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13/04/2015 11:58 EDT | Actualisé 13/06/2015 05:12 EDT

Policiers: doorman des rues ou poker mal joué?

Voyez-vous, dans mes recherches 100% non-scientifiques, j'affirmerais sans crainte que 95% des policiers ne s'attendaient pas à ça en sortant de Nicolette. Ils voulaient chasser du bandit, mais se ramassent à jouer au vidangeur pour leurs « patrons », les « vrais » bandits cravatés. Ils ont les mains liées par mille et un codes et doivent faire respecter des règlements qu'eux même jugent absurdes.

Mettons carte sur table immédiatement, j'ai une relation amour-haine envers les policiers.

Je sors la « Quinte royale » tout de go, je n'ai jamais servi la messe. Dans mes jeunes jours de non-enfant de Coeur, j'ai craint la police comme on craint une maladie transmise sexuellement. Sans savoir d'où elle sortirait et s'il serait possible de m'en débarrasser... Je n'ai jamais eu à la traiter - à mon grand bonheur - et j'ai changé d'hygiène de vie, me soustrayant ainsi au risque d'infection policière. Quand on fait des affaires croches, c'est normal de les craindre.

Pourtant, en 2012, malgré mon « Full » pacifisme, mes shorts courtes, mes sandales aux pieds, mon manque de masque ne cachant pas mon visage pas très intimidant de bon citoyen, j'ai été matraqué, poivré et gazé plus d'une fois. Je n'ai même jamais crié contre la police. Je montrais mes mains quand ils s'approchaient. Mauvais endroit au mauvais moment? Je dirais qu'il n'y avait pas de bons endroits. Personnellement, je n'ai jamais vu de violence (sauf verbale) faite envers les unités antiémeutes et les autres. Je n'ai vu que le contraire. Je me suis mis à douter de la police, le respect que j'avais pour eux s'est transformé en peur.

***

Quelques années avant, j'ai eu une période « Brelan » où tout branlait autour de moi. Bien malgré moi, j'ai eu affaire à des cohortes de « badges et de guns ». J'en ai vu de toutes sortes, toutes bien différentes mêmes si elles portaient le même uniforme. Du jeune baraqué Australopithèque qui cherche le sang au Sage Sergent grisonnant sa cinquantaine qui a généreusement partagé son Tim Hortons avec moi, sans que je lui demande, assis sur le même banc de plastique dur dans l'espace exigu qu'est la banquette arrière d'une auto-patrouille. D'une gentillesse inouïe.

Ça m'a même donné le gout de joindre les rangs. J'aurais sûrement fait un bon policier.

Parce que je suis curieux - et parce que tant qu'à être pris avec eux, aussi bien jouer à l'enquêteur -, je leur posais des questions. Pourquoi avoir choisi ce métier? Qu'est-ce qui t'énerve le plus? Ta perception de la masse, du troupeau?

Parce que, oui, les policiers se voient comme des bergers. D'une certaine façon, je les comprends. Ce sont eux qu'on appelle dès qu'une brebis humaine disparait du lopin ou s'évade de l'enclos. Ce sont eux à qui on confie de chasser le loup. On s'attend d'eux qu'ils mènent le lot quand le sentier s'efface ou quand la panique s'installe.

En échange d'un char qui roule vite, du droit de porter un fusil à la ceinture et d'une autorité au-dessus de nous tous, on leur confit de plus en plus de tâches. Surtout celles que personne ne veut faire ou celles qui coûteraient trop cher en argent et en temps pour engager quelqu'un qui le ferait correctement. Les itinérants, les toxicomanes, les psychiatrisés désinstitutionnalisés et les étudiants en colère - et hop! - le problème aux flics! On se fie sur eux pour être nos éboueurs sociaux. Ce qu'on ne veut pas voir, la police doit s'en occuper tous les jours. Mais pas trop, ça ferait mal paraitre les patrons!

Voyez-vous, dans mes recherches 100% non-scientifiques, j'affirmerais sans crainte que 95% des policiers ne s'attendaient pas à ça en sortant de Nicolette. Ils voulaient chasser du bandit, mais se ramassent à jouer au vidangeur pour leurs « patrons », les « vrais » bandits cravatés. Ils ont les mains liées par mille et un codes et doivent faire respecter des règlements qu'eux même jugent absurdes.

Quand les patrons se font brasser la cage un peu trop, ils donnent aux policiers hyperhiérarchisés et super-frustrés des casques, des bâtons, des boucliers, des lance-grenades, des pulvérisateurs de poivre de Cayenne et leur disent : « Voilà votre chance de chasser des pas fins de crottés! » Avec un peu de recul, il est facile de comprendre pourquoi ils obéissent et en viennent même à croire leurs maitres...

Donner autant de pouvoirs, mais, surtout, de tâches à nos policiers, reviens à miser « all-in » sur une paire de « deux de pique ». Les chances qu'on y gagne, collectivement, sont extrêmement minces. Pour leurs patrons, les croupiers, l'histoire est toute autre! Il est toujours bon de se rappeler que les jeux sont toujours à la faveur du croupier...

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