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17/04/2018 09:00 EDT | Actualisé 17/04/2018 10:47 EDT

Dans le recueillement et dans la joie, Israël s’apprête à célébrer ses 70 ans d’existence

La situation géopolitique d’Israël fait qu’il est probable que les 70 ans d’existence de l’État hébreu ne donnent pas lieu à une explosion de joie généralisée en dehors des frontières du pays.

Cette semaine, Israël s’apprête à célébrer sa fête nationale.
AFP/Getty Images
Cette semaine, Israël s’apprête à célébrer sa fête nationale.

Chaque pays a sa manière propre de célébrer son existence et son identité. En France, le 14 juillet est associé au défilé militaire sur les Champs Élysées, au bal des pompiers et aux feux d'artifice. Les Hollandais portent de l'orange pour la fête du Roi, et pour célébrer le début de la République turque, ce pays se pare d'énormes drapeaux et de portraits de son fondateur Atatürk.

Cette semaine, Israël s'apprête à célébrer sa fête nationale. Pour cette occasion, je vous propose de revenir sur le cérémonial particulier qu'a mis en place le pays, au fil de son histoire, pour célébrer son indépendance.

C'est en effet autour de la déclaration de l'indépendance par David Ben Gourion que tournent les célébrations nationales israéliennes. Cet événement a eu lieu le 14 mai 1948, mais comme les Israéliens se fondent sur le calendrier hébraïque, la date de la fête nationale varie d'année en année, et tombe cette année le 19 avril.

Mais tout commencera en fait l'avant-veille, mardi 17 au soir. Le pays entrera alors dans « le jour du Souvenir » qui commémorera la mémoire des soldats tombés au combat ou durant leur service, ainsi que les victimes des attentats terroristes. Ce jour de commémoration a été volontairement fixé la veille de la fête de l'Indépendance, dont il est indissociable, afin de souligner le lien entre les sacrifices consentis par les Israéliens et la survie de leur pays.

Ce jour de commémoration a été volontairement fixé la veille de la fête de l'Indépendance, dont il est indissociable, afin de souligner le lien entre les sacrifices consentis par les Israéliens et la survie de leur pays.

Alors que les personnalités politiques israéliennes se retrouveront devant le Mur des Lamentations, des cérémonies en souvenir des disparus seront organisées partout dans le pays. À 20h00, une sirène retentira dans tout Israël pendant une minute, durant laquelle civils et militaires se mettront au garde à vous en signe de respect pour les morts pour le pays.

Le lendemain matin, de nouvelles cérémonies, plus personnelles, auront lieu, notamment dans les cimetières et les écoles, alors qu'une sirène retentira à nouveau à 11h, elle aussi accompagnée par deux minutes d'arrêt dans la vie du pays.

Tous les lieux de divertissements, bars, restaurants et cinémas, resteront fermés. Les stations de radio et les chaînes de télévision diffuseront des programmes spéciaux avec des reportages sur la vie et la mort de soldats tombés au combat et des chansons mélancoliques. Israël restera dans cette ambiance de recueillement et de deuil toute la journée de mercredi.

À la tombée de la nuit, mercredi soir, une transition rapide de la tristesse à la joie, de la commémoration à la célébration se fera sentir. Cette transition passera par une cérémonie sur le mont Hertzl, en face de la tombe du fondateur du sionisme, suivie à la télévision par un grand nombre d'Israéliens.

Comme chaque année, les deux moments phare de cette cérémonie seront l'allumage de douze torches par des représentants des différents pans de la société civile et le spectacle au cours duquel des soldats de Tsahal tacheront de reproduire des figures artistiques drapeaux à la main.

À la fin de cette cérémonie commenceront les festivités populaires. Petit à petit, les rues seront envahies par des enfants, souvent maquillés de bleu et blanc, armés de bombes à mousse et de gros marteaux de plastique aux couleurs du drapeau israélien et qui n'hésiteront pas à asperger les passants.

Puis viendra le temps des concerts, organisés par les municipalités et mettant en scène les plus grandes stars du pays et les personnalités montantes. Jusqu'à l'aube, le pays vivra dans le bruit de ces fêtes qui se déploieront dans les champs, sur les places et sur les plages israéliens jusqu'à l'aube.

Commençant avec un spectacle des appareils de l'aviation militaire qui survoleront le pays, le lendemain verra Israël s'envelopper dans une fumée grasse et salée. C'est en effet autour d'un barbecue que les Israéliens, selon la tradition, célébreront jeudi l'anniversaire de leur État. Les parcs nationaux, les jardins publics, les terrasses seront ainsi pris d'assaut par des familles et des groupes, de toute origine et de toute opinion, réunis autour d'un feu et d'une quantité excessive de viande.

De manière plus sérieuse, ce jour sera aussi l'occasion de faire un bilan de l'état de la nation et de rendre hommage aux citoyens les plus méritants. Alors que différents instituts de recherches publieront leurs analyses de la situation du pays, les plus brillants des soldats seront reçus par le président de l'État le matin, alors que le Prix d'Israël, plus grand honneur du pays, sera remis, dans la soirée, à d'illustres personnalités civiles.

À la tombée de la nuit de jeudi, l'État hébreu reprendra petit à petit son calme et sa vie normale.

Ces différentes phases de la fête de l'Indépendance ont lieu chaque année, mais les célébrations de 2018 auront une intensité particulière. L'État d'Israël fête en effet ses soixante-dix ans et ce nombre rond est l'occasion d'une série de gestes et d'efforts redoublés. Sans surprise, de nombreux événements reprennent le nombre symbolique 70. On annonce ainsi 70 heures de célébrations sans interruption, des fêtes qui s'étaleront sur 70 kilomètres de plage, etc.

On peut aussi mentionner le défilé son et lumière qui aura lieu à Tel-Aviv le jeudi soir ou encore la chanson spéciale à la gloire d'Israël que la ministre de la Culture a commandée avec l'objectif avoué qu'elle soit non seulement chantée, mais aussi dansée par la population lors des festivités (les plus courageux peuvent essayer la chorégraphie, qui reprend les pas des danses traditionnelles, ici).

La situation géopolitique d'Israël fait qu'il est probable que les 70 ans d'existence de l'État hébreu ne donnent pas lieu à une explosion de joie généralisée en dehors des frontières du pays. Mais, pendant deux jours, tout un peuple va interrompre son quotidien et prendre le temps de se souvenir de son histoire, de pleurer ses morts, de commémorer ses héros, de célébrer ses réussites, et de fêter le simple fait qu'il ait un pays.

Avec l'espoir que les célébrations du 71e anniversaire de l'État d'Israël se feront dans un contexte plus pacifié...

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