LES BLOGUES
08/04/2015 10:26 EDT | Actualisé 08/06/2015 05:12 EDT

Préparer l'avenir du Québec... avec des coupures dans l'enseignement!

L'éducation n'est pourtant pas une dépense, mais un investissement pour la société.

C'est l'appel que nous lance le premier ministre Couillard. Les mesures d'austérité visent à réduire les dépenses de l'état, pour diminuer les impôts et ainsi favoriser les dépenses des consommateurs qui relanceront l'économie. L'objectif ultime, réduire la dette et se donner une marge de manœuvre pour l'avenir. On nous demande d'accepter les coupures tous azimuts dans l'intérêt supérieur de la nation. Les employés de l'état doivent faire leur part et accepter les offres du gouvernement, sinon on agirait que pour nos intérêts corporatistes, sans se soucier de l'intérêt public. Doit-on croire ce discours?

Si le gouvernement avait voulu un nouveau contrat social pour le bien de tous, il aurait proposé son plan de match lors de la campagne électorale pour en faire un débat de société et avoir un mandat clair. Ce qui n'a évidemment pas fait, au contraire. Par calculs politiques, on a fait une campagne de peurs sur le référendum et passé sous silence les mesures d'austérité. Après avoir promis des investissements en éducation de 4%, le dernier budget limite les dépenses à 0,2%, ce qui se traduira par des coupures supplémentaires de 350 millions, qui s'ajouteront aux 800 millions des dernières années. Pour la CSDM, ça signifie 65 millions pour les deux prochaines années. Il est clair que ce n'est plus seulement la bureaucratie qu'on réduit, mais que les services directs aux élèves sont touchés. On étouffe tranquillement l'école publique. Sans parler du sous-financement des universités. Il n'est pas surprenant que les jeunes se révoltent contre ce système. On devrait peut-être les écouter, au lieu d'encourage la répression et le mépris à leur égard. Quel sera le coût social de ces mesures dans les années à venir?

Comme solution, dans les dernières offres patronales, on nous propose d'augmenter les ratios dans les classes, de ne plus tenir compte de la pondération des élèves en difficulté, de faire disparaître la notion de moyenne par groupe, ce qui entraînera un dépassement des maxima et un alourdissement de la tâche. Tout ça, avec une augmentation de trois heures par semaine de notre temps de travail pour le même salaire pendant deux ans et un maigre 1% par année pour les trois prochaines. À chaque négociation, on nous demande de faire notre part. Qu'est-ce qu'on y a gagné? Une perte de notre pouvoir d'achat de 4,5% depuis dix ans et un écart qui ne cesse de se creuser en faveur du secteur privé. Nous avons déjà fait largement notre part! La coupe est pleine. Qui en profite? L'école privée financée à plus de 75% par le gouvernement, selon le rapport d'un comité d'experts. Dans ces conditions, le réseau scolaire devient ingérable et ne peut plus remplir sa mission. Signe de «cette crise permanente», les quatre derniers ministres de l'Éducation ont tous pris leur retraite politique en cours de mandat (Beauchamp et Bolduc) ou à la fin de celui-ci (Courchesne et Malavoy).

Nous ne croyons pas ce gouvernement qui ment délibérément (comme dans le cas des fonds de pension des employés municipaux) et qui a caché son véritable agenda lors des élections. Sous le couvert de l'équilibre budgétaire, on veut redéfinir le rôle de l'état et changer le pacte social. Avec ce gouvernement, l'état ne joue plus son rôle de répartition de la richesse et de réduction des inégalités. On veut réduire l'état à sa plus simple expression et que le privé puisse prendre le relais et agir à sa guise. À l'automne, alors qu'il était ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, le ministre Blais déclarait «Est-ce que l'on peut leur donner un peu plus de pouvoir? Elles peuvent apporter une influence positive.», en parlant de l'entreprise privée à l'égard de l'éducation. L'école sera de moins en moins un milieu de culture générale pour mieux servir les besoins de l'entreprise privée. En avant la marchandisation de l'éducation!

Si crise budgétaire il y a, elle est directement la conséquence des politiques du gouvernement qui se prive de revenus volontairement. Le gouvernement nous leurre avec son discours idéologique sur l'austérité. Selon une étude de l'Institut de recherche en économie contemporaine, l'IRÉC, l'état aurait 8,4 milliards de revenus supplémentaires par année, si les taux d'imposition avaient été les mêmes qu'en 1997. On fait un choix de société en diminuant les impôts des entreprises et en restant inactif face aux paradis fiscaux qui évitent aux plus riches de payer leurs impôts, nous privant de milliards de revenus. Après, on nous demande de se serrer la ceinture et de réduire la taille de l'état!

La négociation des enseignants et enseignantes s'inscrit dans ce contexte de lutte contre l'austérité et de défense de l'école publique qui garantit une chance pour tous. Nous croyons que l'éducation n'est pas une dépense, mais un investissement pour la société. Ces offres sont inacceptables. Ce n'est pas vrai que ce gouvernement prépare l'avenir du Québec pour tous!

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Galerie photo Le budget provincial 2015 pour les nuls Voyez les images

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter