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26/05/2017 05:21 EDT | Actualisé 26/05/2017 05:21 EDT

France: de l'esprit des lumières à la vulgarité imbécile

Hanouna a condamné les actes homophobes du régime en Tchétchénie, mais le combat contre l'intolérance ne se résume pas à une protestation de courte durée. Le combat est un parcours quotidien consistant à accepter la différence et à dénoncer l'intolérance.

Habitant désormais entre l'Angleterre et la France (après avoir passé de nombreuses années au Canada), je me réhabitue petit à petit au mode de vie hexagonal, à l'exception de l'humour français diffusé à la télévision qui me semble outrageusement fielleux et sexiste, frôlant parfois même l'homophobie pourtant répressible par la loi. Je pensais que dans le domaine du Trash TV, l'Espagne et l'Italie remportaient haut la main la palme d'or de la poubelle audiovisuelle, mais il faut croire que la France les talonne dans ce domaine.

La notion du politiquement correct, ou celle de la retenue, n'est pas innée chez les Français ou plus généralement chez les Latins où les blagues grivoises sur les femmes et sur les homosexuels suscitent encore sourires goguenards ou rires gras. Dans la sphère privée, les plaisanteries racistes ou même macabres sur les juifs persistent et suscitent même un regain d'intérêt dans certaines communautés.

Dans le genre ordurier, un animateur du nom de Cyril Hanouna s'est particulièrement illustré au cours de son émission populaire « Touche pas à Mon Poste » où il a pris au piège un homosexuel qui répondait à une petite annonce à caractère sexuel. Certes, le langage restait fleuri, mais la vulgarité et la malveillance en demeuraient l'essence. Quel en était le but sinon celui de se valoriser en humiliant un « pédé »: voix efféminée, minauderies ridicules, maniérisme caricatural. N'aurait-il pu jouer le rôle d'un homme viril, policier par exemple, préférant les mecs ?

Non, cette vedette contemporaine du petit écran ne pense pas, mais pèse l'audimat (des couilles en or) : l'homosexualité est liée aux traits féminins, à un mépris de l'être « soumis » sexuellement, alors, il fait rire à gorge déployée les émasculés du cerveau.

On pourrait même parler ici de « follophobie », où l'homme efféminé est vilipendé parce qu'il ne correspond guère à la norme sociale, celle de la division des genres imposée par le système patriarcal. Le « fol homme » est associé à la femme, ce qui explique pourquoi les insultes homophobes en France sont au féminin : « tante, tata, tantouze, pédale, folle, tartouze ».

Homophobie rime avec misogynie : en Irak, les féministes l'ont bien compris, aussi condamnent-elles toute violence faite aux gays dont ils sont victimes depuis la disparition du régime de Saddam Hussein. Nombreux sont les homosexuels qui se font arrêter, violer et parfois tuer en prison dans les pays musulmans et même en Russie.

Certes, Hanouna a condamné les actes homophobes du régime en Tchétchénie, mais le combat contre l'intolérance ne se résume pas à une protestation de courte durée. Le combat est un parcours quotidien consistant à accepter la différence et à dénoncer l'intolérance. Les stars d'un soir ou d'une décennie doivent donner l'exemple en respectant la dignité d'autrui. Quand la méchanceté et la raillerie visent à dénoncer la tyrannie et à défendre les libertés, elles prouvent l'intelligence et le courage. N'est pas Voltaire qui veut. Quand la méchanceté et le gros rire flattent le voyeurisme, ils n'ont qu'un but : le racolage et la bassesse.

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