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15/05/2016 09:04 EDT | Actualisé 16/05/2017 05:12 EDT

Rome: fastes et déclin de la République

Au IIIe et IIe siècle av. J.C., Rome accrut considérablement sa puissance avec le contrôle d'une partie du pourtour méditerranéen, devenu le centre du monde antique et le haut lieu d'échanges.

Au IIIe et IIe siècle av. J.C., Rome accrut considérablement sa puissance avec le contrôle d'une partie du pourtour méditerranéen, devenu le centre du monde antique et le haut lieu d'échanges. Les Romains ne cachaient pas leur ambition de monopoliser le commerce tant sur la partie occidentale de la Méditerranée que sur la zone orientale. Pour atteindre ce but, ils devaient avant tout dominer les peuples concurrents, notamment les Etrusques, les Grecs et les Carthaginois, ce qu'ils firent brillamment grâce à un jeu d'alliances et de revirements. À la fin du troisième siècle avant notre ère, Rome contrôlait toute l'Italie, la Grèce et après trois grandes guerres meurtrières, elle anéantit la civilisation phénicienne de Carthage en Afrique du Nord. La République romaine pouvait désormais étendre son empire de l'Atlantique à l'Asie mineure.

Cependant, cette expansion ne se fit point sans conséquence pour la civilisation romaine. Les conquêtes entraînèrent des changements sociaux, moraux et religieux considérables. Rome avait peut-être défait des civilisations plus faibles militairement, mais d'un point de vue culturel, celles-ci étaient loin d'être vaincues.

Bouleversement moral

Il suffit à peine de deux générations pour que les vieilles traditions romaines s'estompassent. L'austérité des vieux Romains laissa place aux dépenses effrénées des jeunes; le mode de vie tendit vers l'oisiveté. La culture et les mœurs sexuelles s'hellénisèrent et le civisme républicain devint corrompu par le matérialisme.

Culture

En l'espace de 283 ans, la ville Éternelle célébra 181 victoires. Ces triomphes apportèrent à Rome une quantité d'argent et de trésors considérables acquis grâce aux butins, aux tribus, aux pillages et à un système fiscal à la fois rude et efficace, permettant à l'État de faire des dépenses colossales. Une partie de cette somme servit à construire temples, monuments, aqueducs, routes, théâtres et cirques. Ces derniers se multiplièrent, car la population plus oisive à cause de l'arrivée massive d'esclaves réclamait continuellement des fêtes et des jeux. Avec le temps, son goût changea et elle exigea des festivités plus licencieuses et des spectacles à fortes sensations. Ainsi les cirques empruntèrent-ils les combats de gladiateurs aux Étrusques et les luttes avec les fauves aux Puniques. Les gladiateurs étaient faciles à trouver, car la plupart étaient esclaves. Ces derniers devinrent un élément essentiel à la vie économique de la République.

Pédagogie

Certains possédaient même des postes déterminants pour l'évolution de la société. Comme les Italiens conservaient un certain complexe d'infériorité envers la culture hellénique, il devenait naturel dès lors pour les riches familles patriciennes de confier l'éducation de leurs enfants à des pédagogues grecs qui ne se privèrent point à corrompre la pensée stoïque romaine. La littérature et le théâtre romains n'y échappèrent pas et finirent par s'imprégner de l'hellénisme. Par exemple, Plaute et Terence adaptèrent des pièces grecques tandis que Fabius Pictor rédigea ses écrits en grec.

Sexualité

L'ascendant de la civilisation hellénique fut tel qu'il changea même les attitudes sexuelles. En effet, l'homosexualité et la pédérastie s'introduisirent à Rome et devinrent pratique courante, du moins avec les esclaves: les éphèbes travaillaient dans les belles villas romaines alors que les moins beaux étaient envoyés dans les latifundia. Ceux qui disposaient d'une bonne instruction en profitèrent pour exploiter leurs maîtres et furent ainsi plus nombreux à obtenir leur liberté. L'affranchissement devint un outil nécessaire pour gagner une mobilité et une paix sociales. Pour les femmes libres, l'insertion était plus difficile et beaucoup avaient recours à la prostitution pour subvenir à leurs besoins. Dès lors, on assista à un relâchement des mœurs généralisé.

