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24/12/2013 11:38 EST | Actualisé 23/02/2014 05:12 EST

Lettre à Maria Mourani : la rancoeur ne règle rien

Chère madame Mourani,

Je suis à terre. Complètement à terre. Deux jours après la démission du chef qui vous a expulsée, vous annonciez votre adhésion à l'option fédéraliste, reniant l'option indépendantiste, au profit de celle de la dépendance.

Car l'indépendance ou la dépendance, c'est tout. Je le sais, vous le savez aussi. On parle de la liberté de tout un peuple, celle de toutes les couleurs qu'il regroupe, aussi diverses puissent-elles être. Car nous sommes un peuple qui doit se doter d'un État pour survivre, pour mener jusqu'au bout l'héritage qu'il porte. Que nous portons tous, nous, Québécois de toutes les origines.

Nous formons un peuple singulier, entre autres de par notre beau parler français d'Amérique. Ça, c'est une valeur commune. Il y a aussi le fait que nos idées politiques et intérêts stratégiques (lire ici : surtout énergétiques) diffèrent tant de ceux du reste de l'ensemble canadien. Pas meilleurs, pas moins bons, juste différents. Et tant d'autres choses. Mais vous le savez déjà, pour l'avoir si souvent répété vous-même.

Quand j'ai appris votre expulsion du Bloc, j'étais en beau joualvert. Quelle connerie. Une bourde absolument monumentale! Je crois que ce geste de M. Paillé nuit d'une manière irrémédiable à cette cause qui me tient tant à coeur. Il s'agit d'une décision hautement sectaire. Moi qui considérais de plus en plus sérieusement une implication au Bloc, j'ai exclu cette possibilité. Comment affirmer par la suite que le mouvement indépendantiste réunit et accepte une pluralité d'opinions? Heureusement, le Bloc n'a aucunement le monopole du mouvement indépendantiste. Le rôle d'un parti souverainiste au fédéral ne devrait-il pas être de rassembler en démontrant une ouverture intellectuelle? Est-ce devenu une succursale fédérale du PQ?

Je suis moi aussi contre cette Charte de la laïcité, si l'on peut finir par l'appeler par son nom. Le débat qui l'entoure, à mes yeux, dérive. En cherchant à déterminer, socialement, si le voile oppresse la femme, on manque le bateau. Les discussions semblent avoir glissé sur ce terrain et s'être détournées de la véritable question qui doit être posée : concrètement, que vient régler l'interdiction du port de signes religieux aux fonctionnaires sur les heures de travail - puisque l'on ne parle que de ça? Combien y en a-t-il, des fonctionnaires arborant un signe religieux ostentatoire, au fait? Oui, on manque le bateau.

Je ne comprends franchement pas la décision que vous prenez. Elle semble motivée par la rancoeur. Ainsi, vous commettez une erreur majeure, à mon avis, en imputant à tout le mouvement indépendantiste la responsabilité du tort que vous avez subi. Ici, c'est moi qui viens de commettre une erreur : ce tort est loin de n'être que vôtre. Le Bloc a fait le choix de discréditer d'un seul coup, vous, la cause ainsi que tous ceux qui la font vivre. Nous sommes loin de tous être des tenants de cette charte. Même très loin.

Il y a au minimum de quoi sourciller en vous entendant affirmer que la Charte canadienne des droits et libertés défend mieux l'identité québécoise que le document péquiste. L'histoire s'est chargée de prouver le contraire à de nombreuses reprises. « Tell us again about Freedom and Democracy », écrivait Michèle Lalonde.

Il faut se rappeler qu'il est normal que l'effervescence idéologique mène parfois à des explosions. Il demeure cependant que la hargne ne règle jamais rien. J'invite donc tous les indépendantistes à ne pas se mettre à lancer des tomates à tous les vents. Exprimer ainsi la colère ne fera que caler le mouvement au grand complet...

Cordialement,

Raphaëlle Élément

Militante indépendantiste

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