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27/03/2019 14:51 EDT | Actualisé 27/03/2019 14:53 EDT

Passer à autre chose: contribution au débat sur la laïcité

Ce besoin du peuple d'avoir le contrôle sur la société à construire, la CAQ l'a sans doute compris. Le problème, c'est l'utilisation qu'elle en fait.

Samere Fahim Photography via Getty Images
Un répit qui pourrait être utilisé pour faire de la pédagogie, rassurer, rapprocher les minorités de la majorité et pourquoi ne pas fraterniser.

Je suis militant de Québec solidaire, ex-candidat dans Chomedey, issu de l'immigration et de la minorité musulmane et, dans le débat sur la laïcité, je défends l'option A, inspirée des recommandations de la Commission Bouchard-Taylor.

Je suis arrivé au Québec en 2006. Quand on pense à cette année-là, on se remémore évidemment la crise des accommodements et le code d'Hérouxville, et ses préjugés envers les musulmans. Depuis, les immigrants et les citoyens musulmans servent de chair à canon aux partis pour gagner des élections et les faire perdre à leurs adversaires.

Il est d'abord utile de rappeler que la période des années 2006-2015, qui a vu l'arrivée au Québec d'un grand nombre d'immigrants en provenance des pays musulmans, coïncidait avec le phénomène de généralisation du port du voile dans ces pays.

Résultat: au Québec, on assiste à une plus grande visibilité de la religion musulmane, quelques années seulement après les attentats du 11 septembre et la décennie noire du terrorisme en Algérie et à peine quelques décennies après que le peuple québécois ait pu se débarrasser du dictât de l'Église sur à peu près tous les aspects de la vie.

Ces dizaines de milliers de citoyens québécois de confession musulmane n'ont pas connu un autre contexte politique dans lequel ils pouvaient échapper aux discours et commentaires médiatiques remettant en cause leur capacité d'intégration et impactant leur insertion professionnelle.

À ce titre, en 2007, le taux de chômage chez les immigrants maghrébins, qui avaient cinq ans ou moins de présence au Québec, était de 27,9%, bien loin du taux global au Québec, alors de 6,3%.

Que faut-il retenir du Québec des 12 dernières années, sur le plan politique?

Ascension de l'ADQ, charte des valeurs, élection fédérale de 2014 et la campagne sur le niqab, l'attentat de la mosquée de Sainte-Foy, la multiplication d'incidents à caractère haineux, la montée du discours islamophobe et anti-immigration et éclosion de groupes d'extrême droite qui agissent désormais au grand jour.

Le rapport de la Commission Bouchard-Taylor, dont les représentants avaient parcouru le Québec pour aller à l'écoute de la population et qui avait coûté 5 millions de dollars aux contribuables est publié en 2008, en suscitant beaucoup d'espoir. Il finira sur les tablettes alors que le climat social continuera de se détériorer.

Face à ce tableau sombre, il est compréhensible que lorsqu'on fait partie de ces communautés sans cesse stigmatisées, on peut juste espérer passer à autre chose, et obtenir un répit.

Un répit qui pourrait être utilisé pour faire de la pédagogie, rassurer, rapprocher les minorités de la majorité et pourquoi ne pas fraterniser.

Cette autre chose, c'est justement ce qu'offre le compromis Bouchard-Taylor, une solution sans doute loin d'être parfaite, mais qui pourrait permettre au peuple québécois de cheminer vers la construction d'une société laïque et réellement inclusive.

Le rapport Bouchard-Taylor répond aussi aux inquiétudes et aux craintes d'une partie importante de la population au sujet de l'impact des changements que connait le Québec avec l'apport de l'immigration, notamment sur la place de la religion dans la société.

En proposant la mise en place de balises pour gérer les cas d'accommodements, de légiférer sur le port des signes religieux pour certains agents de l'État en position d'autorité coercitive, qui portent des uniformes et dont non seulement la neutralité, mais aussi son apparence sont importantes, Bouchard-Taylor répond à ces inquiétudes en montrant que l'État québécois a le contrôle sur les changements que connait notre société.

Ce besoin du peuple d'avoir le contrôle sur la société à construire, la CAQ l'a sans doute compris. Le problème, c'est évidemment l'utilisation qu'elle en fait. Québec solidaire en ferait un meilleur usage. Un nouveau «Maître chez nous».

Les délégués du prochain Conseil national décideront de la position que défendra QS lorsque le gouvernement déposera son projet de loi. Projet qui cible particulièrement les femmes voilées. Ce que ne fait pas l'option A, je souhaite le rappeler à ceux qui critiquent notre position sur cette base. Elle ne les cible pas, pour la simple raison qu'il n'y en a sans doute aucune qui exerce l'un des métiers concernés.

J'appelle donc à un débat respectueux qui préserve l'unité de notre parti et pour cela, les critiques de la position adverse ne devraient pas franchir la ligne rouge au-delà de laquelle il serait difficile de guérir les blessures et de préparer Québec solidaire à s'opposer de façon efficace au projet de loi de la CAQ.

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