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17/06/2018 08:00 EDT | Actualisé 17/06/2018 08:00 EDT

Reconnaitre les pères comme des parents à part entière

Nous croyons, aujourd’hui que nous sommes tout près de ce point de bascule en ce qui concerne la valorisation des pères dans la société québécoise.

freemixer via Getty Images

Dans un véritable Québec Famille il y a des enfants, des mères et ... des pères : parents à part entière.

La norme sociale a beaucoup évolué à ce sujet au cours des dernières décennies, au Québec. La coparentalité et la parentalité égalitaire sont de plus en plus valorisées. Les acteurs qui soutiennent les familles sont de plus en plus conscients de l'importance des pères dans le développement de leurs enfants. Et nos politiques publiques commencent à s'adapter à cette nouvelle réalité.

Selon la théorie du point de bascule, il arrive un moment où les changements sociaux s'accélèrent et se produisent à une vitesse plus grande. Nous croyons, aujourd'hui que nous sommes tout près de ce point de bascule en ce qui concerne la valorisation des pères dans la société québécoise.

C'est dans ce contexte que le Regroupement pour la Valorisation de la Paternité a lancé, dans le cadre de la Semaine Québécoise de la Paternité 2018, un cahier de propositions pour faire face à cinq (5) des principaux enjeux qui limitent la capacité des pères à vivre une expérience parentale pleinement satisfaisante. Ces propositions, si elles étaient adoptées, permettraient de faire du Québec un des endroits au monde où les pères seraient le mieux reconnus.

1 - La préparation à la paternité

Les pères ne portent pas les enfants, n'accouchent pas et n'allaitent pas. Leur vécu en période de grossesse est donc différent de celui des mères biologiques. Le RVP demande de revoir le contenu des rencontres prénatales afin d'y intégrer des éléments qui soutiennent la préparation à la parentalité des mères et des pères, et d'intégrer pleinement les pères dans les services de périnatalité (pré et postnatal) communautaires et du Réseau de la santé et des services sociaux de manière à préparer pleinement les pères à devenir parents.

2- Le Régime québécois d'assurance parentale

Le RVP demande au Gouvernement du Québec d'actualiser le Régime québécois d'assurance parentale afin de permettre aux pères d'être plus présents auprès de leurs jeunes enfants. Pour ce faire nous proposons, entre autres, d'allonger à 8 semaines le congé parental réservé aux pères, de permettre la prise du congé parental par les mères et les pères sur une période de deux ans et, mesure totalement innovatrice, de de tenir compte du revenu familial dans le calcul des prestations de manière à encourager la prise du congé parental par les deux conjoints, et ce, même lorsqu'un écart de revenus important existe entre eux.

3- La conciliation famille-travail

Malgré l'évolution rapide des milieux de travail ces dernières années, il demeure difficile pour de nombreux pères d'utiliser les mesures qui sont mises à leur disposition sans subir de jugement, et cela, particulièrement dans les milieux majoritairement masculins. Le RVP recommande de mettre en place une campagne sociétale de promotion de la parentalité égalitaire visant les employeurs et les travailleurs, d'accompagner les entreprises dans l'adoption des meilleures pratiques en matière de conciliation famille-travail et d'augmenter à 5 le nombre de congés payés pour obligations familiales prévu dans la Loi sur les normes du travail. Enfin, nous demandons de modifier la Charte des droits et libertés de la personne pour que le Québec ne soit plus la seule province au Canada à ne pas considérer la « situation familiale » comme motif de discrimination prohibé par la loi.

4- L'adaptation des services aux familles et aux réalités paternelles

Les services aux familles, qu'il s'agisse de ceux offerts dans le réseau de la santé et des services sociaux, dans le réseau de l'éducation ou dans le secteur de la famille, relèvent d'une culture institutionnelle qui, encore trop souvent, considère la mère comme le « parent principal » et le père comme « l'autre parent ». Nous croyons que les mesures à mettre en place pour adapter les services aux réalités paternelles sont plutôt simples. Elles relèvent de la volonté politique et administrative pour soutenir l'adaptation des pratiques de différents milieux et pour consolider les services des organismes communautaires travaillant auprès des pères, notamment pour l'hébergement des pères en difficulté et de leurs enfants.

5- La mise à jour du Droit de la Famille

Le lien père-enfant peut être fragilisé à la suite d'une séparation. Dans le meilleur intérêt de l'enfant et dans le respect des droits de la conjointe ou du conjoint, il faut identifier les obstacles à l'engagement paternel au cours de cette période et mettre en place des mesures pour faciliter l'accès de l'enfant à son père, lorsque cela est possible. Le Droit de la famille doit aussi s'adapter aux nouvelles réalités familiales et reconnaître, par exemple, l'importance que peut jouer un beau-père dans le développement d'un enfant.

Au moment où s'amorce une campagne électorale unique au cours de laquelle tous les partis politiques ont annoncé vouloir faire de la famille une priorité, au moment également où on annonce de nouvelles mesures sur les services de garde, la maternelle 4 ans, la conciliation famille-travail et au moment aussi où les pères veulent s'impliquer plus que jamais auparavant, le contexte n'a jamais été aussi favorable à ce que nous puissions créer les conditions pour que les pères deviennent vraiment... des parents à part entière.