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23/01/2019 10:31 EST | Actualisé 23/01/2019 10:32 EST

Israël: le début d’une folle campagne électorale

En lançant la campagne électorale dès à présent, Netanyahou essaie de prendre de court le système judiciaire du pays, lui qui fait face à une possible inculpation pour corruption.

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou (à droite) s'entretient avec le chef d'état-major des forces de défense israéliennes de l'époque, Benny Gantz (à gauche), en 2014.
Anadolu Agency via Getty Images
Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou (à droite) s'entretient avec le chef d'état-major des forces de défense israéliennes de l'époque, Benny Gantz (à gauche), en 2014.

Le 9 avril, les Israéliens se rendront aux urnes pour élire les 120 membres de la Knesset, leur parlement. C'est ce qu'ont décidé, en décembre, Benjamin Netanyahou et sa coalition. Ce faisant, le premier ministre et ses alliés ont renoncé à quelques mois au pouvoir, puisque la loi israélienne n'exigeait pas d'élections avant novembre.

Pour beaucoup, ce choix impatient est directement lié aux affaires dans lesquelles Netanyahou est embourbé depuis maintenant de nombreux mois. En effet, tout le monde s'attend à ce que le procureur général prenne une décision très prochainement dans un certain nombre de dossiers. Et, aux dires de ceux qui connaissent ces dossiers, cette décision risque fort bien d'être la mise en accusation du premier ministre.

En lançant la campagne électorale dès à présent, Netanyahou essaie de prendre de court le système judiciaire du pays.

Dans le meilleur des cas, il espère être réélu avant même qu'une décision soit prise à son sujet, et donc faire face à ses accusateurs avec une légitimité populaire renouvelée. Mais même si cela n'arrivait pas, le premier ministre veut utiliser la campagne pour exiger que toutes les procédures contre lui soient gelées, au nom de la séparation des pouvoirs.

Puisque le pays est lancé dans une campagne électorale, prétend Netanyahou, il serait malvenu que le système judiciaire prenne des décisions qui risquent d'influencer le choix des électeurs. Les lecteurs québécois se souviendront que la question s'est posée exactement en ces termes en ce qui concerne l'UPAC et les élections du 1er octobre.

En Israël, personne n'est dupe de la stratégie du premier ministre

Et il est d'ailleurs loin d'être certain qu'elle fonctionne. Le procureur général a déjà annoncé qu'il continuerait ses travaux sans faire aucun aménagement pour la campagne électorale et il dispose pour cela, selon les sondages, du soutien de la population.

Il est encore un peu tôt pour savoir quels seront les grands sujets qui marqueront la campagne électorale. Les questions sécuritaires jouent toujours un rôle non négligeable dans le débat politique israélien. En 2019, dans un contexte où la paix semble impossible à court terme, les discussions se concentreront principalement sur les menaces que représentent l'Iran dans le nord du pays et le Hamas au sud.

Mais Israël est finalement aussi un pays comme les autres, avec des citoyens dont les préoccupations sont les mêmes que partout dans le monde. Pour beaucoup, même si l'économie du pays se porte bien, le maintien des inégalités et le coût élevé de la vie sont des questions qui inquiètent et elles risquent de faire leur apparition durant les débats.

Mais, pour l'instant, aucun de ces sujets n'a su s'imposer face à la place qu'ont prise les affaires du premier ministre. Car si ce dernier n'arrive pas à contrôler le calendrier judiciaire, il a réussi à rester le centre du débat public. Pour l'instant, la question principale qui divise les électeurs israéliens semble donc être «Bibi, stop ou encore?».

Et, dans ce contexte, la grande chance de Netanyahou est qu'il n'a pas encore de rival sérieux. Ainsi, les sondages montrent qu'une majorité des Israéliens souhaite le départ de leur premier ministre, qui, après 13 ans au pouvoir, dont dix sans interruption, est une figure de plus en plus polarisante. Mais malgré tout, son parti, le Likoud, est encore en tête des intentions de vote et recevrait 31 sièges sur 120, loin devant ses concurrents.

Face à Netanyahou, le parti travailliste, de centre gauche, est à terre

Ce parti, qui a littéralement fondé l'État d'Israël, dont ont été issues de nombreuses figures centrales dans l'histoire du pays, et qui avait failli emporter les élections il y a quatre ans, est totalement à la traine avec environ dix sièges prévus pour l'instant. De même, la menace que représentaient, pendant un temps, le parti centriste Yesh Atid et son dirigeant Yair Lapid, ancien journaliste, a beaucoup diminué. À force d'attendre qu'il propose un programme concret, l'électorat s'est détourné de ce mouvement.

Un nom s'impose progressivement: celui de Benny Gantz, ancien chef d'état-major de l'armée israélienne entre 2011 et 2015.

Dans ce contexte, un nom s'impose progressivement: celui de Benny Gantz, ancien chef d'état-major de l'armée israélienne entre 2011 et 2015. À ce poste, il a acquis une popularité certaine, de même qu'une réputation de bon serviteur de l'État, ce qui s'oppose parfaitement à Netanyahou et ses soupçons de corruption.

De plus, de manière peut-être surprenante pour qui n'est pas israélien, il est perçu, comme quasiment tous les anciens généraux en Israël, comme un modéré sur les questions militaires et sécuritaires. L'ancien chef d'état-major a donc un profil parfait pour représenter une alternative à Netanyahou. Et de fait, sans avoir rien annoncé, il a déjà pris la deuxième place dans les sondages.

La droite israélienne a d'ailleurs bien compris le danger et Gantz est la cible d'attaques de plus en plus nombreuses de la part des lieutenants du Likoud qui le traitent de gauchiste et critiquent son absence de ligne politique. S'il est vrai qu'il n'a pas encore annoncé de programme précis, l'ancien général a déjà créé un parti et multiplie les contacts avec des personnalités diverses pour mettre en place une liste de candidats.

En attendant l'affrontement entre Gantz et Netanyahou, la campagne électorale bat déjà son plein.

Le système électoral israélien est l'inverse du système québécois. Il n'y a pas de circonscriptions, mais un scrutin unique pour tout le pays avec une proportionnelle absolue. Les électeurs votent pour une liste nationale parmi celles présentées par les partis politiques. Toute liste qui obtient plus de 3,25% des voix peut faire entrer des députés au parlement.

On le comprend aisément, ce système favorise la dispersion des voix et le maintien des petites organisations. Et les politiciens israéliens semblent profiter à fond de cette occasion. À gauche, à droite, au centre, chez les laïques, chez les religieux, chez les partis arabes (qui, unis, représentaient 13 députés et le troisième groupe parlementaire de la Knesset), presque chaque jour voit la création d'un nouveau groupe, l'éclatement d'une coalition, l'émergence d'un nouveau mouvement. En bref, le monde politique israélien est en pleine ébullition.

Comme toute campagne électorale, c'est une occasion pour que de nouveaux acteurs apparaissent, et pour d'autres, de disparaître. Elle est aussi, cette année, un moment où la société israélienne choisira de prendre ou non un nouveau cap. Selon l'opposition, le temps est venu de mettre fin au règne de Netanyahou qui est de plus en plus dangereux pour les institutions israéliennes. Cependant, il n'est pas sûr qu'arrive à émerger une majorité contre le premier ministre, qui jouit encore d'un soutien non négligeable dans la société.

Quoi qu'il en soit, le monde politique israélien sortira, d'une manière ou d'une autre, profondément changé au soir du 9 avril. Et en attendant, la campagne s'annonce passionnante.

À suivre donc!

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