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31/03/2014 12:40 EDT | Actualisé 31/05/2014 05:12 EDT

Si j'étais ministre de la Culture le 8 avril prochain...

Sans entrer dans les débats statistiques, les guerres stériles de chiffres, nous savons, nous artisans, créateurs, producteurs, diffuseurs de culture, que nous tournons en rond.

Je convoquerais, le matin même, un immense chantier, où les associations, regroupements, syndicats, unions, producteurs, diffuseurs, autant préoccupés par le contenant que le contenu, par les conditions de travail ou de la santé des arts et de la culture sur notre territoire, participeront à une réflexion en profondeur sur le modèle québécois de soutien à la culture.

Sans entrer dans les débats statistiques, les guerres stériles de chiffres, nous savons, nous artisans, créateurs, producteurs, diffuseurs de culture, que nous tournons en rond. Une offre qui se multiplie chaque année et une demande qui stagne depuis trente ans. Il nous faudra ensemble prendre des mesures importantes, voire draconiennes pour changer le cours des choses.

Que faire?

D'abord établir le principe que le ministère de la Culture est un ministère ayant pour mission la présence, dans l'imaginaire de tous les citoyens, de la création d'ici et d'ailleurs. En conséquence tout l'appareil doit être orienté aux besoins en culture de tous les citoyens de toutes les régions.

Bien qu'il faille, de toute évidence, des œuvres et des organismes producteurs, il nous faut sans plus tarder, assurer la viabilité et la pérennité des créations. En ce moment, le libre-marché, la cote d'écoute, la « peoplisation » des artistes, le marketing, les relations avec la presse, tiennent lieu de moteur de la diffusion et malheureusement de garde-fous (gate keepers) de la qualité.

En conséquence, toute notre aide à la création, à la production et à la diffusion est soumise aux diktats marchands. Les demandeurs de subventions sont dans l'art et son fonctionnement, et les diffuseurs et producteurs dans le commerce. L'un crie aux devoirs de l'état et l'autre, aux lois de la consommation.

Pendant ce temps le citoyen est floué. Les œuvres et leurs créateurs, soutenus par l'état, n'atteignent le public qu'à condition d'être rentables et ne sont rentables qu'à la condition d'être vendus par la machine médiatique.

En dehors des grands centres, difficile de fréquenter la création subventionnée par l'argent de tous.

Les nombreux programmes d'aide à la circulation des œuvres et aux diffuseurs sont sans effet quantifiable. D'autres, timides, visent la sensibilisation et la pseudo-médiation (concept fourretout) qui ne confortent que le public déjà conquis.

Mais jamais, à ma connaissance, tous les milieux de tous les secteurs de la culture n'ont voulu remettre en cause le modèle québécois où la gestion de la demande et la régulation de l'offre ont toujours été une hérésie.

Quelques pistes de solution à explorer lors de ce chantier qui ciblera des actions immédiates, permettant d'augmenter la demande et par le fait même soutenir l'offre.

  1. Inclure dans tout le cursus scolaire, du primaire, secondaire et collégial, au même titre que les mathématiques, la fréquentation des œuvres autant littéraires, plastiques, chorégraphiques, théâtrales, musicales d'ici et d'ailleurs. Pour ce faire, il faudra soutenir les activités éducatives
  2. des organismes culturelles, des compagnies en art de la scène, des diffuseurs. En conséquence, créer de toutes pièces des compagnies, des troupes, des ensembles et organismes résidents dans plusieurs régions du Québec.
  3. Imposer un cahier des charges, accompagnant une subvention accrue, à tout organisme producteur de contenus (éditeurs, compagnie de théâtre, danse, musique, centre d'artistes), pour maximiser la diffusion. Les compagnies dites institutionnelles (théâtre, danse, musique) devront mettre en œuvre toutes les stratégies permettant d'augmenter la fréquentation. Spectacles adaptés à la tournée, représentations en mode répertoire, troupe permanente desservant les publics jeunesse autant qu'adultes.
  4. Revoir complètement les politiques de gratuité mur à mur, qui ne profitent pas réellement aux défavorisés, et qui entrainent une dévaluation des œuvres. Du même coup, déployer un mécanisme et une aide pour permettre l'accès aux moins nantis.
  5. Les équipements culturels publics seront donc soutenus à la hauteur de leurs efforts d'accessibilité et de leurs initiatives de développement de public.
  6. Les médias nationaux, écrits et électroniques devront favoriser les Arts et la Culture en offrant des rabais substantiels pour la publication et la diffusion des publicités. Il faudra ici déterminer une frontière nette entre les propositions dites commerciales et le monde de la création artistique.
  7. Donner une prime au risque à tous les diffuseurs en art de la scène, libraires, salles de cinéma, qui osent proposer les premières œuvres.
  8. Doter les villes importantes et les régions d'un bureau de la médiation culturelle, qui coordonnera tous les efforts de développement de public dans toutes les disciplines. Les actions des organismes et des diffuseurs seront soutenues et relayées par cette ressource. Contact avec les exclus, animation et soutien aux enseignants, relation avec la presse, publication et distribution mensuelle de brochures, site web. Tout est ici à inventer.
  9. Accompagner tous les programmes de circulation des œuvres d'une stratégie majeure et centralisée de communication, en ce moment laissée à l'initiative et au budget de chacun, avec un effet de dédoublement, de compétition et d'inefficacité.
  10. Cesser de fermer les yeux sur des pratiques d'exclusivité dans des lieux subventionnés du théâtre enfance/jeunesse : la Maison théâtre et le Théâtre Denise-Pelletier s'octroyant le droit de limiter la diffusion des spectacles alors que toute la jeunesse doit avoir droit à ces spectacles soutenus par tous.

En somme tourner le projecteur vers le citoyen et la fréquentation des œuvres.

À ce titre augmenter la pression et le discours envers les télédiffuseurs pour encourager et garder à l'antenne les œuvres significatives sans égard maniaque à l'audimat, la presse écrite, les radios, à soutenir les créations de tous les horizons en dehors d'un star system qui ne profite qu'aux médias.

Voilà une proposition pour ce premier jour à la tête de ce ministère. La fréquentation de la création est notre seul outil pour solidifier l'identité et permettre notre survie. Rien ne sert de se battre pour une langue si le cerveau est acculturé, la bouche analphabète. Il faut des images, du sens, des symboles, des sons, des mouvements et des signes à soi, une interprétation libre du monde qui nous entoure, pour habiter une langue et un territoire.

Tout commence avec la fréquentation des œuvres dès le plus jeune âge et l'accès à la création universelle et d'ici durant toute sa vie. La culture est le fondement de notre imaginaire. Rien ne sert de demander à l'étranger de nous joindre si on n'a rien dans les mains et tout dans les poches.

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