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18/03/2016 11:57 EDT | Actualisé 19/03/2017 05:12 EDT

Affaire Normandeau: les politiciens sont-ils tous des profiteurs?

De nombreuses personnes affirment que la politique est sale; que les politiciens sont tous pareils; qu'il y a plein de corrompus. À la longue, ces commentaires provoquent un vent de cynisme et de désengagement.

De nombreuses personnes affirment que la politique est sale; que les politiciens sont tous pareils; qu'il y a plein de corrompus, etc. À la longue, ces commentaires provoquent un vent de cynisme et de désengagement. Mais, ces jugements sont-ils fondés?

Prenons d'abord du recul en affirmant que le Québec n'est pas une république de bananes où absolument tout pourrait s'acheter. Sans nier l'existence de corruption, convenons qu'elle n'est pas endémique. Il est tout de même possible d'en trouver dans tous les milieux comme la finance, la vente au détail, la recherche, la psychologie, la construction et naturellement la politique.

À la lumière de mon expérience de psychologue organisationnel, j'estime comme Lord Acton que: «le pouvoir corrompt et que le pouvoir absolu corrompt absolument.» En effet, j'ai fréquenté de très nombreux milieux et je pense que plusieurs personnes très critiques des politiciens ne feraient pas mieux à leur place. Il ne faut pourtant pas conclure à une corruption généralisée.

On fait souvent appel à mes services quand il y a des problèmes importants. J'ai pu constater que la plupart des gestes répréhensibles observés n'étaient pas le fait de personnes malhonnêtes. C'est que les petites et les grandes zones de pouvoir disponibles pour chacun dans son milieu sont autant d'occasions de raccourcis. Par exemple, l'abolition du pointage permet à certains d'être moins ponctuels. Des professionnels décident d'arrondir leurs honoraires par le haut. Un ouvrier s'attribue du matériel de l'employeur. Un rapport passe sous silence d'importants problèmes. Un gestionnaire favorise un candidat pour un poste. Et, vous savez quoi? Dans tous ces exemples, leurs auteurs sont souvent capables de donner d'excellentes raisons pour justifier les accros. «J'ai bien droit à cela...» «On va faire une bonne équipe.» «Il ne me paie pas assez cher...»

Les comportements décrits plus hauts sont tous répréhensibles. Ils nécessitent des correctifs ou même des sanctions. Vous comprenez que ces occasions de petits ou de grands abus de pouvoir sont nombreuses. De plus, trop souvent l'humain pressé et stressé oublie que tous les moyens ne sont pas bons pour ce qu'il perçoit comme la juste cause.

D'ailleurs, ces mêmes mécanismes agissent en politique municipale, provinciale ou fédérale. Il n'y a que les échelles de pouvoir et l'ampleur des conséquences qui changent. Ainsi, avoir le sens de l'État exige des actions planifiées à court, moyen et long terme. Au surplus, certains intérêts sont très difficilement conciliables. Le travail politique s'accompagne donc du risque de mécontentement et de la perte du pouvoir. Ajoutons que ce métier exige une mise en suspend de la carrière professionnelle et pour plusieurs une insécurité. Convenons qu'il s'agit de circonstances difficiles et favorables aux raccourcis pour la cause ou pour l'avenir personnel. Malheureusement, comme dans d'autres milieux, des politiciens vont prendre des voies plus faciles, plus rapides et plus efficaces, mais ils délaisseront les lignes éthiques auparavant valorisées.

Pourtant, à la lecture de ce portrait, le pessimisme n'est pas souhaitable. En effet, la description d'une problématique n'est pas un appel au découragement, mais un premier pas pour s'y attaquer. À la lumière des divers excès mis en lumière récemment, le monde politique doit revoir son cadre réglementaire. Par exemple, les modes de financement des partis favorisent-ils encore les copinages malsains? Les processus de surveillance sont-ils suffisants? Les codes d'éthique sont-ils à revoir? En outre, il est nécessaire que certains politiciens se donnent la mission de cultiver partout une éthique à la hauteur des attentes des citoyens. Tous les forums sont utiles pour ces chiens de garde. Sur ce plan, sans être un partisan, j'estime que Québec solidaire joue un rôle pertinent.

Il ne faut pas oublier les citoyens qui ont également un rôle dans l'assainissement ou le maintien de bonnes mœurs politiques. Chacun a le devoir de s'informer, de se prononcer et de voter. Pourquoi si peu d'électeurs protestent auprès de leur député? Une culture politique propre s'entretient. Baisser les bras à cet égard, c'est accepter le manque d'intégrité et cela revient à le cultiver.

Plus les règles seront claires, pertinentes et appliquées, moins les actes répréhensibles seront fréquents. Cependant, malgré ces efforts, les malversations vont subsister. Mais est-ce parce qu'il y a toujours eu de la criminalité qu'il faut abolir la police? La lutte à la corruption et aux malversations ne s'arrêtera jamais. Il ne faut jamais diminuer la vigilance.

Par ailleurs, rappelons-nous que les véritables corrompus cherchent le pouvoir et qu'ils sont attirés par les leviers décisionnels. Plus les règles sont lâches ou appliquées avec laxisme, plus la tâche leur sera facile, puisqu'ils pourront mieux camoufler leurs graves méfaits.

Malgré plusieurs écrits critiques que j'ai produits sur des politiciens, j'ai du respect pour leur travail. La critique est ma façon de les respecter et de cultiver la démocratie, qui n'est jamais acquise pour toujours. Je termine en soulignant que le grand coup frappé par l'UPAC est une excellente nouvelle pour la vie politique. Le message donné est clair: personne n'est au-dessus des lois et tout système de collusion est susceptible d'être découvert.

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