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29/12/2013 11:01 EST | Actualisé 28/02/2014 05:12 EST

Je suis pour la Charte... des droits

Il est plus que temps de cesser les procès d'intention.

Être favorable à la Charte des valeurs ne veut pas dire qu'on soit xénophobe ou raciste.

Être contre la Charte des valeurs ne veut pas dire qu'on soit contre le fait national québécois ou contre l'affirmation de sa particularité distincte.

J'affirme cela car je n'ai aucune gêne à défendre l'idée de Charte des droits tout en étant un fier défenseur de l'identité nationale québécoise.

La protection des droits de la personne à la base de la civilisation occidentale

À entendre certains partisans de la Charte des valeurs, c'est comme si être partisan de droits protégés constitutionnellement (ou quasi constitutionnellement) était mauvais, que cela allait contre l'identité du Québec.

Être favorable à la protection de droits de la personne et des minorités n'est pas être anti-québécois.

Être favorable à des protections constitutionnelles de ces droits ne fait pas de quelqu'un un trudeauiste qui rêve d'effacer la personnalité distincte du Québec, comme certains accusent les opposants à la Charte des valeurs.

L'idée de protéger les droits individuels des humeurs des majorités ou des exagérations de l'État est à la base de la civilisation occidentale moderne.

Qu'on pense à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen rédigée en France pendant la Révolution française ou le US Bill of Rights datant de la même époque, depuis plus de 200 ans, le progrès des sociétés a pu être mesuré à l'aune des droits des individus.

C'est ce qui fait que, pour moi, l'argument selon lequel une majorité de Québécois est en faveur de la Charte des valeurs ne tient pas, surtout lorsqu'on insiste sur le fait qu'une majorité de francophones le soit encore plus (mon opinion compterait-elle plus que celle de mon épouse, anglophone de naissance?).

La Charte québécoise des droits de la personne, adoptée par l'Assemblée nationale du Québec, a été conçue pour mettre les individus et les minorités à l'abri de la majorité. C'est un choix de projet de société qui valait en 1975 - et qui vaut encore plus aujourd'hui dans ce Québec plus divers, plus hétérogène qu'il était alors.

Comme l'a affirmé un chroniqueur du Devoir, il est normal qu'une Charte des droits ne puisse être amendée aussi facilement que le Code de la route. Et si elle est pour être amendée, de sérieuses études devraient être à la base de tout changement. Et l'opinion de l'organisation chargée de la mettre en oeuvre ne devrait pas être écartée du revers de la main comme l'a fait le gouvernement Marois avec l'avis de la Commission des droits de la personne.

« Wedge politics »

Dans ce dossier, le Parti québécois fait de la politique de clivage (wedge politics). Ce sera peut-être payant électoralement à court terme, mais le PQ risque d'y perdre son âme.

Il va certainement à l'encontre de sa propre histoire.

Au début du mouvement indépendantiste moderne, les organisations s'appelaient Rassemblement pour l'indépendance nationale et Ralliement national. Cela démontrait la volonté de rassembler autour d'une belle idée, de réunir les gens autour d'un projet.

Ceci est encore plus vrai pour le Parti québécois, dont le nom lui-même évoque la nation qu'il souhaite unir et amener à la souveraineté nationale. Le Parti québécois : quel beau nom! Le Parti québécois a dans son ADN l'objectif d'être le parti de tous les Québécois.

Avec son projet de Charte des valeurs, le Parti de René Lévesque se renie lui-même, fait de la politique de clivage, tourne le dos aux minorités et revient à une conception canadienne-française de l'identité québécoise.

En continuant dans la voie qu'il semble avoir choisie, le Parti québécois ne pourra, à terme, que se nuire et endommager le projet duquel il se dit le porteur.

Quel gâchis...

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