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25/05/2017 11:24 EDT | Actualisé 25/05/2017 11:24 EDT

Montréal, future capitale de l'intelligence artificielle?

Après avoir pris une place de choix en jeux vidéos et en effets spéciaux, notre métropole se positionne dans la cour des grands, dans un secteur hypernévralgique.

Montréal est en passe de devenir l'une des capitales mondiales de l'intelligence artificielle (IA). C'est tellement soudain qu'on dirait la génération spontanée des biologistes. Il n'y a pas si longtemps, l'IA ressemblait à la clé de voûte d'un monde futuriste qui n'adviendrait jamais. À une chimère. Ne le croyez surtout pas! L'IA s'en vient Big Time, même dans les endroits où on l'attendait le moins.

Au premier Forum sur l'intelligence artificielle, tenu à C2-Montréal, on traque la bête avec enthousiasme dans ses moindres recoins. Elle ne fait pas peur. Elle fascine et enchante. Tellement qu'il est complet, le Forum. M'y faufilant avec ma casquette de correspondant de presse, j'arrive trop tard à l'atelier d'Hugo Larochelle, chef du Google Brain Group à Montréal. Trop tard? Pas tout à fait, me dit Dongquiao Yang, étudiant au look impeccable, qui m'accueille. Il s'apprête à entreprendre une maîtrise en IA à l'Université de Montréal. Il m'explique que l'IA, c'est ben beau pour effectuer des tâches répétitives comme la traduction et la reconnaissance d'images, mais, côté créativité, c'est une autre paire de manches. Voilà pourquoi Hugo Larochelle a divisé l'assistance en petits groupes. Pour réfléchir. Réfléchir, par exemple, à l'impact sur la profession journalistique d'une fonctionnalité qui permet, à partir de quelques fragments de votre voix, de vous faire dire n'importe quoi. Les fake news n'ont pas fini de nous désorienter!

Sourire aux lèvres, Dongquiao me recommande d'aller jeter un coup d'oeil au « Donald Trump bot » (@mechanicaltrump) sur Twitter, « a computer generated parody so accurate it is frighteningly indistinguishable from the real thing », selon le Time Magazine.

Mais pourquoi Montréal? Pourquoi Google, Microsoft, Facebook et Samsung ont-ils décidé d'y investir si massivement? «C'est à cause du professeur Bengio!», répond Dongquiao sans hésiter.

Ça tombe bien. Ledit professeur offre une classe de maître en après-midi. Allons voir de quoi il en retourne.

Yoshua Bengio est le Directeur de l'Institut des algorithmes d'apprentissage de Montréal et le cofondateur d'Element AI, une entreprise en très forte croissance. Dès les premières minutes, on sent qu'on a devant nous un être absolument exceptionnel, un prof de rêve qui sait rendre accessibles et intéressantes des notions super complexes et rébarbatives au premier abord. Tellement rébarbatives qu'il y a 20 ans, ses étudiants ne voulaient même pas participer à ses recherches.

Aujourd'hui, le professeur Bengio est LA star mondiale de l'apprentissage profond («deep learning»). Il a fait le choix de s'établir à Montréal et d'y consacrer sa vie à l'avancement de la recherche. Il pourrait être un multimillionnaire s'il ne travaillait que dans le privé. «Dans notre domaine, les étudiants se font souvent offrir de 500 mille à un million de dollars de salaire avant même d'avoir terminé le programme», confie l'une de ses étudiantes. Or, «toutes les recherches du professeur Bengio sont open source. Il est très généreux». On perçoit d'ailleurs très vite le grand humanisme du professeur. Préoccupé par l'impact de ses travaux sur l'accès à l'éducation et à la justice, il a signé, avec d'autres chercheurs un document s'opposant à aux utilisations militaires de l'IA. Il se préoccupe également du sort des travailleurs en soulignant qu'au cours de la prochaine décennie, «50% de nos emplois seront affectés d'une manière ou d'une autre par les avancées de l'IA».

L'apprentissage profond est une des branches les plus prometteuses du machine learning. C'est «un ensemble de méthodes d'apprentissage automatique tentant de modéliser avec un haut niveau d'abstraction des données grâce à des architectures articulées de différentes transformations non-linéaires...» Ouf!

Les applications seront multiples: voitures sans chauffeurs, imagerie médicale, drones, robots industriels, service à la clientèle, assistants virtuels, etc.

Les applications seront multiples: voitures sans chauffeurs, imagerie médicale, drones, robots industriels, service à la clientèle, assistants virtuels, etc. Elles généreront des retombées économiques de centaines de milliards de dollars!!

Le parolier de Beau Dommage, Pierre Huet, a aussi composé la chanson humoristique «C'est l'temps d'une dinde!» . Or, en intelligence artificielle, la dinde est gigantesque et bien juteuse. Montréal est en excellente position pour s'approprier la part du lion.

Après avoir pris une place de choix en jeux vidéos et en effets spéciaux, notre métropole se positionne dans la cour des grands, dans un secteur hypernévralgique. Ce sera grâce à des génies comme le professeur Bengio, qui a choisi Montréal que tous les espoirs sont permis.

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