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05/12/2013 04:53 EST | Actualisé 05/12/2013 07:52 EST

La lutte de Mandela contre l'inéquité raciale n'a pas de frontières

Rolihlahla "Nelson" Mandela est une icône mondiale. Sa popularité légendaire a commencé avec sa peine de prison à perpétuité pour atteindre son apogée avec la présidence de l'Afrique du Sud - première puissance économique du continent Africain... Un parcours digne d'un conte de fées! L'emblème des droits humains a rendu l'âme, mais nous pouvons toujours, à travers nos agissements, rendre hommage à la vocation du dénommé Madiba.

Mandela a été autrefois dénoncé comme un«terroriste» pour avoir simplement contesté le système de ségrégation raciale et d'oppression institutionnelle de l'apartheid auquel adhérait l'Afrique du Sud. (L'apartheid est d'ailleurs un système inspiré des Réserves indiennes du Canada). Emprisonné pendant 27 longues années, Mandela avait toutes les raisons d'abandonner sa lutte, d'éteindre la lumière de l'espoir, et de se livrer à l'échec. Le régime de l'apartheid récoltait en effet le soutien absolu de la première ministre britannique Margaret Thatcher et du président américain Ronald Reagan. Un Goliath qu'aucun David n'ose braver.

«Cela semble toujours impossible, jusqu'à ce que ce soit fait.» - Nelson Mandela

Malgré cette situation impénétrable, la prise de conscience s'est amorcée dans les années 70 et au début des années 80 parmi les leaders mondiaux (notamment dans les pays nordiques de l'Europe) et les artistes. Alors premier ministre du Canada, Bryan Mulroney a fait pression pour mettre fin au régime raciste. Mulroney privilégia ainsi la décence humaine aux lucratifs échanges économiques avec l'Afrique du Sud, malgré ses richesses en ressources.

Au 70e anniversaire de naissance de Mandela, un panel de personnalités célèbres a participé au concert "Libérerez Mandela" (the «Free Mandela» concert) au stade Wembley afin de solidifier le mouvement. Le «Freedom Fest» (Festival de la Liberté) fut diffusé dans 67 pays et a attiré un auditoire de 600 millions de téléspectateurs. L'éveil de conscience par rapport au sort des Sud-Africains noirs faisait alors le tour du monde occidental.

«Être libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres.» - Nelson Mandela

Trois courtes années plus tard, l'Afrique du Sud cède à la pression internationale. Enseveli pendant trois décennies, Mandela quitta son tombeau en 1990, et entama son ascension. L'infâme prisonnier devint, en 1994, le premier président élu lors d'un vote multiracial et équitable en Afrique du Sud. Mandela a alors été vénéré à l'échelle internationale, même à la Maison Blanche. Le gouvernement Mandela était axé sur le démantèlement de l'héritage de l'apartheid via la lutte contre le racisme institutionnel et en favorisant la réconciliation raciale.

Alors que les leaders mondiaux pleurent aujourd'hui le défunt, le décalage entre leurs éloges envers ce grand homme et leur mollesse envers l'interminable lutte qu'a menée Mandela est tout simplement insupportable. Nonobstant les beaux discours, quelles actions ont pris nos dirigeants pour résoudre les restes de la discrimination institutionnelle dans leur propre cour? Les bottines ne suivent pas les babines.

Jusqu'à la libération de Mandela, la grande majorité de la communauté d'affaires [au Canada] avait été soit complice soit indifférente à l'apartheid.

Cette même indifférence envers nos compatriotes minoritaires contredit aujourd'hui les valeurs canadiennes contemporaines.

Le profilage racial au sein de la police d'Ottawa, de Toronto et du SPVM se colle au quotidien. Aucun des maires de ces grandes villes n'ont pris la peine de dénoncer ces pratiques, préférant jouer à l'autruche. Contrairement à la capitale fédérale, la Métropole dédie des fonds publics à un programme de rapprochement interculturel entre le corps policier et les communautés visées. Bien que ce projet montréalais s'accorde avec les initiatives de réconciliation qu'a incitées Mandela, la volonté de réduire les déséquilibres persistants laisse à désirer.

