LES BLOGUES
09/11/2013 09:43 EST | Actualisé 09/01/2014 05:12 EST

Donner raison à son adversaire

J'ai pris ma carte du Parti québécois en 1987 - avant même d'avoir l'âge de voter - alors que la popularité de ce parti était à son plus bas.

Pendant mes études à laUniversity of Western Ontario, à London, j'y ai fondé une cellule du Bloc québécois afin de, notamment, lutter contre les idées reçues et les préjugés véhiculés contre les souverainistes.

J'ai été député de cette formation fédérale pendant presque neuf ans à la Chambre des communes. Étant à l'aise en anglais, on m'a envoyé à de nombreuses conférences au Canada anglais, à des rencontres avec des étudiants sur les campus universitaires et faire des entrevues radio et télé (y compris des lignes ouvertes dans l'Ouest canadien, ce qui pouvait être assez rock'n'roll, on le comprendra).

En tant que député, j'ai rencontré de nombreux diplomates et parlementaires étrangers.

Peu - y compris les Français, surtout les jeunes - comprenaient que des gens veuillent quitter le Canada, un pays du premier monde, riche, démocratique et qui attire des gens de partout sur la planète. Tous ceux qui voyagent connaissent très bien l'incompréhension quasi totale d'un étranger à qui on essaie de vendre l'idée de la souveraineté du Québec.

Malgré cela, j'ai passionnément défendu l'idée de la souveraineté et tenté de convaincre mes interlocuteurs que le pays du Québec serait ouvert, tolérant, généreux et respecterait les droits fondamentaux.

Ce dernier point était particulièrement important puisque les adversaires de l'indépendance du Québec tentaient de dresser un portait sombre du mouvement nationaliste québécois.

C'est vrai au Canada anglais, c'est vrai aux États-Unis et c'est vrai en Europe (on se souviendra de la terrible phrase de François Mitterand «Le nationalisme, c'est la guerre!»).

La Charte des valeurs

Maintenant, le parti qui désire faire du Québec un pays a déposé une législation illibérale, qui, de l'avis même de la Commission des droits de la personne du Québec, enlève des droits protégés par la Charte de droits et libertés de la personne du Québec. Malgré les avis de juristes reconnus et compétents, après des consultations (sic), le projet de loi sur la Charte, déposé cette semaine, est encore plus restrictif que le document d'information.

Comme l'a déclaré mon employeur: «En imposant des limites aussi déraisonnables à des droits et libertés fondamentaux, le gouvernement signale aux minorités du Québec que nos droits dépendent de l'humeur de la majorité, plutôt que des garanties de l'État comme il se doit dans un État de droit. »

L'argument selon lequel la Charte doit être adoptée, car les sondages indiquent qu'une (faible) majorité des Québécois l'appuie, ne tient pas. Les instruments de protection des droits de la personne ont été créés pour protéger les minorités des humeurs des majorités. Cela ne veut pas dire un gouvernement des juges, que la population et ses élus ne décident plus. Ce que ça veut dire, c'est que ces décisions doivent être prises à l'intérieur d'un cadre défini.

La Charte québécoise des droits et libertés n'est pas tombée du ciel. Elle a été adoptée par l'Assemblée nationale du Québec.

Les élus du Québec ont convenu que leurs décisions devaient respecter un certain nombre de règles, que les droits et libertés de la personne avaient une valeur supérieure à toute autre législation (d'où son caractère quasi constitutionnel, le Québec n'ayant pas de constitution).

VOIR AUSSI: Tous les blogues du HuffPost sur la Charte des valeurs

Fragiliser les institutions

Ce que fait le gouvernement du Parti québécois, c'est fragiliser sa propre infrastructure institutionnelle, son propre instrument de protection des minorités.

Alors que le monde cherche à assurer une plus grande protection de ces droits, le Québec va dans la direction inverse. Comme me l'a affirmé un haut placé au sein du gouvernement : «C'est un projet de société».

Cette affirmation m'a figé. Restreindre les droits et libertés, un projet de société? Vraiment?

Quand on m'affirme qu'il y a malaise dans la société, que puis-je répliquer, sinon demander depuis quand on légifère selon les malaises, surtout quand on joue avec les droits reconnus des gens (je le répète, par un instrument juridique québécois).

Ce qui est peut-être pire, c'est que le gouvernement du Parti québécois sait fort bien que les chances que son projet durci soit adopté avant la prochaine échéance électorale sont minces. On verra donc le Parti québécois se servir de la Charte des valeurs comme un outil électoral. En d'autres mots, le Parti québécois fera campagne sur la restriction de droits et libertés reconnus!

Moi qui ai parcouru le monde en affirmant que le mouvement souverainiste ferait du Québec un endroit plus libre, plus ouvert, plus généreux, je me suis fait dire par plusieurs qu'ils ne me croyaient pas.

Ils n'avaient pas peut-être pas tort...

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

La charte des valeurs vue par Twitter


Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.