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26/06/2015 10:41 EDT | Actualisé 26/06/2016 05:12 EDT

Autres temps, autres moeurs...

ENSEIGNER AU 21e SIÈCLE - Je ne vous surprendrai pas en vous disant que le monde de l'enseignement a beaucoup évolué au cours des dernières décennies. Je tiens à vous raconter deux anecdotes, la première négative, l'autre positive.

Je ne vous surprendrai pas en vous disant que le monde de l'enseignement a beaucoup évolué au cours des dernières décennies. Je tiens à vous raconter deux anecdotes, la première négative, l'autre positive. Une vécue au début de ma carrière, l'autre vers la fin. Elles viendront confirmer l'évolution dont je viens de vous parler.

Je commence donc à enseigner à l'âge de 18 ans après avoir obtenu un brevet d'enseignement d'une école normale de Montréal. On est en 1965. À cette époque, les écoles normales étaient celles qui formaient les futurs enseignants. J'arrive donc avec mon bagage d'études que je poursuis à l'Université de Montréal tout en enseignant à temps plein.

Je me retrouve dans une école non mixte de Montréal. L'école est dirigée par un frère directeur dont je tairai le nom, bien qu'il soit décédé aujourd'hui, ainsi que le nom de sa communauté. J'ai donc 36 élèves sur les bras en deuxième année du primaire. Uniquement des garçons. Je me souviens d'un élève entre autres. Celui dont je désire vous parler. Il n'a que 8 ans de différence d'âge avec moi, car il recommence pour la troisième fois sa deuxième année. Il «triplait», comme on disait à l'époque. C'est donc moi qui hérite de ce jeune dans ma classe. Je me souviens encore de son prénom et de son nom après tant d'années.

Avec les mois, ce jeune garçon devient un élément perturbateur dans mon groupe. Il est très turbulent et peu intéressé au travail scolaire. Il a 10 ans, les autres en ont 7. La différence d'âge se fait sentir.

Bref, comme je n'ai aucune expérience dans l'enseignement, je décide d'avoir recours au frère directeur pour m'aider avec cet élève. Pas de psychologue dans les écoles à cette époque. Je lui demande donc de le rencontrer afin de lui parler de son comportement et de l'amener à réfléchir sur sa conduite. Ce qu'il accepte. Mais dans les faits, ce n'est pas cela qui se produit.

Au moment où je m'y attends le moins, le frère directeur entre dans la classe avec une épaisse courroie de cuir entre les mains. Il appelle l'élève en question, le place devant la classe, lui dit de tendre les mains et le frère directeur commence à le frapper de toutes ses forces. L'enfant pleure. Il souffre. Il ne comprend pas. Il est humilié. Il est traumatisé. Je suis bouleversée! Je ne m'attendais pas à cela. Je n'avais pas appris à l'école normale, chez les religieuses, que le châtiment corporel existait dans les écoles...

Cet enfant qui est adulte maintenant doit se souvenir de cette fâcheuse expérience que, personnellement, je n'avais même pas imaginée... Durant les deux années passées à cette école, je n'ai jamais plus eu recours à la direction au sujet d'un élève en difficulté. Heureusement que de nos jours, la maltraitance n'existe plus dans les établissements scolaires!

Je tiens à vous parler maintenant d'une expérience positive parmi d'autres. On peut considérer cela comme une réussite tant pour l'élève que pour moi.

Il s'agit d'un enfant très faible académiquement à qui je dois faire reprendre sa deuxième année. La directrice de l'école désire qu'il la recommence dans la classe d'une collègue. Je ne m'oppose pas bien que, connaissant ses faiblesses, je me disais que je saurais très bien comment l'aider.

Nous sommes donc au début des années 2000, plus précisément à la fin du mois d'août. Tous les élèves de deuxième année sont rassemblés au gymnase afin que chaque titulaire fasse l'appel de son groupe respectif. Lorsque ce dernier est formé, l'enseignante se dirige avec celui-ci dans son local de classe.

«Cet enfant est pour moi plus qu'un élève. Il devient presque mon enfant.»

Soudainement, la directrice, qui est très humaine, entre dans mon local pour me dire que l'élève que je fais doubler est dans le corridor et qu'il refuse catégoriquement d'entrer dans son nouveau local de classe avec ma collègue. Elle me demande si j'accepte de le prendre dans mon groupe pour une autre année... Ce à quoi j'acquiesce immédiatement, car c'est ce que je désirais le plus.

Il entre donc avec le plus beau des sourires, que je m'empresse de lui rendre. Je sais que cet enfant vient de perdre sa mère dans un accident d'automobile. Il est pour moi plus qu'un élève... Il devient presque mon enfant. Tout au long de cette nouvelle année scolaire, je lui donne des cours de récupération en français et en mathématiques... Et surtout beaucoup d'affection.

Comme vous pouvez le constater, l'approche des enfants a beaucoup évolué au fil du temps et fort heureusement. Personnellement, j'ai continué ma carrière jusqu'en 2007 et j'ai pris ma retraite avec, en tête, plein de beaux souvenirs que je pourrais encore vous raconter.

Je peux me permettre de dire que l'enseignement est non seulement une carrière mais en réalité une belle vocation!

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