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05/07/2014 08:04 EDT | Actualisé 04/09/2014 05:12 EDT

Un air d'été tout léger, tout léger, tout léger

Ce n'est pas parce que nous sommes en juillet que nous ne pouvons pas explorer les tréfonds torturés de la psyché humaine, comme le proposent Maxime Chattam et Stephen King dans leurs nouveautés. Bienvenue du côté obscur de la « littérature d'été ».

Dans le domaine littéraire, on aime beaucoup parler de « littérature d'été ». Été après été, inlassablement, nos valeureux critiques littéraires, officiels ou autoproclamés, nous conseillent des romans plus légers, moins sérieux que les grosses briques qu'on doit lire le reste de l'année. Comme si la belle saison était synonyme de légèreté, de futilité et que notre cerveau était en veille et à la recherche d'émotions faciles et jetables. Pourtant, certaines productions de cette « littérature d'été » abordent des aspects plus noirs de notre âme. Ce n'est pas parce que nous sommes en juillet que nous ne pouvons pas explorer les tréfonds torturés de la psyché humaine, comme le proposent Maxime Chattam et Stephen King dans leurs nouveautés. Bienvenue du côté obscur de la « littérature d'été ».

Rendez-vous en enfer

Nouveau roman du maître français du polar glauque Maxime Chattam, La patience du Diable est un véritable coup de poing, un uppercut littéraire qui met le lecteur K.O., un bouquin dont on s'extirpe difficilement et qui ne doit pas être lu sur une plage, par une superbe journée ensoleillée - histoire de ne pas prendre de coup de soleil, puisque vous serez incapable de le quitter avant le point final.

En interceptant ce qu'elle croyait être une banale livraison de drogue, Ludivine Vancker, lieutenant à la section de Recherche de Paris, découvre un étrange trafic de peau humaine. Commence alors une enquête éprouvante aux ramifications insoupçonnées qui la conduit aux limites de l'enfer. Pour la lieutenant qui se remet à peine d'une pénible enquête qui l'a déstabilisée psychologiquement, la traque prend vite l'allure d'une randonnée dans les abysses incommensurables d'une folie qui la guette depuis trop longtemps. Survivra-t-elle à ce face à face avec le mal à l'état pur ?

Suite, sans toutefois l'être véritablement, de La Conjuration primitive - on y fait référence quelques fois - La patience du Mal - qui se lit indépendamment de La conjuration primitive sans problème - continue de démontrer tout le talent de Maxime Chattam. Maître ès suspense, le Français sait raconter une histoire haletante, rythmée, pleine de rebondissements. Maniant aussi bien le thriller classique que le fantastique, Chattam concocte une intrigue puissante et passionnante aux coups de théâtre efficaces qui s'imbriquent logiquement dans la construction du récit.

À travers La patience du Diable, Chattam propose une rencontre avec un mal indicible, froid, calculateur, aussi sournois qu'implacable, un mal d'autant plus inquiétant qu'il se cache sous l'aspect de la tranquille banalité du quotidien. Un thriller solide qui nous tient en haleine du début à la fin, qui dispense des frissons d'angoisse et qui nous donne le goût, dès sa conclusion, de lire les autres romans de Chattam. Ce que je vais m'empresser de faire d'ici la fin de l'été.

Rien que pour ça, on peut dire mission accomplie pour l'auteur.

La petite foire de l'horreur

Stephen King est un écrivain complexe et fascinant, un écrivain aux multiples facettes qui maîtrise plusieurs styles de la grande famille du fantastique. Parmi ces nombreux Stephen King, j'aime particulièrement celui qui se consacre aux quêtes initiatiques et à l'observation de la société. Quand l'auteur de Dead Zone se plonge dans ces thématiques, il fait appel à ses plus belles qualités littéraires, à mon plus grand plaisir. Joyland, sa toute récente parution en français, fait partie de cette tendance.

1973 a été une année fertile en événements. 1973 a été l'année de l'embargo sur le pétrole de l'OPEP, de la déclaration d'honnêteté politique du président Nixon, de la disparition du grand comédien Edward G. Robinson et du grand dramaturge britannique Noel Coward. Mais 1973 fut aussi l'année où le jeune universitaire Devlin Jones, puceau de vingt et un ans et aspirant écrivain, décida de travailler, le temps d'un été, pour les forains d'un des derniers parcs d'attractions indépendants de la côte Est américaine. Un parc d'attractions beaucoup moins innocent qu'il n'y paraissait et qui abritait, selon la rumeur populaire, des fantômes en mal de vengeance.

Attention, le résumé de la quatrième de couverture est un peu trompeur. Il parle d'un roman angoissant, de clowns terrifiants et d'une grande roue inquiétante. Ce n'est pas tout à fait le cas, puisque le fantastique présenté dans Joyland n'est qu'accessoire. Il n'est qu'un prétexte pour permettre à l'auteur de nous raconter une quête initiatique, le passage de ce jeune puceau vers sa vie adulte, avec tout le talent qu'on lui connait.

Tout comme Stand by Me, Dolores Claibone ou encore Rita Hayworth et la Rédemption de Shawshank, l'atmosphère - ici le milieu des forains et des parcs d'attractions - est au coeur du roman, beaucoup plus que la vengeance d'outre-tombe que l'auteur aborde avec parcimonie et pudeur. Toutefois, cette vengeance permet au père de Carrie, de rendre un vibrant hommage à Alfred Hitchcock. Sa scène finale, qui se déroule dans une grande roue sous un puissant orage électrique, semble tout droit tirée d'un film du maître.

Si le suspense n'est pas à l'avant-plan de ce nouveau de King, son écriture, tout en retenue et en concision, elle, l'est. Elle est superbe, musicale, rythmée, truffée de descriptions fabuleuses et évocatrices, d'observations -surtout celles sur la vie et le langage des forains - pertinentes. Grâce à cette écriture si efficace, King nous transmet avec émotions les angoisses d'un jeune amoureux transit de 21 ans qui découvre la vie en même temps qu'il doit accepter de perdre son amour d'adolescence, sa princesse charmante avec qui il voulait bâtir son avenir.

Un très beau roman de King sur une Amérique disparue, une Amérique empreinte d'un optimiste naïf et débordant devant l'avenir, bien avant le désabusement des années grunge.

Une belle découverte.

Maxime Chattam, La patience du Diable, Albin Michel

Stephen King, Joyland, Albin Michel

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