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01/11/2018 11:24 EDT | Actualisé 01/11/2018 11:25 EDT

Monsieur Legault, brisez le plafond de verre des immigrants

Mettre en place un système d'égalité des chances à tous les niveaux hiérarchiques permettrait de couper l'herbe sous les pieds du réseautage qui est une vraie plaie pour la méritocratie.

FatCamera via Getty Images
Si beaucoup d'entreprises mettent en place des mesures d'accès à l'emploi pour les minorités, il n'existe pas de politiques spécifiques pour chaque catégorie d'emploi. De ce fait, rares sont les minorités qui se retrouvent dans une position de cadres dirigeants.

Monsieur Legault,

En date du 19 septembre 2018, j'ai publié une lettre interpellant les chefs des partis politiques québécois sur la question de l'emploi et de l'immigration. Si je n'ai pas eu de réponse, j'ai écouté celle que vous avez adressée à Mme Le Pen:«Les Québécois sont accueillants et généreux. Nous allons accueillir des milliers d'immigrants chaque année, mais nous allons le faire d'une façon qui favorise l'intégration. On va en prendre moins, mais on va en prendre soin».

Donc, il y aura moins d'immigrants, mais ils seront mieux intégrés. Dans ce contexte, permettez-moi de vous faire deux propositions.

Tout d'abord, si effectivement on constate une amélioration dans l'accès à l'emploi chez les immigrants, ce n'est pas seulement dû aux programmes mis en place par les gouvernements. Cela est aussi dû à des faits conjecturaux sans lesquels cette amélioration serait moindre. Ces faits sont le vieillissement de la population, les départs en retraite et le manque de main-d'œuvre. Pour faire en sorte que cela ne soit pas que conjoncturel, je suggère la mise en place d'un programme d'égalité d'accès à l'emploi à tous les niveaux hiérarchiques.

En effet, on parle souvent de quantité, mais jamais de qualité. On parle souvent des emplois non comblés dont personne ne veut et qu'on souhaite voir occupés par les immigrants, mais on ne parle jamais des emplois que les migrants souhaiteraient occuper une fois l'expérience québécoise acquise.

Tels ces étages, dont l'accès en ascenseur est sécurisé par un code, l'accès à certains niveaux hiérarchiques pour les personnes issues de l'immigration ne peut être débloqué que par un code. Ce dernier, au Québec, on sait que c'est le réseautage. Comme mentionné dans ma première lettre, le réseautage dans le milieu professionnel est un facteur important menant aux postes à hautes responsabilités.

Mettre en place un système d'égalité des chances à tous les niveaux hiérarchiques permettrait de couper l'herbe sous les pieds du réseautage, une vraie plaie pour la méritocratie.

Si beaucoup d'entreprises mettent en place des mesures d'accès à l'emploi pour les minorités, il n'existe pas de politiques spécifiques pour chaque catégorie d'emploi. De ce fait, rares sont les minorités qui se retrouvent dans une position de cadres dirigeants, surtout si l'on est d'Afrique du Nord comme moi. Cette situation est la même pour les autres minorités, mais aussi pour les femmes. En d'autres mots, c'est le plafond de verre!

Mettre en place un système d'égalité des chances à tous les niveaux hiérarchiques permettrait de couper l'herbe sous les pieds du réseautage, qui est une vraie plaie pour la méritocratie, mais aussi aux autres formes de discriminations. Il permettrait de mieux favoriser l'intégration, comme vous le souhaitez.

Pour accompagner cette mesure, une journée nationale pour célébrer le vivre ensemble, la lutte et contre les préjugés et la discrimination pourrait être opportune. En effet, si l'on se fie à Statistique Canada, l'immigration sera le principal moteur de la croissance démographique vers 2036. Dans un tel cas, les problématiques relatives au vivre ensemble seront sûrement encore plus nombreuses. Une telle journée pourrait être un bon outil pour faciliter le dialogue et la tolérance. L'artiste français Coluche, ne disait-il pas: «Pour critiquer les gens, il faut les connaître, et pour les connaître, il faut les aimer»?

Contrairement à Jean-Baptiste Nicolas Roch de Ramezay, je n'abandonnerai pas jusqu'à ce que le plafond de verre soit brisé, comme vous l'aviez promis: «On va en prendre moins, mais on va en prendre soin».

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