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02/02/2016 03:44 EST | Actualisé 01/02/2017 05:12 EST

L'éducation pour le progrès social

Déjà, on a connu une baisse importante des inscriptions en science de l'éducation: de 19% à l'UQAM et de 12% à l'Université Laval.

«Dans une société de plus en plus industrialisée et technique, l'éducation est un élément essentiel du bien-être; c'est dans la mesure où chacun pourra se développer pleinement, aussi bien sur le plan intellectuel et moral que sur le plan physique, qu'il sera ensuite capable de donner sa mesure dans la société, d'y mener une vie fructueuse pour lui-même et pour les autres. De nos jours, aucun enfant ne doit se voir refuser la possibilité de s'instruire et de développer pleinement ses dons et ses aptitudes; cela s'applique aussi bien aux filles qu'aux garçons, autant aux pauvres qu'aux riches, aussi bien aux enfants handicapés qu'aux enfants sans problèmes particuliers. Il y va non seulement de l'intérêt de l'enfant lui-même et de son avenir, mais aussi de l'intérêt de la société» (Rapport Parent.t. 3, vol. 2, p. 220).

Une Commission royale d'enquête sur l'enseignement avait été mise sur pied en 1961, la commission Parent, qui visait à repenser l'éducation au Québec, alors que la moitié des jeunes de 15 à 19 ans ne fréquentaient plus l'école. À l'époque, la démocratisation de l'éducation a été la pierre angulaire de la réussite de la Révolution tranquille et de la construction d'un Québec moderne. Un consensus social exigeait de moderniser notre système d'éducation.

Alain Dubuc, dans La Presse du 27 janvier, s'interrogeait à savoir pourquoi présentement il y avait convergence sociale sur la priorité à donner à l'éducation et donnait comme explication que «L'éducation est l'outil le plus puissant pour sortir les gens du cycle de la pauvreté. En même temps, c'est aussi le principal outil pour assurer la prospérité et augmenter le niveau de vie. Miser sur l'éducation, c'est à la fois lucide et solidaire».

S'il y a convergence présentement ce n'est pas simplement que le principe est juste, mais le fait que la société dans son ensemble rejette la vision marchande de l'éducation du PLQ et que notre système scolaire a besoin d'un investissement massif.

Les étudiants en 2012 sont venus ébranler les colonnes du temple en recentrant le rôle de l'éducation et rappelant les recommandations de la commission Parent. Depuis l'élection du gouvernement Couillard et l'application de ses politiques d'austérité, les enseignants n'ont cessé de dénoncer l'abandon de l'école publique par ce gouvernement, recevant un appui jamais vu de la population.

Les parents ont créé le mouvement «Je protège mon école publique» et formé des chaines humaines autour des écoles. Les CPE, à la suite des coupes de plus de 400 millions, dénoncent actuellement le démantèlement du réseau qui était reconnu comme ayant fait diminuer la pauvreté et permis à 70 000 femmes de retourner au travail. Les cégeps et les universités ne cessent de dénoncer leur sous-financement et le Québec accuse un retard important au niveau de la formation dans plusieurs secteurs. Le PLQ a dépassé une limite sociale inacceptable pour la population en remettant en question un acquis et un symbole de la Révolution tranquille: une éducation publique de qualité comme gage de progrès social.

Le Centre sur la productivité et prospérité au Québec illustre bien dans son dernier bilan de 2015 le sous-financement de notre système d'enseignement: «les dépenses budgétaires en éducation par habitant n'ont augmenté que de 4 % entre 2002-2003 et 2012-2013, pour une croissance annuelle moyenne de 0,43 %. Pendant cette décennie, elles ont augmenté de 18 % en Ontario». Résultat, l'école publique étouffe: des écoles ferment pour cause de moisissures; on retrouve des milliers d'élèves dans des classes préfabriquées; à Montréal seulement, les écoles seront en moyenne à 120 % de leur capacité d'accueil à la rentrée 2016; le déficit d'entretien des bâtiments à la CSDM est évalué à un milliard; selon des données du ministère, 95% des écoles sont dans un état insatisfaisant; les élèves en difficulté sont intégrés sans les services d'appui; à la CSDM le déficit cumulé est de 84 millions; le taux de diplomation après cinq ans d'étude secondaire est de 50% (64% après 7 ans) et le taux de décrochage de 25%. En 2012, le Québec connaissait le plus haut taux de décrochage au pays. Du même coup, le gouvernement subventionne grassement l'école privée et encourage une compétition déloyale.

Les enseignants refusent cette situation et c'est pourquoi nous avons rejeté les dernières offres du gouvernement à la Fédération autonome de l'enseignement. Nous demandons un réinvestissement massif en éducation et une amélioration de nos conditions de travail qui sont les conditions d'apprentissage des élèves. Nos revendications ont une portée sociale et ce n'est pas par opportunisme que nous défendons l'école publique.

Nous croyons en sa capacité de progrès social qui peut garantir notre avenir à tous, comme le soulignait la Commission Parent à l'époque. Comme professionnels qui sont sur la première ligne, nous sonnons l'alarme que nous courrons à la catastrophe comme société si l'on ne corrige pas la situation. Nous devons valoriser la profession enseignante et corriger le tir rapidement.

Déjà, on a connu une baisse importante des inscriptions en science de l'éducation: de 19% à l'UQAM et de 12% à l'Université Laval. Est-ce que le nouveau ministre de l'Éducation Pierre Moreau sera à l'écoute de nos demandes et des solutions que l'on propose? Est-ce qu'il sera prêt à entreprendre un grand chantier en éducation pour nous faire entrer dans le XXIe siècle et préparer l'avenir, en investissant en éducation? On sait maintenant que ce n'est pas une question d'argent, mais une question de choix politique!

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