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27/10/2012 12:49 EDT | Actualisé 25/12/2012 05:12 EST

Le racisme anti-musulman des «bien pensants»

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Syrian rebels run to take position in the Bustan al-Basha district in the northern city of Aleppo on October 26, 2012. Outbursts of fighting threatened to undermine a fragile ceasefire that took effect in Syria after President Bashar al-Assad's regime and the main rebel force agreed to down arms for a four-day Muslim holiday. AFP PHOTO/PHILIPPE DESMAZES (Photo credit should read PHILIPPE DESMAZES/AFP/Getty Images)

Chaque incident impliquant Israël et le monde arabe est monté en exergue. Les médias en parlent (voir la pitoyable publicity stunt du bateau Estelle, ne transportant aucune aide alimentaire, tentant de briser le blocus - qui est légal selon une Commission d'enquête israélienne indépendante et un rapport de l'ONU - de la Bande de Gaza se trouvant entre les mains des extrémistes du Hamas), les rues arabes s'enflamment, les syndicats ruent, l'ONU se saisie de la situation.

Musulmans contre musulmans

Comparons cela avec ce qui s'est passé avec les musulmans ahmadis. Une semaine avant les événements de la flottille de Gaza en 2010, près de 100 musulmans ahmadis ont été massacrés au Pakistan alors qu'ils priaient dans leur mosquée. Pourquoi? Parce que les talibans, qui sont des musulmans sunnites, voient les musulmans ahmadis comme des hérétiques qui méritent la mort.

Autre exemple : à la fin janvier 2010, en Irak, un attentat-suicide (un autre...) a eu lieu . La femme, une musulmane sunnite, s'est fait sauter au milieu de pèlerins eux aussi musulmans, mais chiites. Bilan : au moins 41 morts et 106 blessés.

Ou encore : Où étaient les manifestants lorsqu'un kamikaze s'est fait sauter à Tal Afar, dans le nord de l'Irak, pendant un match de soccer le 14 mai 2010, tuant ainsi 25 spectateurs et en blessant une centaine d'autres ?

Ou encore ce qui se passe aujourd'hui en Syrie, avec plus de 30 000 morts dénombrés.

C'est pratiquement passé inaperçu. Le monde musulman est resté coi. Silencieux.

Un double standard inacceptable

Cependant, quand des caricatures représentant le Prophète Mohammed furent publiées au Danemark, la violence a été intense. Et mortelle.

Quand un civil palestinien meurt dans des combats entre Israël et ses ennemis, le monde arabo-musulman s'insurge. Les militants anti-Israël dans le monde occidental s'activent. L'ONU délibère.

Si c'était un Juif qui avait tué ainsi des musulmans, les rues seraient remplies de manifestants et les journaux, de lettres dénonçant la « barbarie israélienne ». Mais quand un musulman s'attaque ainsi à d'autres musulmans... silence radio. Aucune protestation dans le monde arabo-musulman. Ni chez nous, au Québec, au Canada.

Quand les musulmans s'entretuent, personne ne réagit. Ni les soi-disant activistes de la paix, ni les gouvernements occidentaux, ni les leaders occidentaux, ni les leaders musulmans. Peut-il y avoir un exemple plus flagrant de double standard?

L'analyste français musulman d'origine algérienne Mohamed Sifaoui ne dit pas autrement lorsqu'il a écrit, lors des manifestations anti-israéliennes pendant le conflit de Gaza en 2009 :

« Où étaient tous ces musulmans qui ont tant de compassion pour les enfants de Gaza et pour les terroristes qui les ont conduits vers la guerre, où étaient-ils, dis-je, quand Grozny était littéralement rasée par l'armée russe, cependant que les femmes tchétchènes étaient violées à ciel ouvert par les soldats de Poutine et lorsque les morts se comptaient quotidiennement par centaines? (...)

Mais encore, où étaient tous ces marcheurs du samedi lorsque les Algériens se faisaient découper en petits morceaux par les monstres du GIA et égorgés tels des moutons par les disciples d'Ali Belhadj?

