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23/06/2018 06:00 EDT | Actualisé 23/06/2018 06:00 EDT

Avec Édouard Luntz: À la recherche du fantôme de la pellicule

L'été est là... Voici quelques propositions pour les amateurs de bandes dessinées!

L'été est enfin arrivé et avec lui son cortège de journées trop chaudes et trop humides. Pour fuir la canicule, nous pouvons rester bien au frais à la maison à lire une bande dessinée, dans une salle obscure à regarder un film ou pourquoi pas dans un cinéma à lire une bd sur le 9e art.

Le cinéaste dont on ne voulait pas se rappeler le souvenir

Edouard Luntz, un nom qui ne dit pas grand-chose, même pour le plus féru des aficionados du 7e art et des différentes cinémathèques de par le vaste monde. Et pour cause, le cinéaste français, récipiendaire du Prix Jean-Vigo en 1960 pour son court métrage Enfants des courants d'air, est totalement disparu de nos radars cinématographiques, victime d'un de ses producteurs, le dernier nabab d'Hollywood Darryl F. Zanuck. Absent du marché du dvd, de la cinémathèque française, de la bibliothèque nationale et du réseau universitaire de l'Hexagone, l'œuvre du cinéaste, de qui le légendaire Michel Bouquet a dit qu'il lui avait donné ses plus beaux rôles, a été relégué dans les méandres abyssales de notre inconscient culturel.

Mais une chance pour nous, Julien Frey en entend parler dans un de ses ateliers d'écriture scénaristique. Intrigué par ce fantôme de la pellicule, il décide de partir à sa recherche, interviewant ses acteurs, sa famille, ses amis et reconstituant partiellement le puzzle que constitue la vie de ce réalisateur hors du commun qui força le plus haut tribunal français a reconnaitre ses droits de regard, et par extension de ses collègues, sur le montage final de ses films.

Futuropolis

La bande dessinée est un véhicule parfait pour une biographie, surtout comme dans le cas de cet Avec Edouard Luntz, le cinéaste des âmes inquiètes, le bédéiste se met en scène, racontant de brillante façon une enquête qui relève presque du travail du limier. Avec un sens efficace de la narration Frey nous fait partager ses découragements et ses frustrations, ses incompréhensions et ses joies derrière un mystère qui s'épaissit à mesure qu'il se frotte aux bureaucraties gouvernementale et corporative. Comme si les forces surnaturelles s'étaient unies pour faire disparaitre un fois pour toutes le cinéaste du souvenir des vivants.

Mélangeant habillement sa quête et les anecdotes de tournage du cinéaste, le scénariste nous garde constamment sur un pied d'alerte. Tout comme lui, nous nous prenons d'affection pour cet artiste champ gauche et nous regrettons de ne pouvoir visionner ses films qui semblaient tant déranger nos conceptions traditionnelles du cinéma.

Brillant exercice, dessiné de main de maitre par Nadar, cette biographie d'Edouard Luntz est une lettre d'amour envers le cinéma et ses artisans oubliés, trop différents pour un monde de plus en plus formaté.

La vie secrète des arbres

Il n'y a pas que les individus que les forces occultes veulent faire disparaître, quelque fois ce sont aussi des groupes qu'on veut rayer de la carte. Si nous pouvons tous être victimes d'une conspiration, nous pouvons en être aussi le bras armé ou pire encore l'initiateur. Il faut donc constamment se méfier de soi et des autres parce sans le savoir nous participons tous, à différents degré, aux conspirations. Même Mère Nature n'y échappe pas. Parce que si on y pense bien, pourquoi la nature, les arbres et les plantes ne décideraient-ils pas un jour d'enrayer l'humain d'une terre qu'il n'arrête pas de saccager.

La proposition est séduisante surtout pour une fable environnementale de science-fiction, M. Night. Shyamalan l'a d'ailleurs exploité dans The Happening, et on comprend pourquoi elle a séduit Zep dans sa toute nouvelle bd The End.

Rue de Sèvres

Theodore Atem est un jeune militant écologiste membre d'un groupe de chercheurs sous la gouverne du professeur Frawley spécialiste de la communication des arbres. De leur laboratoire forestier suédois, les chercheurs observent des phénomènes de plus en plus étranges qui semblent avoir été commandés par les arbres.

Nouvelle bd réaliste du papa de Titeuf, The End s'inscrit dans un courant SF très populaire au début des années 70,'apocalypse environnementale.

De prime abord si l'idée est pleine de promesses, d'autant plus que le Zep réaliste est toujours captivant, le résultat final est un peu décevant. Comme si le bédéiste n'avait pas su retrouver la verve, le souffle et l'intelligence de sa précédente bd réaliste la très réflexive Un bruit étrange et beau.

Alors que cette dernière nous amenait sur de nouveaux sentiers, sa fable écologique reste très fidèle aux canons du genre. On voit que Zep connait bien le genre, qu'il en a assimilé les codes mais il faut aussi reconnaitre qu'il a de la difficulté à lui insuffler un vent de renouveau. Trop fidèle, le Suisse ne réussit pas à repousser les frontières du genre.

rue de sèvres

Entendons-nous The End est une excellente bd, mais pour un vieux fan du genre, comme moi, il manque ce petit souffle de génie nécessaire pour en faire une grande bédé.

Je m'attendais à plus... mais c'est sans doute moi le problème.

À la recherche du péché

Août 1136, grièvement blessé pendant la bataille de Crecy, le chevalier Maynard de la Rocheblanche reçoit les confidences d'un Jean 1er de Bohème agonisant qui tient à se soulager la conscience avant de rencontrer son créateur. Entre deux râles le souverain lui confie une mission cruciale pour empêcher l'Europe de sombrer dans le chaos et la violence, retrouver le Lapis Exilii, une relique aussi inestimable qu'inconnue. Hélas pour le chevalier elle intéresse aussi le fils du souverain de Bohème et l'intriguant et ambitieux cardinal d'Avignon.

Pocket

Thriller historico-religieux L'Abbaye des cent péchés et sa suite L'Abbaye des cent crimes est un véritable « page turner ». De la France à l'Italie l'archéologue Marcello Simoni nous concocte une quête où les rebondissements valsent avec brio avec le portrait historique, social et religieux de l'époque.

Le résultat est un truculent roman rythmé, truffé de personnages forts et de notions historiques fascinantes, qui se lit d'une traite et en quelques jours, de la famille de ceux qui nous font rater nos arrêts de métro.

Michel Lafon

Nadar, Julien Frey, Avec Édouard Luntz le cinéaste des âmes inquiètes, Futuropolis.

Zep, The End, Rue de Sèvres.

Marcello Simoni, L'Abbaye des cent péchés, Pocket.

Marcello Simoni, L'Abbaye des cent crimes, Michel Lafon.