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04/09/2018 11:37 EDT | Actualisé 04/09/2018 12:11 EDT

La brutalité en politique est-elle inévitable?

Le rôle de la culture d'un milieu a une grande importance pour le maintien de niveaux élevés de comportements inacceptables.

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Dans certains centres de pouvoir, des enquêtes ou des diagnostics démontrent l'existence de pratiques toxiques allant à l'encontre des droits de la personne ou de l'employé.

L'actualité fait régulièrement état d'allégations de manques de respect répétés de la part de personnalités, qu'elles détiennent un pouvoir ou gravitent autour de la sphère politique. Sans se prononcer sur leurs fondements, mentionnons les plaintes multiples contre le maire de Lévis Gilles Lehouillier, la journaliste Emmanuelle Latraverse, la présidente de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse Tamara Thermitus ou la candidate du PQ, Michelle Blanc.

En fait, dans certains centres de pouvoir, des enquêtes ou des diagnostics démontrent l'existence de pratiques toxiques allant à l'encontre des droits de la personne ou de l'employé. Il ressort de ces travaux l'existence de facteurs communs conduisant à l'intimidation, au harcèlement, voire à la brutalité.

Facteurs favorisant le harcèlement et la brutalité en politique

D'abord, il y a les facteurs individuels. Nous pensons immédiatement aux brutes sociopathes ou aux pervers narcissiques. Ces cas ayant été abondamment traités, il est plus utile de s'attarder ici aux personnes moins hors-normes, mais adoptant des comportements répréhensibles.

Les spécialistes du comportement organisationnel savent que plusieurs personnes ciblées par des allégations fondées d'actes vexatoires sont, par ailleurs, appréciées pour leurs qualités marquées. Pourtant, il leur arrive de devenir ambivalentes et insaisissables, en faisant passer leurs collaborateurs de «héros à zéros». Cela témoigne presque toujours qu'ils sont dotés d'un coffre à outils incomplet: perceptions de situations manquant de recul, stratégies impulsives ou rigides d'adaptation aux crises, et insuffisance de techniques pour la gestion des émotions ou des oppositions, etc.

Il faut mentionner le rôle de la culture d'un milieu pour le maintien de niveaux élevés de comportements inacceptables.

Ensuite, il faut mentionner le rôle de la culture d'un milieu pour le maintien de niveaux élevés de comportements inacceptables. Rappelons que plusieurs journalistes décrivent les milieux politiques comme des mondes à part laissant parfois libre cours aux lois de la jungle et à la gestion sur le mode d'urgence.

Combien de fois avons-nous entendu le cynique: «il ne s'est pas rendu là sans écraser des orteils»? Effectivement, au regard du pouvoir, les normes éthiques sont parfois différentes du reste de la société. Partant de ce fait, lorsqu'un coffre à outils est à moitié vide, il devient tentant de le remplir avec les travers dominants du milieu.

Finalement, il est évident que plusieurs scènes politiques manquent de mécanismes traitant les conflits ouverts, les plaintes de harcèlement et les comportements abusifs. De surcroît, il arrive que malgré l'existence de tels processus, on ne sache pas comment les utiliser ou qu'on n'ait pas le courage de le faire.

L'exemple du maire d'une municipalité, devant faire l'objet d'une enquête sous la responsabilité du directeur général, révèle un défi important d'application: le deuxième est l'employé du premier. Au reste, plusieurs fois, il a été constaté qu'une culture valorisant l'affrontement ne favorise pas la mise en place ou l'utilisation sereine des mécanismes de traitement des plaintes.

Comment casser les cycles de violence?

Les habitudes malsaines se maintiennent parce que leurs adeptes y voient plus de gains que d'inconvénients. Tant que cet équilibre demeure, il s'avère très difficile d'amener ces personnes à l'adoption de comportements et de stratégies plus appropriés. Conséquemment, l'induction d'un inconfort suffisant au renversement de ce calcul s'impose. À cette fin, plusieurs niveaux d'intervention sont nécessaires.

Sans dénonciation, il y a peu de chances que les situations invivables changent.

Sans dénonciation, il y a peu de chances que les situations invivables changent. Bien sûr, cette stratégie est risquée. Aussi, est-il essentiel de bien se préparer et d'établir un réseau d'alliances.

Si les recours sont insuffisants au sein de l'organisme visé, un plaignant peut faire appel à des organisations gouvernementales comme: la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail, la Commission municipale du Québec, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse et le Protecteur du citoyen.

Une fois les attitudes répréhensibles identifiées, les plus hauts responsables doivent établir un cadre éthique spécifique à la personne visée, et lui offrir du soutien par le biais d'un suivi et d'un coaching interne ou externe.

Les situations conflictuelles doivent faire l'objet d'un traitement conséquent et suffisant. Il doit donc exister des processus de traitement des plaintes ou des demandes d'aide. Cette obligation vient entre autres de la règlementation sur le harcèlement dans la Loi sur les normes du travail ainsi que de trois autres articles de loi.

Une culture malsaine peut changer

Cela commence avec une volonté partagée par une bonne proportion du personnel, des cadres et des décideurs de haut niveau. À titre d'exemple, nous avons vu une culture de gestion brutale des conflits dans les vestiaires se métamorphoser en approches de santé et mieux-être.

Il apparait que trop de milieux sont mal couverts par les règlementations protégeant le personnel. Par exemple, comment les petites municipalités peuvent-elles se doter des mécanismes adéquats de gestion des conflits entre les conseillers, le maire et le personnel administratif?

Il arrive que des politiciens dénoncés pour leurs comportements toxiques s'en sortent et qu'ils perpétuent un climat insupportable.

Malheureusement, il arrive que certains politiciens dénoncés pour leurs comportements abusifs ou toxiques s'en sortent aisément et qu'ils perpétuent un climat insupportable. Dans ces cas, il reste à espérer que leurs électeurs soient suffisamment perspicaces pour confier ces responsabilités à d'autres personnes affichant une meilleure éthique humaine.

Pourquoi se préoccuper du climat de travail dans les milieux politiques?

Malgré des avancées au sein des parlements canadiens et québécois, il y existe encore des bastions de résistance aux courants de protection des droits de la personne. À titre d'illustration pour les entreprises, le visionnement du film «Crise RH» est instructif.

Peu importe le milieu, le harcèlement, l'intimidation et la brutalité ont des impacts négatifs, potentiellement majeurs sur la santé psychologique et physique ainsi que sur la carrière des victimes.

Peu importe le milieu, le harcèlement, l'intimidation et la brutalité ont des impacts négatifs, potentiellement majeurs sur la santé psychologique et physique ainsi que sur la carrière des victimes. Des droits fondamentaux de la personne sont ainsi bafoués. Il importe donc de prendre les mesures adéquates et suffisantes à l'endroit des responsables fautifs, de la culture organisationnelle et des processus de traitement des demandes d'aide.

En terminant, il faut souligner que parallèlement aux prises de conscience d'une nécessité de protection des droits, on entend des discours minimisant la portée des diffamations, de la déformation des faits et de l'outrance exacerbée. De plus, les règlementations et les normes éthiques y sont décrites comme liberticides ou infantilisantes.

Devant ces débats publics, nous avons des choix à poser et des voix à faire entendre. Voulons-nous vivre dans une société ne protégeant pas l'intégrité des personnes? Voulons-nous d'une démocratie amoindrie par des débats conçus pour écraser l'opposition et camoufler les faits pertinents? Voulons-nous d'une efficacité ressemblant à un rouleau compresseur aplanissant toute forme d'opposition? Nous avons toujours un choix à faire. À nous d'agir de façon responsable.

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