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26/04/2015 08:54 EDT | Actualisé 26/06/2015 05:12 EDT

Conjoints immigrants: des délais qui s'allongent. Sauf que...

Depuis le 22 décembre 2014, et pendant les 12 mois qui suivront, certains immigrants ayant présenté une demande de parrainage depuis l'intérieur du Canada peuvent obtenir un permis de travail ouvert, et ce, en l'espace de quatre mois seulement.

Pas une semaine ne passe sans que des sujets liés à l'immigration ne fassent les manchettes. Les derniers jours n'ont pas fait exception à la règle.

À ce propos, j'ai cru déceler une inexactitude ou à tout le moins une omission dans un reportage récent de Radio-Canada sur le sujet.

Il s'agit d'un oubli présumé qui, en tant qu'ancien journaliste en presse écrite au Québec, m'a fait sourciller en ce qu'il m'est apparu inacceptable ; surtout de la part de notre société d'État.

Rappelons que la mission de Radio-Canada consiste, notamment, à fournir une information exacte à son auditoire.

En ce qui concerne son reportage récent intitulé Conjoints immigrants : des délais qui s'allongent, Radio-Canada a-t-elle rempli sa mission ? Rien n'est moins sûr. Aussi, je souhaite rectifier certaines données contenues dans ce reportage.

Un bond monstre

Le reportage en question met en lumière la problématique des délais de traitement des dossiers d'immigration par voie de parrainage, faits depuis l'intérieur du Canada, qui ont fait un bond monstre.

Au cours des dernières années, ces délais sont passés de 6 à 27 mois, et ce, au grand dam de plusieurs couples qui désespèrent de voir aboutir leur procédure.

Pour information, une procédure de parrainage permet généralement à un immigrant d'obtenir la résidence permanente après avoir épousé ou avoir habité maritalement pendant 12 mois consécutifs avec un Canadien ou un résident permanent.

Une attente interminable

Plus précisément, le reportage de Radio-Canada raconte le cas de Mme Anne Schumacher, une citoyenne belge, dont la demande de parrainage est prise dans les méandres de l'administration publique canadienne.

Bref, comme bien d'autres personnes, elle et son époux sont victimes des délais qui allongent et trouvent, avec raison, cette attente pour le moins interminable.

Dès le début du reportage, la dame en question se plaint à la caméra de ne "pas avoir le droit de travailler" au Canada et d'être dans un "no man's land" qui lui a enlevé sa dignité humaine.

Son époux, un résident canadien, en rajoute en affirmant que son épouse devra attendre près de trois ans avant de pouvoir travailler.

Le restant du reportage est consacré à des personnes qui manifestent dans les rues du Montréal contre la lenteur bureaucratique dans le traitement des demandes de parrainage internes.

Un reportage surprenant

Ce qui m'a beaucoup surpris en visionnant ce reportage, c'est qu'en aucun moment le journaliste ne fait mention des dernières mises à jour en matière d'immigration.

Nulle part, ni dans le reportage vidéo ni dans le reportage écrit qui accompagne le clip, il n'est fait mention du projet pilote mis sur pied par Ottawa en décembre dernier visant, entre autres, à rendre cette attente un peu plus tolérable.

En effet, depuis le 22 décembre 2014, et pendant les 12 mois qui suivront, certains immigrants ayant présenté une demande de parrainage depuis l'intérieur du Canada peuvent obtenir un permis de travail ouvert, et ce, en l'espace de quatre mois seulement. De manière générale, un permis de travail leur est en principe délivré avant même d'obtenir l'approbation à leur demande de parrainage.

Je le sais parce que je pratique désormais comme avocat en droit de l'immigration. D'ailleurs, certains de mes clients ont déjà reçu leur permis de travail tandis que leur demande de parrainage est encore en traitement.

En principe donc, les cas comme ceux d'Anne Schumacher, qui se trouve au pays sans pouvoir travailler depuis deux ans, devraient être de moins en moins nombreux. En pratique, on verra.

Un élément d'information crucial

Quoi qu'il en soit, l'existence du projet pilote d'Ottawa du 22 décembre me paraît être un élément d'information crucial. Sans cet élément, la nouvelle ainsi rapportée dans ce reportage m'apparaît sensationnaliste, inexacte et irresponsable, et contraire à la mission de la SRC.

Personnellement, l'impression que j'en ai gardée c'est que les demandes de parrainage ne sont que du trouble. Il est facile d'oublier qu'une demande de parrainage faite depuis l'intérieur du Canada est parfois l'ultime recours pour permettre aux amoureux de vivre ensemble au Québec.

De plus, la possibilité d'obtenir un permis de travail en quatre mois est désormais un moyen qui permet d'adoucir cette longue attente.

Certaines personnes doivent présenter une demande de parrainage depuis l'extérieur du Canada et doivent se résoudre à vivre séparées pendant le traitement de leur demande qui dure entre 8 et 36 mois.

Cela dit, je salue néanmoins la volonté de Radio-Canada de vouloir faire avancer les choses en mettant en lumière ces délais parfois insoutenables pour les familles.

À la décharge de notre société d'État, je suis tenté d'ajouter qu'il est vrai que notre corpus législatif en matière d'immigration est complexe. De plus, les compressions qui ont affecté Radio-Canada récemment n'ont rien fait pour maintenir la qualité de l'information à laquelle nous étions habitués.

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