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07/02/2017 09:09 EST | Actualisé 07/02/2017 09:09 EST

Un drame qui peut nous faire grandir

Quand on rend responsable de la tuerie de Québec, des groupes d'extrême droite ultra-minoritaires, il faut aussi dénoncer les groupuscules intégristes qui incitent à la haine que ce soit à Montréal ou ailleurs. Il faut faire cette réflexion et on pourra peut-être contribuer à éviter de nouveaux drames.

Dans son discours lors de l'émouvante cérémonie funéraire des victimes de l'attentat de 29 janvier, le premier ministre du Québec, M. Philippe Couillard, a expliqué avoir « fait exprès de répéter » certains mots et expressions religieuses en arabe comme « Allahou Akbar » (Dieu est grand) pour montrer que ces mots et ces expressions peuvent aussi être associés à de belles choses comme l'amour du prochain, la communion, et la solidarité et non plus seulement aux images d'attentats et atrocités commis par les groupes djihadistes dans plusieurs endroits au monde.

Il faut bien sûr que « les bottines suivent les babines », mais il s'agit là d'un message qui honore le chef de gouvernement et, à travers sa fonction, le Québec en entier. Il est destiné à rappeler que la nation québécoise est riche de sa diversité et à souhaiter que l'islam et les musulmans ne servent plus d'épouvantail pour faire peur aux gens et pour obtenir les voix d'électeurs effrayés par la visibilité de cette religion dans la société québécoise. Cette visibilité est en effet de plus en plus grande en raison de l'arrivée de milliers d'immigrants en provenance des pays du Maghreb et du Moyen-Orient, mais parfois aussi - il faut bien le reconnaitre - à cause de comportements excessifs comme certaines demandes d'accommodements religieux.

Oui, l'islam, tout comme d'autres religions et croyances, peut-être le véhicule de belles valeurs de solidarité, de fraternité et de justice.

Le message du premier ministre, et surtout la dignité dans laquelle la tragédie de la grande mosquée de Québec a été vécue par les familles des victimes, les communautés musulmanes et au-delà par la majorité de la population inciteront peut-être certains de nos concitoyens à découvrir d'autres facettes de l'islam ou en tout cas à ne plus le voir comme une religion foncièrement violente, misogyne et incompatible avec la modernité.

Cette instrumentalisation a fait beaucoup de dégâts et de victimes, notamment au sein des populations musulmanes.

Après, et dans d'autres circonstances, Philippe Couillard aurait pu ajouter qu'il faudrait arracher l'islam de l'emprise de ceux qui en font un mauvais usage. Il est en effet nécessaire de lutter contre son instrumentalisation, par des groupes et des prédicateurs haineux. Cette instrumentalisation a fait beaucoup de dégâts et de victimes, notamment au sein des populations musulmanes.

Il est urgent de retrouver l'islam, tel que vécu et connu, de nos parents, de nos grands-parents et des sociétés majoritairement musulmanes pendant plusieurs siècles. Un islam d'ouverture et de tolérance et surtout un islam sans clergé.

L'examen de conscience auquel invitent plusieurs citoyens et citoyennes après la tuerie de Québec vise les responsables politiques et les médias. Il doit inclure les leaders d'opinion des communautés musulmanes aujourd'hui endeuillées par la perte de six de leurs coreligionnaires dans des conditions tragiques. Certains de ces leaders ont pointé du doigt, et à juste titre, les commentateurs de certains médias, qui ont font des questions de l'islam, du voile, des musulmans et du terrorisme, un fonds de commerce.

Mais, quand on rend responsable de la tuerie de Québec, des groupes d'extrême droite ultra-minoritaires, il faut aussi dénoncer les groupuscules intégristes et des prédicateurs qui incitent, par leur discours, au djihad et à la haine que ce soit à Montréal ou ailleurs. Il faut faire cette réflexion et on pourra peut-être contribuer à éviter de nouveaux drames.

Pour incarner réellement la fonction d'homme d'État, le chef du gouvernement a besoin, lui, de s'adresser rapidement au peuple québécois pour rappeler que sa participation à une cérémonie religieuse musulmane n'est pas une entorse au principe de séparation de la politique et de la religion, qu'elle est encore moins une porte ouverte au retour du pouvoir des religieux et que le Québec demeurera une société laïque et que s'il y a des lois à adopter pour le préciser davantage, elles le seront en concertation avec tous les représentants et toutes les représentantes du peuple québécois, et surtout, loin de toute instrumentalisation à des fins électoralistes.

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