LES BLOGUES
08/04/2019 11:10 EDT | Actualisé 09/04/2019 09:51 EDT

Enfants éduqués à la maison... adultes bien adaptés?

On s’inquiète de la socialisation de ces jeunes, de leur niveau de connaissances, de leur taux de diplomation, de leur capacité d’intégration dans le système d’éducation, etc. Qu'en est-il vraiment?

Un sondage informel a été réalisé auprès d'adultes de partout au Québec qui ont fait l'école maison quand ils étaient jeunes. Les témoignages recueillis pourraient vous surprendre! Écoutons-les...
Westend61 via Getty Images
Un sondage informel a été réalisé auprès d'adultes de partout au Québec qui ont fait l'école maison quand ils étaient jeunes. Les témoignages recueillis pourraient vous surprendre! Écoutons-les...

Les familles qui font l'école maison font souvent l'objet d'idées préconçues en ce qui concerne les résultats d'une telle approche à long terme. Notamment, on s'inquiète de la socialisation de ces jeunes, de leur niveau de connaissances, de leur taux de diplomation, de leur capacité d'intégration dans le système d'éducation et de leurs chances de réussite pour décrocher un emploi par la suite.

Les médias ont tendance à véhiculer l'image d'enfants qui grandissent isolés, qui restent dépendants et renfermés parce qu'ils auraient été trop longtemps couvés par leurs parents et qui ne s'ajustent pas bien au stress ou aux contraintes de la vie adulte.

Mais est-ce vraiment le cas? Et si on demandait aux jeunes et aux adultes eux-mêmes?

Un sondage informel a été réalisé auprès d'adultes de partout au Québec qui ont fait l'école maison quand ils étaient jeunes. Les témoignages recueillis pourraient vous surprendre! Écoutons-les...

Les enfants d'école maison, pas «socialisés»?

On pourrait penser que les enfants n'ayant jamais fréquenté l'école ne développent pas les qualités interpersonnelles essentielles pour intégrer le système scolaire par la suite. Pourtant, selon l'expérience de ces enfants, l'école à domicile ne se limite pas à remplir des cahiers en restant à la maison... «On peut apprendre ailleurs que dans une salle de classe: dans les musées, en voyage, etc. On apprend le respect des autres et l'ouverture aux différentes cultures.» (Justine Villeneuve, 20 ans)

Les répondants au sondage ont vécu des expériences épanouissantes, riches en contacts sociaux et, de façon générale, ils ont su s'adapter tout à fait adéquatement au milieu scolaire, avec parfois quelques ajustements nécessaires. Ils rapportent avoir eu de la facilité à s'intégrer socialement et à se faire des amis.

Rachel Mathieu, 19 ans, raconte son cheminement: «À la maison, mes parents m'ont appris à garder une éthique de travail exemplaire, à gérer mon attitude et mes émotions envers les autres et à faire preuve de compassion. Quand je suis entrée à l'école secondaire à l'âge de 13 ans, l'adaptation a été difficile, mais depuis, j'ai une grande facilité à m'adapter à différents contextes et situations. Je vois donc cette étape de ma vie comme un apprentissage qui m'a beaucoup aidée.»

«La première fois que j'ai mis les pieds dans une école, c'était pour faire mon baccalauréat en traduction. Tout ce que je peux dire, c'est que je n'ai eu aucun problème à suivre le reste de la classe et à me faire des amis!» (Kateri Bernier, 26 ans)

Obtiennent-ils un diplôme?

Pour la quarantaine de répondants au sondage, les avenues empruntées après leurs études secondaires étaient nombreuses et variées, tout comme les domaines d'études en cours ou les diplômes acquis: attestation d'études collégiales en éducation à l'enfance, baccalauréat en traduction, diplôme d'études professionnelles en secrétariat, technique en audioprothèse, ostéopathie, baccalauréat en musique au conservatoire, formation continue dans le domaine agricole, baccalauréat en sciences comptables, certificat en sciences sociales, diplôme technique en documentation, certificat en gestion de l'information numérique, technique de gestion de projets en communication graphique, etc.

Selon le Centre canadien pour l'école maison (CCHE, 2009), les diplômés de l'école maison détiennent en plus grande proportion un baccalauréat, une maîtrise ou un doctorat que la population générale.

«Mon expérience d'école maison m'a permis de développer une immense autonomie d'apprentissage, la confiance en moi et une grande curiosité que je garde encore à ce jour. J'ai obtenu mon baccalauréat en sciences infirmières en mai 2018 et je travaille comme infirmière clinicienne depuis.» (Anne-Marie Légaré, 24 ans)

«J'ai obtenu un diplôme d'études collégiales en sciences de la nature. J'ai ensuite terminé un baccalauréat en mathématiques. Je termine présentement une maîtrise en mathématiques pures, concentration enseignement. Je fais du tutorat depuis huit ans, je suis également chargée de cours à l'université et tutrice externe au cégep.» (Amélie Compagna, 27 ans)

Décrocher un emploi après avoir fait l'école maison?