L'engouement de Mandela pour l'équité s'étendait au marché du travail, dans lequel il a mis en place des mécanismes pour donner à chaque citoyen une chance égale dans l'octroi des postes convoités. Au Canada, le gouvernement de Brian Mulroney a instauré la Loi sur l'équité en matière d'emploi pour combattre la discrimination systémique à l'égard des femmes et des minorités dans la fonction publique. Malgré des statistiques qui démontrent que le programme n'a pas comblé l'écart dans certains groupes cibles, le gouvernement Harper a créé une controverse afin de biffer la louable initiative. L'intention de faire de la fonction publique un reflet du peuple qu'elle sert est tombée à l'eau.

Mandela estimait que l'accès équitable à l'éducation accompagne la réduction des disparités socioéconomiques dans son pays. Au Canada, le silence qui entoure l'épidémie de décrochage scolaire chez les garçons autochtones et les Afro-Canadiens - exacerbé par le refus de comptabiliser les statistiques sur une base régulière - en dit long sur la préoccupation sélective de nos dirigeants envers le bien-être des jeunes Canadiens. On peut deviner les priorités : aucun financement n'est épargné pour de nouvelles prisons.

Tout comme au sud des États-Unis et en Afrique du Sud à l'époque de l'apartheid, le Canada présente un taux disproportionné d'Autochtones et d'Afro-Canadiens derrière les barreaux. Ça ne prend pas un expert en recensement pour conclure que notre système procédurier est déséquilibré.

L'incongruence flagrante est autant visible au sommet de la pyramide judiciaire du Canada. Les États-Unis ont nommé une première personne de couleur à leur Cour suprême à l'apogée du mouvement des droits civiques en 1967. L'Afrique du Sud a emboîté le pas un an après la libération de Mandela, geste qui continue à alimenter les débats concernant la «transformation» de l'Afrique du Sud. En 2013, la diversité arc-en-ciel du Canada n'a pas encore atteint les bancs de notre Cour suprême ni de notre Cour fédérale. Le diffuseur public pancanadien suit la même tendance monochromatique. À quand, l'heure du rattrapage d'Ici?

Les Sud-Africains se souviennent des hommes valeureux qui ont risqué et/ou perdu leur vie pour revendiquer les droits humains. Les États-Unis font de même, 50 ans après que la lutte ait vaincu les héros des droits civiques. Le Canada n'a toujours pas réconcilié les pages plus sombres de son histoire. Le courage des braves tels que Fred Christie (qui s'est vu refusé le service au Forum de Montréal en 1936), Nagindar Singh Gill (revendiqueur du suffrage des Indo-Canadiens) et Hugh Burnett (doyen de l'octroi des droits civiques au Canada), sombrent dans le néant. Nous avons emprunté le dialecte des Premières nations pour baptiser notre capitale et notre pays, mais le statut des Autochtones dément les principes fondamentaux de notre nation.

La mission de Mandela se poursuit à la fois dans son pays natal et ici au Canada, où elle demeure inachevée.

«There is more work to be done... We say tonight, after nearly 90 years of life, it is time for new hands to lift the burdens. It is in your hands now.» - Nelson Mandela, 27 juin 2008

En cette période de deuil international, nos dirigeants doivent essuyer leurs larmes de crocodile. L'heure est à la réflexion: quel rôle joueront-ils dans l'accomplissement de l'équité raciale qu'incarnait Nelson Mandela? Madiba n'est plus avec nous, mais son héritage, son message et sa lutte survivent en chacun de ceux qui reconnaissent que la poursuite de l'intégration et de l'équité n'appartient pas dans le passé apartheidiste d'un pays étranger, mais au sein de notre propre nation.

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