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29/08/2018 13:28 EDT | Actualisé 29/08/2018 13:32 EDT

Guerre de pouvoir: quand la victime est un agresseur

Les organisations semblent démunies face aux plaintes vexatoires de harcèlement, qui sont conçues pour nuire, sinon détruire les personnes visées.

Dans ma carrière, j'ai plusieurs fois vu des manipulateurs faire avancer leurs intérêts en choisissant des parcours sur la frontière existant entre l'acceptable et le répréhensible.
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Dans ma carrière, j'ai plusieurs fois vu des manipulateurs faire avancer leurs intérêts en choisissant des parcours sur la frontière existant entre l'acceptable et le répréhensible.

La règlementation en matière de harcèlement au travail a constitué un pas majeur en matière de droit, de santé, de sécurité et de management. Cependant, de récents débats sur le traitement des plaintes ont fait ressortir le besoin d'importantes améliorations.

Entre autres, les organisations semblent démunies face aux plaintes vexatoires de harcèlement, qui sont conçues pour nuire, sinon détruire les personnes visées. Ces accusations malicieuses peuvent prendre différentes formes. Nous nous intéresserons particulièrement à celles liées aux guerres de pouvoir.

Les guerres de pouvoir

Dans ma carrière, j'ai plusieurs fois vu des manipulateurs faire avancer leurs intérêts en choisissant des parcours sur la frontière existant entre l'acceptable et le répréhensible. Au gré des évènements ou des conflits, ces personnes allaient habilement d'un côté ou de l'autre.

La reconnaissance, l'autonomie ou la transparence pouvaient être mises à profit, puis au fil des différends, le contrôle abusif, la disqualification ou le manque d'informations prenaient le relais. En fait, il ressortait de cette contradiction que le traitement des collègues ou des subalternes changeait selon les divergences d'opinions.

Des organisations ont pris les moyens pour faire la lumière sur les stratégies nuisibles et vexatoires utilisées par ce type d'employés ou de gestionnaires.

Le message implicite était: «choisissez bien votre camp, sinon ce ne sera pas facile pour vous». Même si une majorité de collègues ou de subalternes considéraient ouvertement ces personnes comme dangereuses, leurs démarches sur les frontières les rendaient particulièrement difficiles à prendre en défaut.

Agir sur plusieurs tableaux à la fois

Heureusement, des organisations ont pris les moyens pour faire la lumière sur les stratégies nuisibles et vexatoires utilisées par ce type d'employés ou de gestionnaires. Pris en défaut, ces manipulateurs étaient néanmoins rarement au bout de leurs ressources. Habitués à combiner mensonges, vérités, dissimulations et allusions, ils pouvaient contre-attaquer en se présentant comme des victimes d'un complot conçu pour les faire taire.

Les cas extrêmes visaient un tsunami destructeur à l'encontre de l'organisation qui les aurait «maltraités».

À cette fin, faisant état de supposées malversations, ils s'adressaient aux plus hautes instances organisationnelles, au système judiciaire ou même aux médias. Ils jouaient ainsi sur plusieurs tableaux à la fois: 1) repousser les allégations à leur endroit; 2) avertir du danger de témoigner contre eux; 3) obtenir d'éventuelles compensations; 4) nuire aux gens perçus comme des ennemis. Il s'agissait clairement d'une stratégie de chantage et d'intimidation. Les cas extrêmes visaient un tsunami destructeur à l'encontre de l'organisation qui les aurait «maltraités».

Donc, dans une lutte de pouvoir, se présenter en victime peut parfois constituer un coup de force, une espèce de va-tout. Pour faire face à cette stratégie, l'organisation touchée doit afficher à la fois: courage, transparence, rigueur et détermination. En effet, ces manipulateurs croient n'avoir plus rien à perdre.

Aussi, l'élaboration de leurs stratégies de contre-attaque devient une obsession et souvent une occupation à plein temps (surtout en cas de suspension). Malheureusement, il se pourrait que les vengeurs lèvent le voile sur des pratiques inadéquates.

Rappelons-nous leur habileté à combiner vérité et mensonge. Dans ces moments, les enquêtes rigoureuses, la reconnaissance des faits, l'adoption de mesures correctives et les plans de communication s'imposent. Reculer et laisser libre cours à ces personnes utilisant le chantage serait rapidement plus nuisible qu'une reconnaissance de faiblesses organisationnelles et la prise de mesures correctrices.

En terminant, faire face à de telles attaques n'est pas un gaspillage de temps. Il s'agit plutôt d'un investissement dans la santé durable de l'organisation.

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