Matérialisme

Quant à la frugalité latine, elle vécut ses dernières heures avec les influences grecques et orientales. Les Romains prirent goût au luxe et à la fine cuisine, en particulier les bons vins, les épices et les mets à base de poissons - considérés auparavant comme des plats efféminés. Ils adoptèrent la tenue vestimentaire orientale faite de tissus légers dont certains étaient parfois transparents et commencèrent à se parfumer et à collectionner les vases grecs. Cette hellénisation de Rome eut bien sûr ses détracteurs, dont Caton l'Ancien ou Diodore de Sicile; ce dernier allant jusqu'à déclarer: «le changement des mœurs mène à la perte de Rome». Plus grave, l'hellénisation entraînait la disparition d'un certain civisme du citoyen romain. L'homme latin devint corruptible en échange de simples avantages matériels. Certains consuls refusèrent même d'être mutés dans des provinces pauvres. Dorénavant, les intérêts personnels primaient sur ceux de l'État. Pour sa part, Caton l'Ancien, très méfiant envers les influences étrangères, vilipenda les nouvelles mœurs romaines et les bouffonneries des jeunes citoyens. Enfin, il prôna la destruction totale de Carthage, qu'il obtint trois ans après sa mort, en 146 av. J.C.

Bouleversement religieux

La religion romaine ne fut pas épargnée par les nouvelles influences étrangères. Le scepticisme apporté par les Grecs ébranla les croyances latines. Le pythagorisme, l'orphisme, l'épicurisme séduisirent beaucoup de citoyens. Pire, l'école d'Athènes, par son investigateur, Carnéade, remit en cause la philosophie stoïcienne, et fit douter les jeunes élèves romains sur les valeurs fondamentales de leur République et même sur leurs dieux. Toutefois, le vieux Caton parvint à chasser les philosophes de cette école en 154 av. J.C.

Le vide religieux créé par ce nouveau scepticisme fut très vite comblé par les nouveaux cultes d'Orient, notamment ceux de Sarapis et d'Isis. Les divinités orientales séduisaient par leur nouveauté et parfois par leur violence. Un culte qui scandalisa Rome en 186 av. J.C. fut celui de Bacchus. Les Bacchanales donnaient lieu régulièrement à des excès sexuels, à des orgies et à des actes sanguinaires pendant les cérémonies. On n'établissait aucune distinction sociale ou sexuelle. La dangerosité de ce culte provenait d'une absence de considération hiérarchique. Après enquête, le Sénat dénombra cinq mille excès. La répression fut impitoyable, sept mille têtes furent tranchées.

La destruction de la classe moyenne

Plus inquiétant pour les institutions de la République, les conquêtes entraînèrent la disparition de la classe moyenne. Même si les représentants de la Plèbe, les Tribuns, étaient reconnus et respectés de l'ensemble de la société, ils participèrent néanmoins à cette politique qui leur permettait de mettre leurs vétérans à des postes clés dans ces nouvelles entités. En l'espace de vingt années, on leur attribua vingt-trois colonies.

Même si le peuple romain ne vivait pas dans l'arbitraire sous la République, nombreux étaient ceux qui connaissaient la misère, qui s'accrut avec les conquêtes qui faisaient disparaître la classe moyenne: Rome avait besoin de soldats et la conscription obligatoire jusqu'à l'âge de 30 ans créait un déséquilibre démographique au sein de cette classe, d'autant plus qu'il fallait participer à dix expéditions militaires pour avoir le droit à un poste dans la magistrature, ce qui incitait beaucoup d'hommes à s'enrôler jusqu'à l'âge de 46 ans. À cela, s'ajoutait l'inflation galopante, conséquence directe de l'arrivée massive de butins. La hausse des prix généralisée ne fit qu'aggraver la paupérisation de la classe moyenne. Le fossé entre riches et pauvres s'accrut au fil des ans. Les trois quarts de la population étaient réduits à l'assistance sociale.

Les vieilles valeurs romaines - famille, rusticité et prévoyance - disparurent pour laisser place à la cupidité, à la vénalité et à l'oisiveté. L'ostentation du luxe et de l'abondance chez les uns contrastait avec la pauvreté croissante des autres. La République, par sa politique d'expansion, devenait sa propre ennemie. Ses jours étaient comptés... Une société qui ignore dans son ensemble les influences étrangères allant à l'encontre de ses valeurs fondamentales court inéluctablement à sa propre perte.

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