Pourquoi tous ces musulmans qui marchent aujourd'hui les yeux exorbités, la bave sur le menton, tous crocs dehors, n'ont-ils jamais voulu marcher au lendemain d'un attentat terroriste? Pourquoi n'ont-ils pas marché lorsque des islamistes tuaient d'autres musulmans? Pourquoi n'ont-ils pas marché après le 11 septembre, Madrid ou Londres? Mais où étaient-ils lorsque les talibans exécutaient des femmes dans des stades? Pourquoi, à chaque fois, que je les entends, c'est pour écouter leurs lamentations disant qu'ils appartiennent à une « religion opprimée »? Pourquoi ne dénoncent-ils jamais, avec de telles marches, ceux qui oppriment au nom de cette même religion? Pourquoi sont-ils plus virulents, plus haineux et, parfois, plus violents que les Palestiniens et les Jordaniens que je connais? Pourquoi il y a si peu de dignité dans l'expression de leur émotion sincère ou supposée? Mais que cache donc cette compassion sélective? Que cache-t-elle? Mettons les pieds dans le plat. Le conflit israélo-palestinien serait-il finalement un abcès de fixation qui est entretenu, et notamment par les pays musulmans, pour attiser toutes les haines? Serait-ce l'appartenance religieuse de l'autre belligérant, Israël en l'occurrence, qui pose problème? Serait-ce par antisémitisme?

Je vais révéler le fond de ma pensée. Je pense que plusieurs marcheurs du samedi défilent davantage contre Israël que pour la Palestine. Beaucoup d'entre eux ne marchent pas parce qu'ils adoreraient les Palestiniens, mais parce qu'ils ont une détestation idéologique pour tout ce qui est juif et pour tout ce qui a trait à Israël.

En définitive, si ces marcheurs du samedi étaient si humanistes que cela, je pense que je les aurais croisé dans des manifestations en faveur du Darfour ou des Tchétchènes, et dans celles organisées en signe de solidarité avec les victimes algériennes de l'islamisme et dans toutes les marches dénonçant le terrorisme des fascistes intégristes. Ils se seraient peut-être élevés contre la violence exercée par le Hamas, non pas contre les Israéliens, mais contre leurs propres frères du Fatah ».

Un racisme anti-musulman

Ceci est une forme de racisme. Pas tant envers les Juifs, mais contre les musulmans eux-mêmes. Quand ceux-ci s'entretuent, on considère cela normal.

C'est montrer que les préjudices anti-musulmans sont puissants : on s'attend au pire de ces derniers. Et c'est une forme insidieuse de racisme à leur endroit. Ils méritent mieux de nous. Ils méritent mieux tout court.

Je laisserai le dernier mot au chroniqueur Burak Bekdil du journal anglophone turc Daily News (qui est du même groupe que le très influent journal Hürriyet). Bekdil n'y va pas avec le dos de la cuillère .

« Pourquoi donc les Turcs ont-ils le "fétiche de la Palestine" même si la majorité d'entre eux ne peuvent situer les territoires palestiniens sur une carte? Pourquoi n'ont-ils pas levé le petit doigt quand, par exemple, les mollahs tuaient des musulmans dissidents iraniens? Pourquoi les Turcs n'ont-ils pas levé le petit doigt quand des forces d'occupation non musulmanes ont tué un million d'Irakiens musulmans? Pourquoi n'a-t-on pas entendu une seule voix turque protester contre la mort de 300 000 musulmans au Darfour? (...) Combien de Turcs ont protesté quand il y avait la guerre civile en Algérie? Combien se sont portés volontaires pour des missions d'aide humanitaire au Soudan? Pourquoi les manifestations étaient-elles si peu importantes lors des atrocités serbes contre les Bosniaques musulmans? Qu'est-ce qui rend les neuf martyrs de Gaza plus sacrés que tous les autres martyrs? »

« De façon subconsciente (et tristement), la pensée turque musulmane tolère si des musulmans tuent des musulmans (...) mais est programmée pour virer le monde à l'envers quand des Juifs tuent des musulmans. »

Troublant.