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10/11/2013 11:05 EST | Actualisé 10/01/2014 05:12 EST

L'apocalypse au quotidien

Alors que Thor vient à peine de prendre nos écrans d'assaut, arrive sur les tablettes de nos librairies Le Rituel, le tout dernier roman d'Adam Nevill qui s'intéresse lui aussi aux anciens dieux nordiques, du moins à ce qu'il en reste. Mais si la production cinématographique de Marvel met l'emphase sur le côté lumineux du panthéon nordique, Nevill, lui, s'attarde plutôt au côté obscur et cruel de ces divinités guerrières.

Auréolé du Bristish Fantasy Award 2012, Le Rituel est un thriller surnaturel où la peur et l'horreur se côtoient constamment. Quatre Anglais, amis depuis toujours, se retrouvent en Suède pour une randonnée pédestre dans une des dernières forêts sauvages d'Europe. Rapidement, ce qui devait être une balade de santé tourne en cauchemar. À la suite de mauvaises décisions, les quatre randonneurs se retrouvent perdus dans une terrifiante forêt où habite un inquiétant trio de musicos norvégiens adeptes de black métal et des anciennes croyances vikings.

Avec son implacable sens du rythme et son écriture efficace, Nevill installe un théâtre angoissant qui sied à merveille au déroulement de son intrigue. Une forêt oppressante, un ciel constamment gris, une pluie froide qui n'en finit plus de tomber, des sentiers tortueux peuplés d'embûches, des arbres morts et menaçants et des ruines millénaires au milieu de nulle part au parfum d'anciens cultes sanglants.

Au son des chansons de Gorgoroth, de Burzum et de plusieurs autres groupes scandinaves de black métal, Nevill nous entraîne dans un univers terrifiant où la peur et l'angoisse nous attendent au détour de chaque chapitre et de chaque page. Avec sa succession de courts chapitres, Nevill impose un rythme haletant duquel il est difficile de décrocher. Chaque pas, chaque goutte de sueur, chaque douleur, chaque moment de découragement des randonneurs sont partagés par le lecteur qui, rapidement, devient le cinquième membre du groupe. Celui, et une chance pour lui, que le trio ne sera pas capable de harceler.

Grande révélation du thriller surnaturel anglais, Nevill s'inscrit dans la lignée du regretté James Herbert (décédé en mars dernier) et de Graham Masterton. Tout comme ces derniers, il montre un nouveau visage de la littérature britannique d'horreur, un visage beaucoup plus inquiétant. Avec des auteurs comme Nevill, nous risquons de nourrir nos nuits de cauchemars terrifiants pour plusieurs années encore.

Lovapocalypse

Si Nevill se consacre aux anciens dieux nordique, la nouvelle bande dessinée de Philippe Girard, elle, parle plutôt des nouveaux dieux. Ceux qui habitent d'autres planètes et qui réussissent, grâce à des techniques de persuasion, à embrigader plusieurs adeptes dans leur culte.

Isaak est un jeune adolescent français ordinaire, grand amateur de rock. À la suite de la mort de sa mère, il part vivre avec son père à Saint-Casimir dans la région de Portneuf. Étranger dans une petite société qu'il ne connaît pas, Isaak se réfugie dans ses rêves rock. La solitude, le rejet de sa société d'accueil et sa rencontre avec une jolie blonde dont il devient éperdument amoureux, l'amènent - pour se rapprocher d'elle -à se joindre à la secte qu'elle fréquente.

Œuvre riche et dense, la nouvelle création de l'auteur d' Il faut tuer Velasquez met en scène une secte qui sort de l'ordinaire par sa banalité. Girard crée des personnages du quotidien qui se font embrigader par des gourous anonymes, loin de cette image du génie du mal, flamboyant, séduisant, irrésistible, plus grand que nature, grand manipulateur devant l'Éternel, qui trompe tout le monde, imposée par Hollywood et la culture populaire. Ces gens ordinaires ne se posent pas de questions existentielles et ne se remettent pas en question; ils ont la certitude tranquille de ceux qui savent qu'ils détiennent la vérité.

Ironiquement, Isaak n'est pas une victime comme on aime les voir. Il ne se laisse pas contrôler. II n'est pas manipulé, à son corps défendant. Il sait dans quelle aventure il s'embarque. Mais la perspective de connaître le grand amour, celui d'une vie, l'amène consciemment à accepter - en surface du moins - les enseignements du gourou. Ah! Que ne ferait-on pas pour l'amour? Et ce sont justement ses angoisses existentielles et amoureuses et son amour du rock -le seul moment où il se sent lui-même - qui lui permettront de s'éloigner de la secte avant l'apocalypse ultime.

Comme dans ses productions précédentes, Philippe Girard tisse, avec une utilisation judicieuse de plans cinématographiques, la toile nuancée et subtile dans laquelle évolue son jeune héros. Ici, il n'est pas question de bleds paumés ou de banlieue climatisée cauchemardesque, de grandes révélations, de héros sans peur et sans reproche et de méchants grandiloquents. Non, il est plutôt question de notre banal quotidien. Girard nous présente des personnages qui nous ressemblent, qui ont leur moment de gloire et de lâcheté, de force et de faiblesse, et qui peuvent aussi bien agir par altruisme que par intérêt personnel. Des gens comme nous qui, sous la plume talentueuse du dessinateur de Québec, permettent de mieux comprendre le drame de l'embrigadement tranquille d'une secte. À lire!

Adam Nevill, Le rituel, Bragelonne

Phillipe Girard, Lovapocalypse, Mécanique Générale;

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