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05/03/2016 09:16 EST | Actualisé 06/03/2017 05:12 EST

Petite histoire d'une partisanerie ordinaire

Non, les féministes ne sont pas toutes des énervées.

Imaginez que vous êtes un partisan du club de hockey Canadien. Vous êtes aussi ami avec Jean. Vous prenez un verre avec lui dans votre bar sportif préféré et Jean vous annonce qu'il vient d'être nommé président du Conseil d'administration du Canadien de Montréal. Vous êtes vraiment impressionné. Vous lui dites : « Wow ! Je ne savais pas que tu étais un partisan du Canadien.» Il vous regarde surpris et vous répond : «En effet, j'aime le hockey mais je ne suis pas un partisan des Canadiens.»

Vous êtes surpris : «Vraiment ? Ce n'est pas un peu bizarre que tu sois nommé président du CH ?»

Sur le coup, Jean reste interdit. Il ne semble pas comprendre pourquoi vous trouvez étrange que le président du Canadien refuse de se qualifier partisan du club dont il va superviser la direction.

Assis de l'autre côté, Marcel, un ami de Jean, en profite pour ajouter : «Moi non plus je ne suis pas un partisan du Canadien ! Ils se croient meilleurs que les autres !». Son commentaire vous irrite un peu, surtout qu'il vient de vous insulter dans votre amour-propre de partisan du CH. Il se reprend en s'excusant et déclare que lui, il aime tous les clubs et qu'il est contre les préférences : «Ils ont tous du talent !», vous dit-il. Vous laissez faire en vous disant que ce n'est pas demain la veille que vous irez voir une partie de hockey avec lui...

Entre temps, Jean a réfléchi. Il vous explique : «Oui, je suis un partisan, à ma façon. Moi, je n'irais jamais briser des vitrines le lendemain d'un match des séries. Je ne suis pas un casseur, moi. C'est pour ça que je t'ai dit que je n'étais pas un partisan du CH. Je suis contre les casseurs, et je ne veux pas qu'on m'associe à eux.» Jean vous dit aussi que les casseurs donnent une très mauvaise réputation aux partisans du Canadien, et que c'est pour cette raison qu'il faut bien veiller à distinguer les bons des mauvais partisans.

Il a beau dire, n'empêche que lorsqu'on lui parle des partisans du CH, c'est aux casseurs qu'il pense en premier. Pourtant, Jean vient d'être nommé président d'un club littéralement porté par la fidélité de ses partisans depuis sa fondation. Des gens dédiés, qui font vivre l'équipe en achetant des billets de saison (plutôt chers, soit dit en passant) et une foule de produits dérivés. Que serait le Canadien sans eux ? Sans TOUS ses partisans ? Mais Jean, bien qu'il admette l'importance «historique» des partisans, préfère fréquenter les loges corporatives et ceux qui pratiquent une partisanerie ordonnée. Et d'ailleurs, pourquoi associer casseurs et partisans du Canadien ? On pourrait lui répondre assez facilement qu'il y a des partisans casseurs chez toutes les équipes et qu'ils sont des casseurs avant d'être quoi que ce soit d'autre.

On est féministe comme on est partisan du Canadien. À ce point-ci, peu importe ce que dira la ministre Thériault, elle est à l'image du Jean de mon histoire : elle préside une équipe qu'elle apprécie modérément et pense que la militante féministe lambda est une énervée qui déteste les hommes. Une casseuse, quoi.

Eh bien non, les féministes ne sont pas toutes des énervées. Elles sont passionnées et engagées dans un des plus longs matchs de hockey jamais disputé : celui pour l'égalité des sexes. C'est dur et même, parfois, un peu enrageant. Elles ont besoin de savoir que celle qui siège aux plus hautes sphères de leur club est réellement solidaire avec l'équipe et tous ses partisans, partisanes. On ne se contenterait jamais d'un Jean pour le Canadien...

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