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05/02/2019 10:47 EST | Actualisé 05/02/2019 10:47 EST

La laïcité bancale de la CAQ

Une seule chose m'apparaît dans cette affaire: la loi sur la laïcité commence avec une base peu solide.

La CAQ va donc créer deux statuts d'enseignants, les coercitifs et les pseudo non-coercitifs.
Jorge Balderas / EyeEm via Getty Images
La CAQ va donc créer deux statuts d'enseignants, les coercitifs et les pseudo non-coercitifs.

Récemment, le 28 janvier 2019, nous apprenions la volonté du ministère de l'Éducation d'avoir des statistiques, des chiffres sur les personnes portant un signe religieux au sein de nos établissements scolaires. Plus tard, nous voyions une lutte entre le ministre responsable de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion battre le fer avec Mme Harel Bourdon, Présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM).

Aucune statistique n'existe sur la présence, l'usage des signes religieux par les employés et, encore y en aurait-il, elle a signalé qu'elle ne donnerait pas ces informations. Par cet intermède médiatique, nous sommes de nouveau plongés dans le fameux et éternel débat des signes religieux et de la laïcité québécoise. Nous voilà de nouveau sur le voyage clouté, périlleux et délicat de la laïcité au Québec.

Pour rappel, le parti au pouvoir depuis le 1er octobre a énoncé depuis la période électorale qu'il désirait interdire le port de signes religieux (engagement #70, sur le site du magazine L'actualité) pour les membres du personnel étatique en position coercitive (policier, juges, etc.), mais aussi les enseignants. Selon la CAQ et Monsieur Legault, l'enseignant fait partie du personnel qui exerce une forme de pouvoir et coercition dans l'appareil technocratique et bureaucratique de l'État. Dans ce sens, le gouvernement caquiste est et demeure cohérent depuis de nombreux mois.

En date du 31 janvier 2019, nous apprenions cependant que les enseignants des écoles privées subventionnées par l'État ne seraient pas assujettis à la future loi sur la laïcité au Québec. Comprenons bien, cela signifie qu'une école recevant des deniers publics, provenant des impôts des contribuables ne devra pas suivre les mêmes règles. Un enseignant dans une école privée pourra porter le signe religieux désiré, alors que cela sera interdit pour un enseignant dans une école publique. Une belle incohérence dans les propos et une idée absurde.

Dans les faits, les écoles dites «privées» reçoivent 60% du montant octroyé aux écoles publiques. Si nous parlions d'entreprises, nous pourrions dire que l'État est un actionnaire majoritaire. Certes, les parents paient une partie des frais, mais l'État intervient pour plus de la moitié. Pourquoi alors les enseignants ne devraient-ils pas suivre les mêmes règles? Ne sont-ils pas en position d'autorité face aux élèves dans ces écoles? L'État n'est-il pas partie prenante du financement? Voyez-vous dès lors l'absurdité de cette décision. Ne parlons même pas des propos, des justifications données par le premier ministre. La pilule serait trop difficile à avaler, selon lui.

La CAQ va donc créer deux statuts d'enseignants, les coercitifs et les pseudo non-coercitifs.

À cela, il faudra aussi ajouter cette possibilité de licencier des enseignants actuellement en poste, portant possiblement un signe religieux dans une école publique. Ceux-ci devront alors se tourner vers l'école privée subventionnée afin de pouvoir exercer un droit simple: la liberté d'expression. La neutralité physique ne garantit en rien la neutralité d'opinion, de croyances ou d'actions des individus. Comme dit le vieil adage: «l'habit ne fait pas le moine, seuls les actes le font». Mais cela est trop demander dans une société du paraître au lieu de l'être.

Je préfère me frotter à un juge compétent, impartial et arborant une croix à son cou qu'un juge neutre en apparence, mais me jugeant en vertu de ses valeurs profondes, au lieu de la loi.

Comprenons bien que je ne suis pas contre une loi sur la laïcité de l'État. Je peux comprendre que nous voulions une certaine forme d'apparence neutre de la part des personnes en autorité. Cependant, je préfère me frotter à un juge compétent, impartial et arborant une croix à son cou qu'un juge neutre en apparence, mais me jugeant en vertu de ses valeurs profondes, au lieu de la loi. De nouveau, l'être est plus important que le paraître.

Sous une apparence de tenir sa promesse, Monsieur Legault et son gouvernement montrent des signes peu flatteurs et réconfortants. Avant octobre, il déclarait interdire tous les signes religieux pour les personnes en autorité, y compris les enseignants, sans exception. En novembre, il déclare qu'il pourrait avoir recours à une clause «grand-père» de droit acquis pour les employés en fonction avant la loi; ensuite, le gouvernement Legault a parlé de relocaliser les gens dans d'autres fonctions (il faudra me dire si un enseignant deviendra alors un agent administratif alors que ce n'est aucunement sa qualification) pour ensuite parler de licenciement éventuel. Aujourd'hui, nous entendons que les enseignants du privé seront exemptés, mais pas ceux du public.

Une seule chose m'apparaît dans cette affaire: la loi sur la laïcité commence avec une base peu solide. Nous allons vraisemblablement vers une loi bancale de la laïcité au Québec.

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