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16/07/2018 13:20 EDT | Actualisé 16/07/2018 13:26 EDT

Politique: que le spectacle commence!

La mission d'un politicien est de faire progresser la société et non de devenir une source, parmi tant d'autres, de divertissement.

Kevin Lamarque / Reuters

Le spectacle d'abord, ensuite les votes et finalement le pouvoir.

Le politicien du XXIe siècle est en règle générale un homme blanc, un professionnel qui a œuvré dans le milieu des affaires, qui est dans la cinquantaine, mais pour qui servir le bien public n'est en fait qu'une autre étape pour parfaire un pédigrée déjà bien rempli. Par contre, ce type de profil possède certaines anomalies comme: une méconnaissance politique, une personnalité forte, frisant parfois l'arrogance, ainsi qu'un don sans équivoque pour l'autopromotion.

Nous pouvons nous questionner sur ce que peuvent bien penser les recruteurs des partis politiques pour appâter de tels individus.

Il s'agit d'un portrait qui peut sembler grossièrement exagéré, voire même caricatural. Peut-être. Cependant, grâce à certaines de mes expériences, je peux vous confirmer qu'il existe bel et bien ce type de personnage hétéroclite, qu'il soit député ou candidat, dans le paysage politique.

De surcroît, nous pouvons nous questionner sur ce que peuvent bien penser les recruteurs des partis politiques pour appâter de tels individus. Il faut être conscient qu'il s'agit ici de personnes aspirant à prendre les rênes de pouvoirs publics.

À cet égard, la nostalgie est omniprésente lorsque les médias font état de la perception qu'ont les citoyens envers leurs élus. Les quidams se complaisent en se remémorant que: «René Lévesque était un vrai politicien, car il savait parler au monde.» Ou bien, «Où sont passés les Robert Bourassa, Brian Mulroney, Lucien Bouchard et Jacques Parizeau?»

«La nostalgie? Ça vient quand le présent n'est pas à la hauteur des promesses du passé.» L'auteur canadien Neil Bissondath

Ces géants politiques portaient en eux une vision de ce que les sociétés québécoise et canadienne pouvaient devenir et ils étaient convaincus qu'ils allaient faire une différence. Pour eux, cet engagement public était bien plus fondamental qu'une autre étape professionnelle: être politicien était une vocation.

De plus en plus, nous assistons à la professionnalisation de la politique. Les faiseurs d'images et les communicateurs du parti auxquels vous serez asservi vous prendront en charge et feront de vous un digne représentant d'allégories politiques que vous réciterez tel un mantra. Dès lors, vous participerez à des émissions de variétés, afin d'éclairer la masse sur votre enfance et votre famille, vos goûts culinaires et vos vacances de rêves dans les Antilles. Ensuite, vous aurez recours à la langue de bois ainsi qu'à la pratique de la plante verte, qui consiste à acquiescer en souriant derrière les ministres lors d'événements publics.

D'un autre côté, les partis politiques ne se retrouvent, en fait, face à aucune autre alternative que de suivre les changements technologiques et de s'adapter ainsi à de nouvelles pratiques médiatiques, comme en fait foi cette citation d'un article de l'Eastern Oregon University: «Television demands entertainment-most people don't watch PBS news hour, and they don't read the New York Times. (Traduction: «La télévision exige du divertissement - la plupart des gens ne regardent pas les nouvelles de PBS et ils ne lisent pas le New York Times

Vers la politique-spectacle?

Il faut bien l'admettre, les politiciens ont parfois le sens du spectaculaire, comme en fait foi le président Donald Trump et ainsi que cette citation: «Le spectaculaire est une dimension inhérente à la politique, un phénomène qui n'est pas nouveau, mais se retrouve au contraire dans des sociétés, à des époques, et sous des régimes divers. Le pouvoir est toujours «mis en scène», «théâtrocratie», sa gestion s'accompagnant d'une mise en forme de son image. Il est ce qui impressionne, ce qui frappe les esprits.»

Par conséquent, peut-on s'interroger s'il est nécessaire que les politiciens appauvrissent le débat public en participant à des émissions ou à des spectacles où les vrais enjeux sont à peine évoqués? De plus, y a-t-il une plus-value à ce type de cirque médiatique, qui permette de redorer le blason de la vocation de politicien?

De surcroît, plus les politiciens voudront à tout prix garder cette énigmatique chose que nous appelons le pouvoir, bien, plus ils rendront un peu plus disgracieuse la politique en se prêtant au jeu de la politique-spectacle.

Par ailleurs, le respect de la fonction de politicien a pu, pour un bref instant, retrouver une certaine noblesse lorsque le président français Emmanuel Macron a remis les choses en perspective en interpellant un jeune homme lors d'un événement, le 18 juin dernier: «Ça va Manu?, demande un jeune spectateur à Emmanuel Macron, alors que le président était venu serrer les mains des spectateurs. «Non», réplique immédiatement le président de la République. «Non, je ne suis pas ton copain. Tu es là, tu es dans une cérémonie officielle, tu te comportes comme il faut», assène-t-il.

«Tu peux faire l'imbécile, mais aujourd'hui c'est la Marseillaise et le Chant des partisans, tu m'appelles monsieur le président ou monsieur», continue le chef de l'État.

«Tu fais les choses dans le bon ordre. Le jour où tu veux faire la révolution, tu apprends d'abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même. Et à ce moment-là, tu iras donner des leçons aux autres», assène le président.»

En somme, dans cette ère de politique-spectacle, le politicien ne s'en sort jamais indemne, tandis que la fonction elle-même perd toujours de sa dignité. La mission d'un politicien est de faire progresser la société et non de devenir une source, parmi tant d'autres, de divertissement.

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