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23/10/2014 12:06 EDT | Actualisé 22/12/2014 05:12 EST

L'autre, le virus et nos tanières

L'autre et le virus ont le point commun de venir d'ailleurs pour faire du mal à «nous» qui sommes d'ici. Le virus peut s'attraper au contact de l'autre et l'autre peut parfois être assimilé à un virus.

Avec le développement d'Internet et des réseaux sociaux ces dernières années, on assiste à une multiplication des sources de contenus et à l'irruption sur la scène médiatique des citoyens du monde comme diffuseurs de l'information. Une situation qui ne manque pas de faire perdre du terrain et de l'influence aux médias traditionnels, lesquels essayent de résister à cette révolution communicationnelle. Un des moyens qui leur permettent de survivre est de jouer sur les peurs collectives, de les entretenir voire même de les amplifier.

Les peurs de l'autre et d'épidémies virales font partie des sujets qui boostent les audiences des médias audiovisuels et le lectorat de la presse écrite. C'est sans doute pour ces raisons que de tels sujets sont relayés à n'en plus en finir et que plusieurs commentateurs se spécialisent dans leur traitement, contribuant ainsi à la dégradation du climat et des liens sociaux qui sont déjà si fragiles en ces temps de crise et d'incertitude économique. L'autre et le virus sont alors tour à tour désignés comme les ennemis qui menaceraient jusqu'à l'existence de la société. La table est ainsi mise et le reste n'est qu'une question de scénarios et de casting.

L'autre est visible. Il a une couleur, un accent. L'autre, c'est l'étranger, celui qu'on ne connait pas, qui est différent et veut le rester, qui ne veut pas s'assimiler ou - pire - qui veut «nous» transformer pour faire revenir le temps des noirceurs.

Le virus, c'est cette entité invisible qui passe d'un corps à un autre, d'un pays à un autre. Il n'a pas besoin de visa, se multiplie et pourrait faire des centaines de milliers de victimes.

Pour ces médias, l'autre et le virus ont le point commun de venir d'ailleurs pour «nous» faire du mal, à «nous» qui sommes d'ici. Le virus peut s'attraper au contact de l'autre et l'autre peut parfois être assimilé à un virus par sa capacité à se multiplier et à «infecter» plus de tissus.

Pour entretenir ces peurs, les médias ont tout de même besoin de quelques faits, ce que ce monde instable et complexe ne manque pas de leur fournir. Ils ont besoin d'associer l'autre avec quelques atrocités commises par des individus ou des groupes extrémistes contre «les nôtres» et ceux qui «nous» ressemblent. Il suffit enfin qu'un virus franchisse «nos» frontières, qu'il fasse une victime pour que la psychose soit décrétée.

Pourtant, les principales victimes du virus et de l'autre - tant craints - ne sont pas d'ici, mais d'ailleurs. C'est bien en Afrique que les victimes du virus Ebola se comptent par milliers et c'est aussi en Afrique et au Moyen-Orient que le terrorisme islamiste a fait des centaines de milliers de morts. D'un autre côté, tous les auteurs des atrocités ne viennent pas d'ailleurs. Il est intéressant de noter la propension des mêmes médias à chercher des excuses et à «diagnostiquer» des maladies mentales aux auteurs d'attentats quand ils ont des yeux bleus et portent un nom occidental. C'est à croire qu'il est important d'ancrer l'idée que le mal ne peut être que l'œuvre préméditée de l'autre. Sinon, quand le coupable est des «nôtres», on doit démontrer qu'il s'agit d'un geste d'un égaré mental, du résultat d'une folie passagère ou d'autres circonstances atténuantes.

Dans ce monde dit «civilisé», où de plus en plus de personnes sont endettées et éprouvent des difficultés à joindre les deux bouts, où l'on s'attaque aux régimes de retraite, aux dispositifs de filet social et aux allocations familiales fragilisant davantage les classes moyennes et populaires, ces peurs entretenues ont pour effet - outre la survie de médias charognards - de retarder la prise de conscience des peuples. Notamment envers les vraies menaces que font courir, à l'humanité, les puissances mondiales et leurs vassaux: chômage de masse, guerres sans fin, maladies et famine. À nous qui vivons ici - que nous soyons nés ici ou que nous venions d'ailleurs - d'oser sortir de nos tanières respectives pour faire face ensemble à tous les dangers qui guettent notre société et le monde entier.

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