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16/07/2018 10:58 EDT | Actualisé 16/07/2018 11:08 EDT

Coupe du monde et patriotisme assumé

La Coupe du monde est comme l'amplification de ce sentiment d'être un «patriote».

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La Coupe du monde a touché à sa fin le dimanche avec la victoire de la France. Une belle fête pour certains, des pleurs pour d'autres. C'est le lot de tout sport: il faut un perdant et un gagnant. Même si la compétition et les rivalités sont présentes lors du Mondial de soccer, tous jouent à ce jeu. Dans une sorte de consentement préalable, chacun laisse en quelque sorte tomber ses valeurs intrinsèques comme le refus de la compétition, par exemple.

Je vais profiter de ce tournoi pour aborder un sujet si souvent galvaudé, rebuté, caricaturé et détesté quand il sort de la bouche de nos politiciens. Que nous le voulions ou non, nous en faisons tous preuve à un moment donné de notre vie: je veux parler de patriotisme.

En ce sens, la Coupe du monde est comme l'amplification de ce sentiment d'être un «patriote». Que nous soyons ou non immigrants, que nous détestions nos politiciens, que nous détestions ce que notre système politico-social devient, il n'en reste pas moins que pendant la Coupe du monde, nous devenons patriotes et fervents défenseurs de notre nation de naissance et de cœur. Le Tunisien est encore plus Tunisien, le Brésilien est encore plus Brésilien, le Français est encore plus Français, ainsi de suite.

Être un patriote?

Trop souvent, dans la vie de tous les jours, nous laissons nos politiciens et les médias galvauder les mots. Ceux-ci deviennent alors stigmatisants ou néfastes. Ainsi, le patriotisme a été trop souvent synonyme de fermeture, de repli sur soi ou de détestation des étrangers, des immigrants, des nouveaux arrivants à la nation.

Le patriotisme est ce sentiment d'appartenance et d'amour des personnes envers une nation dont il est un membre depuis la naissance.

Pour comprendre le mot «patriotisme», il est d'une importance majeure de revenir sur la signification de ce terme. En effet, le mot est issu du latin «pater» signifiant «père». En ce sens, il s'agit d'un lien de filiation, d'appartenance, et ce, même si nous pouvons détester certains aspects du père. Un enfant aime son père même si celui-ci a beaucoup de défauts.

Nous devons comprendre le patriotisme en termes de pays, de nation ou encore de ville ou village. Le patriotisme est donc ce sentiment d'appartenance et d'amour des personnes envers une nation dont il est un membre depuis la naissance. Si je dois donner un exemple, même si je vis au Canada et au Québec, je n'en reste pas moins un patriote belge. J'aime et j'appartiens à la Belgique, même si je vis et que j'ai un lien d'attachement avec le Canada et le Québec.

Patriotisme et nationalisme, est-ce la même chose?

Les avis divergent parfois sur la différence de notion entre patriotisme et nationalisme. Certains y voient des synonymes, d'autres y voient des oppositions. Pour ma part, les deux notions sont liées, même si elles divergent par leurs impacts et manifestations.

Comme je disais plus haut, le patriote est un amoureux de sa nation, de sa ville, de son village. À ce niveau, le nationaliste se rapproche du patriote. De fait, nationalistes et patriotes aiment leurs nations. Cependant, nous devons demeurer prudents, car je trouve que deux aspects les font diverger.

A contrario du patriote, la nationaliste aime son pays tout en estimant que celui-ci est le meilleur exemple de vie. Il ne peut concevoir qu'une autre nation puisse être meilleure que la sienne. Le nationalisme est un sentiment plus profond et aveugle que le patriotisme, à mon sens. Il existe, de fait, une différence d'implication émotionnelle.

Ensuite, je dirais que le deuxième aspect est l'implication politique. Le nationalisme est une traduction politique du sentiment de patriotisme. Et, dans ce contexte, nous savons très bien que des bonnes, comme de très mauvaises décisions ou actions peuvent en découler (le nationalisme allemand avant la Deuxième Guerre mondiale, par exemple).

Revenons au Québec, nationalisme et patriotisme?

Arrivé depuis 2011 au Québec, je ne sais pas si j'ai la légitimité nécessaire pour parler de la volonté du peuple québécois à devenir une nation. Néanmoins, il m'apparait important de revenir sur la notion de nationalisme québécois et/ou de patriotisme québécois.

Le nationalisme québécois a ses bons et mauvais côtés, comme dans toutes nations. Le peuple québécois, du moins une certaine partie, désire devenir une nation, un pays. Ces personnes estiment que la meilleure façon de fonctionner est de se soustraire du joug anglophone du Canada.

Ce sentiment et cette volonté résultent du passé houleux et des relations fluctuantes entre francophones et anglophones au cours des 200 dernières années, notamment. Ce nationalisme n'est aucunement néfaste. Il s'agit d'une volonté de devenir une nation à part entière. Cependant, il existe aussi son penchant négatif. Celui d'un groupe voulant rendre le Québec indépendant, afin de diminuer ou d'arrêter l'immigration, celui de la fermeture, du repli sur soi ou encore d'une certaine condescendance sur les autres provinces ou nations existantes. Ne pas voir que ce nationalisme existe est contre-productif.

Tous les Québécois sont patriotes, mais quelques-uns sont nationalistes, voilà la grande différence entre patriotisme et nationalisme.

Si je devais résumer la différence entre patriotisme et nationalisme québécois, je dirais que tous les Québécois sont patriotes, car ils aiment leurs provinces, leurs villes, leur nation. Mais dans ce sentiment d'amour, d'appartenance, ils reconnaissent aussi les lacunes, les failles, les défauts de la société dans laquelle ils vivent.

Tous les Québécois sont patriotes, mais quelques-uns sont nationalistes, voilà la grande différence entre patriotisme et nationalisme, d'après moi.

Enseignements de la Coupe du monde?

En regardant la Coupe du monde 2018, j'ai donc pu voir que ce sentiment de patriotisme n'est pas mort et qu'il n'est pas aussi néfaste que nous le disons. Les pays, les nations et ses amateurs se confrontent dans le respect.

Les fans se confrontent par les cris de joies, quelques gestes de provocations bienveillantes, mais rarement des gestes d'insultes, de menaces ou de supériorités. Certes, il doit exister des gens promouvant des gestes de ce genre mais personnellement, je n'en ai pas vu. Non, j'ai vu des familles, des enfants, des adultes aimer leurs pays et vibrer au retentissement de l'hymne national. Un beau moment de partage et de racines ravivées.

Comme Belge, j'ai eu la chance de suivre le parcours de mon pays et j'en ressors avec plus grande fierté.

Maintenant, le Mondial terminé, n'oublions pas d'où nous venons et aimons raisonnablement notre nation.

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