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15/03/2013 12:39 EDT | Actualisé 15/05/2013 05:12 EDT

Le pape François et les Juifs

Bien que non-catholique, les événements qui se sont déroulés au Vatican ces derniers jours ne m'ont pas laissé indifférent. En fait, ils ne peuvent laisser personne indifférent. La démission de Benoît XVI suivie par le conclave en place pour le choix de son successeur François sont non seulement des faits historiques, ils auront un impact sur le plus de 1,2 milliard de catholiques - de même que pour de nombreux non-catholiques.

FILE - This April 4, 2005 file photo shows Argentine Cardinal Jorge Mario Bergoglio, celebrating a Mass in honor of Pope John Paul II at the Buenos Aires Cathedral in Buenos Aires, Argentina. Bergoglio, who took the name of Pope Francis, was elected on Wednesday, March 13, 2013 the 266th pontiff of the Roman Catholic Church.(AP Photo/Natacha Pisarenko, file) **EFE OUT**
AP
FILE - This April 4, 2005 file photo shows Argentine Cardinal Jorge Mario Bergoglio, celebrating a Mass in honor of Pope John Paul II at the Buenos Aires Cathedral in Buenos Aires, Argentina. Bergoglio, who took the name of Pope Francis, was elected on Wednesday, March 13, 2013 the 266th pontiff of the Roman Catholic Church.(AP Photo/Natacha Pisarenko, file) **EFE OUT**

Bien que non-catholique, les événements qui se sont déroulés au Vatican ces derniers jours ne m'ont pas laissé indifférent. En fait, ils ne peuvent laisser personne indifférent.

La démission de Benoît XVI suivie par le conclave en place pour le choix de son successeur François sont non seulement des faits historiques, ils auront un impact sur le plus de 1,2 milliard de catholiques - de même que pour de nombreux non-catholiques.

Loin de moi, un Juif, de m'immiscer dans les débats théologiques - et politiques - de l'Église romaine. Bien qu'ayant des opinions, souvent bien tranchées, sur ceci ou cela, je me garde « une p'tite gêne. »

Cela étant dit, là où je crois pouvoir donner mon opinion, c'est sur le souhait de voir l'Église continuer de progresser dans ses relations avec, et ses positions sur, le judaïsme.

Une longue histoire d'antisémitisme

L'antijudaïsme chrétien a une longue histoire, et a été marqué par de nombreux épisodes sanglants à travers les siècles.

Création de ghettos pour les Juifs, Inquisition, expulsions forcées, conversions forcées, obligation de porter des signes distinctifs (qui n'était pas une création nazie, mais de l'Église, reprise par les nazis), massacres (notamment pendant les Croisades), pogroms, l'Église porte une lourde responsabilité dans ces tragédies, tragédies qui ont culminé par le massacre de plus de 6 000 000 d'innocents pendant la Shoah.

Une relation judéo-chrétienne de plus en plus saine

Heureusement, l'Église a depuis beaucoup évolué.

Le premier tournant a été l'encyclique Nostra Ætate, la Déclaration sur les relations de l'Église avec les Religions Non-Chrétiennes du Concile Vatican II de 1965.

Dans ce document, l'Église exclut la responsabilité collective des Juifs pour la mort de Jésus (accusation de déicide), affirme que l'Alliance conclue par Dieu avec le peuple juif est éternelle et irrévocable, et condamne l'antisémitisme. Tombe ainsi la raison théologique première de l'antijudaïsme chrétien. Et s'ouvrent les voies du dialogue.

Jean-Paul II, polonais, humaniste, témoin de l'horreur nazie, ayant grandi avec des amis juifs va plus loin. En 1986, en se rendant à la Grande Synagogue de Rome, il devient le premier pape à franchir le seuil d'un temple juif. Le geste marquera.

Alors que le Pape Pie X avait affirmé en 1904 à Théodore Herzl (fondateur du sionisme politique moderne) que « les Juifs n'ont pas reconnu Notre Seigneur et nous ne pourrons donc pas reconnaître le peuple juif.», Jean-Paul II reconnaît l'État d'Israël en 1993 et établit des relations diplomatiques avec l'État juif.

Certains affirmeront que cette reconnaissance, intervenant 45 ans après la fondation de l'État d'Israël, était tardive; il n'en demeure pas moins qu'en moins de 90 ans, l'Église catholique a fait un virage à 180 degrés.

Le dialogue judéocatholique s'est accéléré depuis, avec notamment la visite dramatique de Jean-Paul II en Israël en 2000. Qui ne se souvient pas de ce pape affaibli, souffrant, diminué se rendant au Kotel, le Mur occidental (faussement appelé le Mur des Lamentations) ou son discours au Mémorial de la Shoah, Yad Vashem, dans lequel il dit l'Église « profondément attristée par la haine, les actes de persécution et les manifestations d'antisémitisme exprimées contre les juifs par des chrétiens en tout temps et en tous lieux »?

Voir Benoît XVI, pape allemand, poursuivre dans la voie tracée par Jean-Paul II a été d'un grand soulagement pour les Juifs du monde entier. Les positions de Jean-Paul II n'avaient pas disparu avec lui.

Et maintenant?

Les Juifs n'ont évidemment pas leur mot à dire dans la sélection de l'occupant du trône de Saint-Pierre. Ni dans la théologie chrétienne. Le faire serait un inacceptable manque de respect. Et le contraire d'un véritable dialogue interreligieux.

Qu'il nous soit en revanche permis de souhaiter trois choses avec l'élection de François.

D'abord, que la lutte de l'Église contre l'antisémitisme, malheureusement toujours en vie, continue. Le leadership moral de l'Église catholique dans le monde est essentiel sur ce sujet.

Que l'éducation des fidèles catholiques sur ce qu'est le judaïsme continue. (Il revient évidemment aux Juifs du monde entier de s'assurer que l'inverse soit vrai, et que nos jeunes comprennent ce qu'est le christianisme).

Que sans être d'accord avec toutes les politiques de l'État d'Israël, que le Vatican soit juste et cesse d'appliquer un double standard à la seule démocratie du Moyen-Orient.

Entre frères (et sœurs)

Jean-Paul II avait appelé les Juifs les « frères aînés » de l'Église .

Les membres d'une fratrie ne s'entendent pas toujours sur tout. C'est normal.

Mais Juifs et catholiques, comme membres d'une même famille, se doivent de continuer de se parler, de dialoguer, dans le respect, la connaissance et l'amour de l'autre.

Le choix de François comme pape semble aller dans ce sens.

Et c'est tant mieux. Pour nous tous.

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