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16/05/2017 09:07 EDT | Actualisé 31/08/2017 15:22 EDT

La Corée du Nord: le nucléaire comme dernier rempart idéologique

Mettre sous contrôle international l'arsenal nucléaire de la Corée du Nord devrait être le but premier, pour le moment, des pourparlers des acteurs autour de la table.

Une crise en dents de scie, c'est l'image qui décrit le mieux la situation géopolitique dans la péninsule coréenne: un jour nous assistons à des tests nucléaires effectués par le pouvoir nord-coréen, un autre jour nous sommes témoins d'un déploiement de 150 000 militaires chinois sur la frontière sino-nord-coréenne. Quelques moments de répit arrivent quand le président chinois nous assure que le dialogue est entamé avec le leader Kim Jong-un. Tout de suite après, le gouvernement américain envoie dans l'ouest du Pacifique, depuis Singapore le porte-avions USS Carl Vinson par «précaution». Quelques heures à peine après son élection, le nouveau président de la Corée du Sud, Moon Jae-in, se déclare prêt pour aller au Nord et amorcer des pourparlers «si des conditions sont réunies». Pour défier l'ouverture au dialogue du président élu, la Corée du Nord vient tout juste d'envoyer un missile qui s'abime en mer du Japon.

Au-delà des actions qui, à première vue, semblent erratiques et confuses, deux enjeux majeurs, qui ont des racines historiques, refont surface dans les nouvelles circonstances: un différend de nature idéologique et l'hypothèse théorique d'une confrontation nucléaire pour le résoudre.

La Corée du Nord est le bastion ultime de la juxtaposition entre la doctrine communiste et l'État, tel que fut le cas dans les pays sous domination soviétique après '45 et jusqu'à la chute du mur de Berlin en '89.

La Corée du Nord est le bastion ultime de la juxtaposition entre la doctrine communiste et l'État, tel que fut le cas dans les pays sous domination soviétique après '45 et jusqu'à la chute du mur de Berlin en '89. Elle est ainsi isolée du reste du monde par peur de ne pas être contaminée par un virus de liberté qui pourrait être fatal au pouvoir dynastique en place. Seulement la Chine dispose d'une certaine emprise sur son fonctionnement économique, mais même son leadership est soumis à de rudes épreuves comme en témoignent les critiques officielles extrêmement dures entre les deux parties dans les médias officiels. Dans ces circonstances, il est à prévoir qu'un éventuel changement de régime se déroule d'une manière violente, puisque la mise n'est pas la survie de la nation, comme dans le monde démocratique, mais bien la préservation et le triomphe de l'idéologie tant aimée.

Sombrée encore dans le dogme communiste que lui assurait l'isolationnisme qu'elle souhaitait, la Corée du Nord décide, en 2003, à l'heure des négociations internationales sur le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, de se retirer du cadre normatif (environ 200 ententes) établi par la communauté internationale, pour développer à l'abri de tout contrôle son arsenal atomique. Celui-ci a enregistré récemment des progrès techniques significatifs dans une quête de puissance majeure: sur 25 millions d'habitants, le pays compte 1,2 million de soldats et 7 millions de réservistes. Ils disposent d'environ 10 000 canons, un millier de missiles à différentes portées et une vingtaine d'armes nucléaires pour défendre bec et ongles les acquis communistes.

