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10/12/2016 08:24 EST | Actualisé 10/12/2016 08:24 EST

Éloge de la flexibilité extrême en éducation

Comment former des étudiants à combler des emplois qui n'existent pas encore et au sujet desquels nous n'avons aucune espèce d'idée? La réponse est très simple. Pour que l'apprenant puisse s'adapter et répondre à toutes les situations qui se présenteront à lui dans le futur, il s'agira d'en faire un être malléable et sans esprit critique.

« Personne n'est en mesure de véritablement connaître quels seront les emplois prioritaires dans les années 2030, 2035. La conclusion, c'est qu'il faut maintenir un système le plus flexible possible. » Voilà ce qu'affirmait Philippe Couillard, le premier ministre du Québec, lors de la grande consultation nationale sur l'éducation qui se tenait à Québec voilà quelques jours. Cela est d''autant plus vrai que 70 % des métiers qu'exerceront les jeunes qui font aujourd'hui leur entrée à l'école n'existent pas encore aux dires de certains Tirésias des temps modernes...

C'est donc dire qu'il faut être proactif, remettre en question nos façons de faire, innover et rendre notre système d'éducation, tout comme les étudiants qui y sont formés, des plus flexibles si l'on ne veut pas traîner de la patte comme société, se retrouver en queue de peloton dans cette course folle vers le progrès.

Mais comment former et préparer des étudiants à combler des emplois qui n'existent pas encore et au sujet desquels nous n'avons aucune espèce d'idée?

La réponse est très simple. Pour que l'apprenant puisse s'adapter et répondre à toutes les situations qui se présenteront à lui dans le futur, il s'agira d'en faire un être malléable, sans esprit critique qui viendra se mouler docilement sur les nouveaux besoins afin de les combler. Ainsi, on ne lui demandera plus - ou si peu - d'acquérir des connaissances rigoureuses qui, de toute façon, sont condamnées à être dépassées selon certains, mais bien de développer des méthodes de travail, des compétences, des savoirs faire et des savoirs être, des façons de se comporter et d'interagir avec les autres tout comme avec l'univers numérique auquel il restera branché jour et nuit.

À la limite, on lui apprendra à papillonner, à survoler l'univers du web à l'aide d'une approche par projet qui lui demandera d'établir des liens superficiels entre différentes sphères du savoir. On le laissera ainsi faire de la pseudo-recherche qui, la plupart du temps, se résumera à effectuer une cueillette d'information sur Wikipédia grâce à la fonction copier-coller.

Mais tout ceci sera anecdotique et représentera un savoir de façade. En fait, fidèle à l'approche béhavioriste, le système d'éducation de demain ne s'intéressera plus à ce qui se retrouve à l'intérieur de l'exécutant en formation, à ce qui se passe dans sa « boîte noire » ou, si vous voulez, dans sa conscience. Non, tout ce qui sera pris en compte concernera l'ensemble des réactions qu'une série de stimuli déterminés sera en mesure de déclencher chez lui. Dans le monde de demain, la vie intérieure du sujet, sa pensée devra se soumettre à la loi de l'efficacité et du rendement : un point c'est tout!

Face à cette approche et à cette recherche constante de flexibilité, les démarches pédagogiques utilisées dans les institutions d'enseignement seront sans cesse condamnées à être renouvelées puisque toujours dépassées. Tel sera le prix à payer pour répondre aux besoins d'un futur plus que virtuel qui semblera reculer à mesure qu'on se rapprochera de lui.

Dans ce contexte, un enseignant qui n'acceptera pas de remettre constamment en question ses façons de faire, sa démarche pédagogique, ses valeurs et convictions profondes seront vite décriées comme un frein au progrès ou un dinosaure bon pour le musée des antiquités.

Mais certains me diront que je viens de faire le portrait de ce qui se joue et se fait déjà, à bien des égards, dans nos institutions d'enseignement. Bien sûr. Mais soyez certain qu'on peut compter sur les fonctionnaires de notre ministère de l'Éducation ainsi que sur une ribambelle de pédagogues en place pour poursuivre cette fuite en avant et pousser cette supercherie encore plus loin, toujours plus loin.

La flexibilité de l'être humain n'a vraiment aucune de limite!

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