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09/04/2018 15:15 EDT | Actualisé 09/04/2018 15:33 EDT

L'habit ne fait pas le moine: juger les apparences

Privilégions le fond à la forme même si, à notre époque, cela semble difficile.

Getty Images/iStockphoto

Cette expression française «L'habit ne fait pas le moin a plusieurs origines probables. Selon certains, cette expression serait issue d'une variante accordée à la phrase de Plutarque (philosophe et moraliste de la Rome antique ayant vécu entre 46 et 125 après Jésus-Christ) : "Barbe non facit philosophum", soit la barbe ne fait pas le philosophe. La signification de cette phrase est connue de la majorité des personnes, à savoir qu'il ne faut pas juger sur les apparences, car celles-ci peuvent être trompeuses.

Il m'apparaît fondamental de revenir sur cette idée, et ce, même si nous pourrions croire que nous avons appris de nos aïeuls et que, dorénavant, nous réfléchissons et recherchons les informations avant d'émettre un jugement. Malheureusement, ce n'est aucunement le cas. Certes, nous faisons, tous, des jugements dans notre vie, mais il est de notre devoir moral de rechercher la véracité, la cohérence de notre jugement. Cela suppose évidemment la capacité de se remettre sans cesse en question et reconnaître nos erreurs. Vous aurez compris, la partie n'est pas gagnée.

L'habit signifie quelque chose

Prenons d'abord le cas dans lequel l'apparence a une signification certaine ou donne une image d'un jugement proche de la vérité. Pour cela, regardons autour de nous et essayons de relier l'habit à une fonction véritable.

Le cas le plus aisé, me semble-t-il, est celui du juge. Tout vêtu de sa toge, il représente la loi. Cependant, la toge n'est pas seulement attribuable à une fonction de loi ou de coercition. Non, les étudiants peuvent porter une toge également à la réception de leurs diplômes. Ils ne sont pas les tenants et les dignes représentants de la loi. Ce qui définit la fonction de l'habit est donc le contexte environnemental. Si un homme ou une femme porte une toge dans un tribunal, nous pouvons supposer qu'il s'agit d'un juge ou d'un avocat (soit un fervent défenseur présupposé de la loi). Nous comprenons bien déjà que l'habit définit une fonction, un rôle pour la personne.

Nous comprenons bien déjà que l'habit définit une fonction, un rôle pour la personne.

D'autres exemples sont possibles comme les policiers, les pompiers, les écoliers avec leurs uniformes ou encore les ouvriers manufacturiers (salopettes de travail). L'habit définit un rôle précis pour celui qui le porte. Il signifie une fonction et une représentation pour la population. Nous reconnaissons le policier, le travailleur, le pompier ou l'écolier à un moment précis, dans un endroit donné, et ce, en fonction du vêtement porté.

L'hypocrisie de l'habit

L'habit définit-il la pensée, les motivations, les idées ou encore les intentions des personnes ? Un ouvrier qui porte la salopette est-il forcément en accord avec les intentions ou les orientations de son employeur quand il porte l'habit ? Un policier est-il neutre émotionnellement et intellectuellement quand il porte l'uniforme, comme lui demande sa fonction ou son rôle ? Une mini-jupe définit-elle forcément la prostituée ?

Un juge peut estimer qu'une loi est aberrante et sans motif de faisabilité, mais il devra l'appliquer en raison de sa fonction.

Nous avons suffisamment d'exemples, ici ou ailleurs, montrant que l'habit ne définit pas totalement les intentions des personnes ou encore le rôle qu'ils occupent. Un policier peut être raciste et exercer une fonction exigeant la neutralité des actions. Un juge peut estimer qu'une loi est aberrante et sans motif de faisabilité, mais il devra l'appliquer en raison de sa fonction.

Ce n'est pas en vous revêtant d'une toge que vous serez nettoyé de tout acte illégal. L'habit n'efface pas ce que vous êtes intrinsèquement. Un voleur reste un voleur, un démocrate reste un démocrate, un sexiste demeure sexiste, un menteur est un menteur... peu importe l'ustensile vestimentaire utilisé. Le vêtement n'est qu'un outil permettant de donner une image mentale aux gens. Si nous voyons une personne avec un uniforme de police, nous en avons une représentation d'un individu qui devrait nous défendre, nous protéger, et ce, peu importe ses convictions et nos convictions politiques, religieuses ou autres.

Demeurons prudents en jugements

Nous pouvons donc dire que l'habit ne définit pas totalement la personne en face de nous. Nous ne devrions pas juger sur l'apparence, mais sur l'intention de la personne. Cette phrase, nous devrions l'avoir en tête constamment. Nous devrions demeurer prudents dans nos actes, nos pensées et nos jugements. Faire preuve de discernement est d'une importance primordiale dans la vie de tous les jours.

Je regrette que nos sociétés se laissent trop souvent avaler par le courant de l'apparence. Ainsi, nous élisons des hommes ou femmes politiques qui paraissent bien. Nous élisons de beaux parleurs, des politiciens qui se costument, feignant comprendre le Peuple alors qu'ils jouent seulement sur notre propension au jugement rapide, par manque de courage et d'efforts.

Ne jugeons pas trop vite; n'est-il pas préférable un individu aux bonnes intentions, mais à l'apparence loufoque, qu'un individu bien vêtu voulant nous nuire?

Ne préfériez-vous pas un juge sans sa toge jugeant des crimes avec justice qu'un juge bien vêtu vous jugeant injustement ?

Je préfère, pour ma part, de loin, une personne voulant le bien de tous avec une apparence disgracieuse qu'une personne d'une beauté imperfectible ne pensant qu'à elle-même. Ne préfériez-vous pas un juge sans sa toge jugeant des crimes avec justice qu'un juge bien vêtu vous jugeant injustement ?

Avant de juger, essayons de comprendre et connaître. Ne jugeons pas sur l'apparence, mais sur le fond. Privilégions le fond à la forme même si, à notre époque, cela semble difficile.

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