De Silence et de sang écrit une classique histoire de vengeance, de bruit et de fureur, sans grande surprise.

Pourtant il aurait été intéressant de voir un Blueberry hésitant, loin de ses certitudes et de sa suffisance du héros-qui-a-toujours-raison, un Blueberry qui, pour la première fois, aurait emprunté le chemin du doute qui le transformera en cet antihéros qu'il deviendra à partir de Fort Navajo. Si Giraud, dans Mister Blueberry, a pu l'immobiliser et en faire le témoin de sa propre légende, Cortegianni aurait pu le transformer timidement et ébrécher son image de héros trop parfait.

Une chance il nous reste le merveilleux dessin de Blanc-Dumont. Juste pour ça, l'album vaut la peine.

Dans le coin gauche : Jonas Crow

Jonas Crow est un fossoyeur ambulant qui propose ses services de bourgade en bourgade dans un Ouest sale et poussiéreux. Ce commis voyageur de la mort accepte de s'occuper de Joe Cusco, un riche propriétaire minier sur le point de mourir. Le hic, c'est que cet harpagon veut se faire enterrer dans sa mine avec son or, au grand dam de ses mineurs qui désirent faire main basse sur le précieux métal jaune.

Deuxième tome de la série Undertaker, dont le premier avait été acclamé unanimement par la critique et le public, La danse des vautours reprend là où le précédent s'était terminé. Après avoir échappé aux mineurs fous de rage, Lance Strikland, véritable nom de Jonas Crow, doit maintenant porter le corps de Cusco vers son dernier repos. Une balade qui, loin d'être une promenade de santé, devient vite une poursuite impitoyable à travers de magnifiques paysages désertiques et montagneux admirablement dessinés par Ralph Meyer et mis en couleurs par Caroline Delabie.

Malheureusement, si le dessin de Meyer est exceptionnel et les couleurs superbes, le scénario de Dorison, bien que très solide, m'a, allez savoir pourquoi, un peu déçu. L'histoire traîne un peu en longueur et les mystères qui planent autour de Crow ne sont toujours pas expliqués. Pourtant, le scénariste a toujours été un expert dans l'art de dévoiler parcimonieusement les zones troubles de ses personnages, une stratégie qu'il n'a pas vraiment exploitée ici, même s'il nous en dit plus sur Rose Praire et Madame Lin.

Entendons-nous bien, il s'agit d'un grand western, une véritable leçon d'un maître qui revisite les classiques du genre tout en respectant la tradition et les innovations amenées par ses prédécesseurs. Avec ses personnages hauts en couleurs et quelques fois malodorants, ses répliques savoureuses, ses décors démesurés, ses poursuites endiablées et ses fusillades tonitruantes, Undertaker est le digne successeur de Blueberry.

Mais, malgré tout, je suis un peu resté sur ma faim, tout simplement parce que je suis un vieux bougon.

Excellente initiative des 400 coups, qui viennent de publier l'intégral du Séraphin illustré, des bandes dessinées écrites par Claude-Henri Grignon, illustrées par Albert Chartier et publiées dans le Bulletin des agriculteurs entre octobre 1951 et septembre 1970. Michel Viau, historien de notre bédé, à fait un véritable travail de moine pour nous rappeler l'aventure «bédéesque» de notre avare national. De la ben belle ouvrage, viande à chien !

• Corteggiani, Blanc-Dumont, La jeunesse de Blueberry, tome 21 : Le convoi des bannis, Dargaud.

• Dorison, Meyer, Undertaker tome 2 : La danse des vautours, Dargaud.

• Grignon, Chartier, Séraphin illustré, Les 400 coups.

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