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19/05/2013 10:19 EDT | Actualisé 19/07/2013 05:12 EDT

Pour une solution juste au problème des réfugiés

AP

Deux populations de réfugiés ont été créées par le conflit israélo-arabe: une population juive et une population arabe. Alors que la problématique des réfugiés palestiniens est incluse dans la politique officielle du gouvernement du Canada, celle des réfugiés juifs a été complètement occultée, créant ainsi un déséquilibre qui mérite d'être redressé si une solution juste et équitable doit être trouvée.

Ce processus semble heureusement avoir débuté. Le Comité permanent des Affaires étrangères de la Chambre des communes du Canada a en effet commencé dernièrement l'étude du problème des réfugiés juifs, problème laissé de côté depuis trop longtemps dans toutes les discussions sur le Moyen-Orient.

Soyons clairs cependant: la reconnaissance des droits d'un groupe ne doit pas se faire aux dépens des droits d'un autre. En d'autres mots, la reconnaissance des droits et revendications des réfugiés juifs n'enlève rien à ceux des réfugiés palestiniens.

Une montagne canadienne d'évidences

Comme c'est un problème qui touche plus de 850 000 personnes, qui ont été persécutées et déplacées du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, il est étonnant qu'il ait été omis depuis si longtemps par le gouvernement du Canada. Ceci est d'autant plus vrai qu'il est connu par Ottawa depuis ses débuts, comme le montrent les Archives du gouvernement canadien.

Déjà en mars 1949, les diplomates canadiens rapportaient que plusieurs milliers de réfugiés quittant l'Afrique du Nord « affluaient en Palestine » ("pouring into Palestine".)

Trois ans plus tard, le gouvernement du Canada recevait des rapports selon lesquels Israël avait absorbé plus de 300 000 Juifs des pays arabes, incluant 120 000 juifs d'Irak et 50 000 du Yémen.

En août 1956, après des mois de représentations par le Congrès juif canadien, le gouvernement canadien décidait - « considérant les considérations humanitaires urgentes présentes » ("in view of the urgent humanitarian considerations involved") - de déroger aux procédures habituelles de sécurité et de faciliter la venue des Juifs nord-africains au pays. Environ 25 000 Juifs marocains sont ainsi arrivés au Canada; le reste des 200 000 Juifs de ce pays l'ont quitté entre 1948 et 1967, se rendant principalement en Israël et en France.

En décembre 1956, le ministère des Affaires extérieures recevait des câbles diplomatiques décrivant l'expulsion des Juifs égyptiens. Ces Juifs égyptiens, dont 50 % étaient déjà apatrides suite à une loi profondément discriminatoire datant de 1926, faisaient face à un dilemme impossible. Des câbles diplomatiques canadiens rapportaient que « les Juifs apatrides ont le choix de soit quitter l'Égypte, soit d'être envoyés dans un camp de concentration » ("Jews without nationality are given choice between leaving Egypt or being sent to a concentration camp") et « les Juifs reçoivent une visite d'un officiel qui les intimide afin de les forcer à signer une déclaration d'intention de quitter l'Égypte, ce qui amène l'annulation de leur permis de résidence et leur expulsion du pays » ("Jews would receive a visit of some official who would intimidate them into signing a declaration of intention to leave Egypt which would result in cancellation of residence permit and then force them to leave the country".)

En réponse à ces rapports, une note au ministre des Affaires extérieures soulignait, le 20 décembre 1956: « Un principe sensé à adopter est que les réfugiés juifs désirant se rendre en Israël devraient pouvoir s'y rendre et que ceux qui ne le désirent pas devraient être accommodés dans d'autres pays du monde libre, y compris au Canada (" What we have in mind is that a sensible principle to accept would be that Jewish refugees wishing to go to Israel should do so and that those not wishing to go to Israel should be accommodated elsewhere in the free world, including Canada".)

Trois mois plus tard, le Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU décidait que ces réfugiés juifs égyptiens étaient éligibles à la protection onusienne.

D'autres câbles diplomatiques canadiens en provenance de la région furent reçus par Ottawa. Par exemple, le 4 mai 1964, l'ambassade canadienne en Suisse rapportait que les Juifs tunisiens faisaient face à des conditions d'apartheid.

Même en mars 1973, des diplomates canadiens s'attendaient à une augmentation importante du nombre d'immigrants juifs en provenance du Maroc vers le Canada « possiblement plus rapide et dramatique que nous le souhaiterions alors que de nouvelles mesures marocaines sont mises en place », mesures qui « forceront ces personnes non désirées à chercher une nouvelle demeure » ( "possibly more rapidly and dramatically than we would wish, as new Moroccan measures are being implemented in the months ahead" that "will force all these unwanted people to seek a new home.")

Une correction pour la justice et l'équité

Malgré toutes ces évidences, malgré ces milliers de réfugiés juifs des pays arabes qui se sont installés au Canada, les seuls réfugiés reconnus par le gouvernement du Canada suite au conflit israélo-arabe sont les réfugiés palestiniens.

Cette injustice doit évidemment être redressée afin que le Canada adopte une position juste, équilibrée et équitable.

Cette correction essentielle, je le répète, n'élimine d'aucune façon la nécessité de trouver une solution juste et équitable pour les réfugiés palestiniens. Elle ne fait que de rendre plus équitable la position officielle du Canada.

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