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21/04/2015 09:07 EDT | Actualisé 21/06/2015 05:12 EDT

Un devoir de mémoire

En Allemagne, on force chaque élève à visiter au minimum un camp de concentration pendant leur parcours scolaire : un moyen sincère d'affirmer leur volonté de ne jamais retomber dans le racisme et le génocide, on peut le croire indubitablement.

Dans le cadre d'une session d'études à l'étranger (à Bruxelles en Belgique) pour terminer mon baccalauréat en communication, politique et société de l'UQÀM, j'ai eu la chance, la semaine dernière, de m'évader un peu du territoire de la frite et de la bière pour me rendre en Bavière (Allemagne), à Munich plus précisément.

Étant un passionné d'histoire de la Seconde Guerre mondiale, la ville de Dachau d'où son tristement célèbre camp de concentration situé tout près de la capitale bavaroise me semblait un arrêt obligatoire lors de ce périple. Nul mention de vous rappeler les atrocités commises pendant le régime nazi à l'endroit des juifs, mais aussi de leurs opposants politiques, des homosexuels et des détracteurs du nazisme en général. Mine de rien, ce fut une journée difficile, mais nécessaire à mon avis, où les sentiments s'entrechoquaient en montagne russe lorsque le guide nous fait pénétrer la chambre à gaz et le crématorium d'origines. Les camps de concentration et d'extermination du régime nazi n'ont rien d'innovant : un amalgame de volonté de pouvoir, d'accroissement de l'économie et de racisme à l'extrême.

Néanmoins, j'ai été fasciné de voir autant de groupes scolaires allemands s'alimenter de l'histoire pour mieux comprendre, expliquer et commémorer un triste passé qui leur est douloureux pour chacun d'entre eux et elles. En Allemagne, on force chaque élève à visiter au minimum un camp de concentration pendant leur parcours scolaire : un moyen sincère d'affirmer leur volonté de ne jamais retomber dans le racisme et le génocide, on peut le croire indubitablement.

(étudiants parmi les ruines des baraquements du camp de Dachau)

D'ailleurs, ce périple d'une demi-journée à travers le camp de Dachau m'a permis de me questionner sur la société québécoise et son passé. Il m'est impossible de comparer les atrocités commises par le nazisme à ce que le peuple canadien français a pu commettre envers les autochtones, mais des similarités subsistent tout de même.

À une certaine époque, nos gouvernements canadiens, de concert avec le Québec, se sont arrogé le droit d'une volonté d'assimilation du peuple autochtone à la population « blanche d'Amérique ». On n'a pas tué ces autochtones de manière factuelle, mais en les cloîtrant dans des pensionnats hors de leurs communautés, on a tenté de tuer leur « âme » autochtone : on les empêchait de parler leur langue en tentant de les assimiler à la population canadienne française et, de surcroit, on leur fait vivre des calvaires physiques et psychologiques.

Si, dans une moindre mesure, le nazisme demeure tabou en Allemagne, dites-vous qu'il est irresponsable de notre part de rayer ce passage de l'histoire de nos cahiers et de notre parcours scolaire. S'il est vrai que le nazisme est un passage d'extrême racisme du peuple allemand, il n'en demeure pas moins que nous aussi avons notre lot de xénophobie, d'islamophobie, de discrimination, de racisme et d'exclusion sur le territoire québécois. Si nous désirons vraiment faire évoluer et progresser l'humanité, un devoir de mémoire s'impose. L'hypocrisie, ce n'est pas de faire comme si rien ne s'était passé, c'est déjà le cas. En fait, l'hypocrisie, c'est de banaliser notre passé comme si le Québec n'avait rien à se reprocher. Après tout, on est tellement un peuple égalitaire qui ne favorise pas les riches hommes blancs.

En mai prochain, cela fera 70 ans que la Seconde Guerre mondiale a pris fin et l'on peine à s'accepter les un-e-s et autres. La preuve, un sondage Léger réalisé en février dernier révélait qu'un.e Québécois.e sur cinq se dit raciste, c'est alarmant. Une personne sur cinq possède une certaine forme de mépris basée sur une différence, vraiment? On est en 2015, 70 ans après une guerre mondiale? Loin de se rappeler ce qu'on a commis de mal par le passé je suppose. D'après moi il y a quelque chose qui ne s'est pas passée entre le moment où l'on devait « speak white » et aujourd'hui. Je ne comprendrai jamais le Québec; l'humanité en général.

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