Il semble que le fait d'avoir étudié hors du système scolaire ne limite pas les chances pour les jeunes d'école maison de poursuivre une carrière ni de trouver un emploi, au contraire. Selon certaines études américaines, ces jeunes seraient même recherchés par les employeurs pour leur sens de l'initiative, leur créativité, leur flexibilité et leur esprit d'entrepreneuriat.

«Je suis propriétaire de l'entreprise que j'ai démarrée il y a quatre ans, à l'âge de 17 ans, et je suis auteure de romans que j'espère publier bientôt. J'ai aussi travaillé de façon saisonnière pour différentes entreprises et je n'ai eu aucun problème à m'intégrer dans les équipes et à gérer les différents types de travail. L'éducation à domicile m'a aidée à vaincre mes faiblesses et à apprendre concrètement à gérer les problèmes du quotidien de la vie adulte.» (Rosalie Villeneuve, 21 ans)

«En postsecondaire, j'ai étudié en administration et en traduction. J'ai eu une entreprise de détail pendant quelques années et par la suite je suis devenue professeure d'anglais, langue seconde, à l'école aux adultes. Depuis 2009, je gère une agence de traduction et je suis également productrice maraîchère pour notre ferme en démarrage.» (Rachel Connolly, 38 ans)

«Mon intégration au cégep et à l'université a été très facile. Je suis présentement adjointe administrative de direction dans une entreprise de construction. Je n'ai jamais eu de problème à me trouver un emploi ni à le garder. Mes employeurs ont toujours été très satisfaits de mon travail.» (Esther, 25 ans)

Sont-ils bien préparés à la vie adulte?

La plupart des adultes questionnés estiment que l'éducation à la maison les a bien préparés à faire face aux exigences de la vie adulte.

Katerine Charbonneau, 35 ans, une femme pétillante de vie est certainement un exemple de «succès» de l'école maison. Après avoir fait ses études primaires et secondaires entièrement à la maison, Katerine a passé pour la première fois des examens pour obtenir son diplôme d'études secondaires. Elle a ensuite poursuivi ses études collégiales, puis universitaires, pour compléter son diplôme de médecine familiale en 2011. Elle pratique maintenant comme médecin de famille.

«J'ai beaucoup aimé mon expérience d'école maison. En tant qu'adulte, j'ai conservé comme principe de vie celui d'être un «lifelong learner» (apprenant perpétuel). Mes parents se sont beaucoup investis pour que je devienne une adulte responsable, impliquée et consciencieuse.»

«J'ai reçu tout ce dont j'avais besoin pour me préparer à la vie adulte avec un bagage plus riche que mes camarades du même âge. Je me considère choyée d'avoir reçu cette éducation!» (Kimberly Fournier, 27 ans)

L'école maison, une expérience positive ou non, globalement?

Pour la très grande majorité des répondants, l'expérience des apprentissages en famille s'est avérée un franc succès. Ils en parlent de façon très positive et ne changeraient rien à leur cheminement! «L'école maison m'a permis d'apprendre à mon propre rythme. J'ai adoré!» (Alex Saumure, 22 ans.)

Plusieurs remercient leurs parents de leur avoir permis d'explorer leurs intérêts et d'étudier à leur vitesse. Ils sont particulièrement heureux d'avoir pu prendre des initiatives et d'avoir pu s'instruire de façon autodidacte, souvent plus rapidement qu'à l'école. «L'école à la maison m'a permis d'apprendre à aimer apprendre!» (Thomas Picard, 18 ans)

Félix Gauthier-Mamaril, 24 ans, a intégré le système d'éducation directement au niveau universitaire et il est détenteur d'une maîtrise en philosophie. Un des points forts de son éducation à la maison a été «l'encadrement intellectuel encourageant une pensée autonome, libre et critique».

Pour plusieurs jeunes, comme A.-L. Godfrey et Manouka Douillard, l'école maison a été l'occasion de faire de nombreux voyages riches en apprentissages divers, notamment les langues.

Nicolas Houle, 19 ans, affirme: «Être élevé en dehors du moule m'a ouvert les yeux sur plusieurs aspects de la vie. Si je me fie à mes amis qui ont eu le même parcours que moi, ils sont tous autant satisfaits que moi d'avoir fait l'école maison. Je crois que cette pratique devrait être favorisée au Québec.»

À la lumière de ces témoignages, il est peut-être temps, comme société, de revoir l'idée que nous nous faisons des enfants éduqués à domicile. C'est un parcours certes différent de celui suivi par la majorité des jeunes Québécois, mais qui gagnerait à être mieux connu pour tous les fruits qu'il porte chez les jeunes qui vivent cette expérience unique!

À LIRE AUSSI:

» Pourquoi les maladies cardiaques tuent plus de femmes que d'hommes?
» Endométriose: j'ai commencé à vivre après l'ablation de mon utérus et de mes ovaires
» Développement professionnel: un remède contre le mal-être des enseignants?

La section des blogues propose des textes personnels qui reflètent l'opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.