Pour comprendre l'origine de ce fanatisme, il faut se tourner vers l'histoire, quand en 1945, les forces alliées ont libéré la péninsule coréenne, à l'époque une colonie japonaise. Les pôles géographiques servent de miroir pour définir les zones de contrôle post-conflit: si en Europe, l'Est revient à l'URSS et l'Ouest aux États-Unis, en Corée, le Nord devient une sphère d'influence soviétique tandis que le Sud est placé sous influence américaine. Dès que les deux mandataires se retirent, en '48 et '49 respectivement, pour laisser la place à la formation des gouvernements locaux, la Corée du Nord envahit le Sud. Les motivations de cet acte d'agression reposent sur un calcul géopolitique plus élaboré. Le très puissant Staline a donné son aval à l'invasion pour montrer aux pays européens de l'est que le communisme est capable d'élargir sa base ailleurs dans le monde et que toute tentative d'émancipation sera vouée à l'échec (Budapest en '56 et Prague en '68 en savent quelque chose). La péninsule coréenne était convoitée par les Soviétiques depuis des siècles, étant vue comme une région stratégique vitale pour contrer une éventuelle hégémonie chinoise. Pour cette raison, la Chine a toujours conçu la péninsule comme «une clé» qui peut ouvrir la porte de l'Est asiatique (tout comme l'Autriche est considérée la clé pour entrer dans l'Europe de l'Ouest). Plusieurs tentatives d'invasion du territoire chinois avaient comme point de transition la péninsule coréenne. Pour le pouvoir chinois, l'imminence de la réunification de la Corée sous les auspices de l'Union soviétique était réelle.

Accueillir à leur frontière les Soviétiques en amis plutôt qu'en ennemis conférait l'avantage d'éviter un encerclement par une puissance hostile, le mantra de toute politique extérieure chinoise.

L'intervention américaine sur le plan diplomatique (au Conseil de sécurité de l'ONU) et militaire (en défense de son allié, la Corée du Sud) n'a pas tardé (malgré des controverses comme le changement à l'improviste du commandement de l'armée Mac Arthur en plein exercice militaire à cause de ses dissensions avec l'administration du président Harry S. Truman).

Les négociations sont enclenchées après plusieurs victoires des Américains sur le terrain sans qu'un résultat final soit tranché. Les États-Unis se retirent du conflit sans proclamer la « victoire », une première dans leur parcours international à ce jour, tandis que la Chine maintient le statu quo, sa formule préférée quand elle n'est pas en mesure d'établir des arrangements qui lui sont convenables.

Le grand perdant fut l'Union soviétique dont le leadership au sein de ses pays satellites a été définitivement compromis. Son incapacité d'atteindre l'objectif initial de réunifier la péninsule sous sa tutelle communiste a eu des répercussions qui sont difficilement quantifiables même aujourd'hui (la méfiance qui s'installe dans sa relation avec la Chine est illustrative en ce sens, elle offre les assises pour le rapprochement sino-américain dans les années '70).

Dans une perspective immédiate, pour la résolution d'un conflit potentiel, ces éléments vont réapparaitre avec recrudescence puisque le fondement d'un casus belli a des ingrédients familiers, mais la balance du pouvoir penche, à priori, vers le couple sino-américain. Si la diplomatie déjà entamée s'affaisse, comment présenter l'intervention militaire à l'opinion publique? Comme une menace nucléaire directe de la part du régime de Kim-Jong un contre l'ordre planétaire? Les armes utilisées seront-elles conventionnelles ou nous nous dirigeons vers un conflit nucléaire? Si oui, les frappes seront-elles limitées aux installations militaires de l'ennemi ou toucheront-elles la population civile? Quelle position adoptera la Russie, dans ce nouveau contexte? Est-elle prête pour la revanche historique? La souhaite-t-elle?

L'idée qui se trouve à la base de l'accord sur le nucléaire entre l'Iran et les États-Unis pourrait être reprise dans ce cas-là afin d'apaiser la tension, à la différence notable que le pays persan aspirait à l'obtention de l'arme nucléaire tandis que la Corée de Nord la détient déjà.

Mettre sous contrôle international l'arsenal nucléaire de la Corée du Nord devrait être le but premier, pour le moment, des pourparlers des acteurs autour de la table. L'option de régime comporte un risque de violence dont nous ne connaissons pas les dimensions, pour les raisons déjà évoquées.

Nous sommes devant une situation semblable à celle qui précédait le déclenchement de la Première Guerre mondiale: personne ne voulait le conflit, mais au premier déclic toutes les puissances y ont embarqué.

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