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23/03/2018 06:00 EDT | Actualisé 23/03/2018 06:20 EDT

Facebook marchandise vos infos depuis toujours

Il faut vraiment être naïf pour croire que Facebook est un réseau social qui veut notre bien et, de surcroît, la protection de notre vie privée.

Bill Hinton via Getty Images

C'est par la société Cambridge Analytica que le scandale a éclaté dernièrement. Plus sérieusement, lorsque j'ai lu l'article sur ladite marchandisation des données des utilisateurs, je me suis dit quel scandale? Il faut vraiment être naïf pour croire que Facebook est un réseau social qui veut notre bien et, de surcroît, la protection de notre vie privée.

Depuis sa mise en service, Facebook n'a cessé de nous rappeler que son réseau social était gratuit et que ça le serait pour toujours. Comment Facebook génère-t-il ses profits ? N'est-il pas illusoire de croire qu'il n'y a aucun intérêt pour Facebook d'offrir son service gratuitement ? L'intérêt suscité par les annonceurs pour le réseau social est compréhensible : on ne fait plus de la publicité, on cible un marché précis pour attirer une clientèle privilégiée. Ainsi, il paraît donc évident que d'un côté comme un autre, on sort gagnant de l'activité publicitaire générée par le réseau social : Facebook en tire des revenus (satisfait ses actionnaires) et les compagnies qui la génèrent valorisent leur marché. D'autre part, cette marchandisation des données par le réseau social nie en quelque sorte le droit à la vie privée de ses utilisateurs, car elle est générée par la cessation des informations personnelles à l'entreprise privée, et ce, sans le consentement desdits utilisateurs concernés. En fait, on ne cède pas directement les informations personnelles des utilisateurs aux entreprises privées, mais on leur offre plutôt la possibilité de s'en servir grâce à leur foisonnement disproportionné par le biais de la publicité qu'ils vont générer.

Il est évident que le souci premier de la compagnie sera d'engendrer des profits et de se discipliner au niveau budgétaire, et ce, afin de rassurer leurs actionnaires de la rentabilité de l'entreprise.

D'ailleurs, il est important de se questionner sur la stratégie de Facebook en matière de vie privée et la place de celle-ci dans la société contemporaine. En effet, Facebook est, depuis 2012, une compagnie cotée en bourse. De ce fait, il semble évident que la compagnie va se soucier davantage de la satisfaction de ses actionnaires que de la vie privée de ses utilisateurs. Dans un même ordre d'idées, cette logique capitaliste de croissance des profits n'épargne pas Facebook, car la compagnie est destinée à s'ancrer dans celle-ci. Il est évident que le souci premier de la compagnie sera d'engendrer des profits et de se discipliner au niveau budgétaire, et ce, afin de rassurer leurs actionnaires de la rentabilité de l'entreprise.

Donc, la vie privée des utilisateurs de Facebook est une priorité pour l'entreprise uniquement si elle risque d'attirer les foudres des critiques en cette matière dans l'optique où une mauvaise réputation n'est pas bonne pour attirer des investisseurs. Cette logique marchande est donc destinée à être perpétuelle pour la compagnie, à moins d'un changement de paradigme. D'ailleurs, on le voit très bien lorsqu'on observe le processus de marchandisation des données des utilisateurs par l'entreprise. En effet, la stimulation des publicités sociales dans le but de fournir davantage de renseignements personnels sur les utilisateurs n'est que la prémisse de publicités microciblées pour chaque utilisateur. Ainsi, on espère attirer des clients sur des sites externes grâce à cette publicité. Qui plus est, la compagnie détient maintenant une multitude d'informations sur des internautes de partout dans le monde, et ce, même si ceux-ci ne sont pas des utilisateurs de Facebook. La logique est simple : on veut surveiller la navigation sur Internet pour attirer les annonceurs, car si on connaît vos comportements sur la toile, il sera plus facile de vous inciter à consommer avec de la publicité ciblée.

La logique est simple : on veut surveiller la navigation sur Internet pour attirer les annonceurs, car si on connaît vos comportements sur la toile, il sera plus facile de vous inciter à consommer avec de la publicité ciblée.

Quoi qu'il en soit, il semble inquiétant que Facebook soit maintenant capable de connaître, de manière assez précise, les comportements de ses utilisateurs sur Internet. On peut se demander où est la limite quant à l'accumulation de données. Par ailleurs, cette surveillance s'incarne également par l'indolence des utilisateurs Facebook qui permettent leur géolocalisation. On ne peut que constater comment certaines personnes prennent plaisir à s'identifier et à préciser dans quel endroit ils se trouvent au grand dam de leur propre vie privée. On permet alors à des commerçants de générer de la publicité par l'entremise même de leur clientèle / des utilisateurs Facebook. Cette géolocalisation est alors banalisée, car on considère la circulation de l'information comme étant davantage importante que la sécurité des propres utilisateurs.

Finalement, le concept de vie privée sera toujours lié à cette dichotomie : circulation de l'information ou protection de la vie privée. À trop vouloir stimuler la circulation de l'information, les dirigeants de Facebook jouent à un jeu dangereux, et ce, sans vague de contestations importante de la part de ceux qui participent à ce jeu. D'ailleurs, Mark Zuckerberg affirme haut et fort que son but, en tant que fondateur de la compagnie, c'est de trouver un moyen d'interconnecter les 5 milliards d'humains n'ayant toujours pas de compte Facebook, car le fait de connecter la planète est, pour lui, « le plus grand défi de notre génération ». On peut donc entrevoir l'idée même que la croissance et la circulation de l'information sont des priorités pour la compagnie : l'augmentation des profits est primordiale pour l'entreprise. En fin de compte, avoir un compte Facebook, c'est aussi accepter de céder ses données personnelles.

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